Succes Stories: Larry Page : L'histoire Inédite Du Vrai Fondateur De Google

Vous connaissez le parcours de Steve Jobs et de Mark Zuckerberg. Mais, connaissez-vous celui de Larry Page, le créateur de Google ?
Un jour de juillet 2001, Larry Page décida de virer tous les chefs du projet Google. Tous. Cela faisait cinq
ans que Larry Page, alors étudiant de 22 ans diplômé de Stanford, avait eu une idée au beau milieu de la nuit. Il avait réussi à télécharger tout le Web et, en examinant les liens entre les pages, il avait vu l'information mondiale sous un angle complètement différent.
Ce que Larry Page écrivit cette nuit-là devint la base d'un algorithme qu'il appela PageRank et qu'il utilisa pour alimenter un nouveau moteur de recherche Web appelé BackRub. Le nom n'a pas perduré.
En juillet 2001, BackRub fut renommé en Google. Il avait déjà des millions d'utilisateurs, une liste impressionnante d'investisseurs et 400 employés, y compris environ une demi-douzaine de chefs de projet.

Comme dans la plupart des start-up, les fondateurs de Google géraient en direct les ingénieurs. Alors que l'entreprise se développait, une couche de managers s'ajouta entre eux : les chefs de projets. A l'époque, Larry Page a 28 ans et il déteste ça. Comme Google n'embauchait que les ingénieurs les plus talentueux, il pensait qu'un niveau supplémentaire d'encadrement était non seulement inutile mais représentait également une entrave. Il soupçonnait également les chefs de projet de Google d'éloigner les ingénieurs des tâches auxquelles il était personnellement attaché. Par exemple, il avait exposé les grandes lignes d'un projet pour numériser tous les livres existants dans le monde et les rendre accessible en ligne, mais personne n'y travaillait. Il rejeta la faute sur les chefs de projet.

Il décida que des changements étaient nécessaires. Au lieu de rendre compte aux chefs de projet, l'ensemble des ingénieurs de Google devaient maintenant s'adresser à une seule personne, un vice-président de l'ingénierie nouvellement embauché, Wayne Rosing, qui rendrait compte directement à Larry Page.
D'après "I'm Feeling Lucky", témoignage de Douglas Edwards sur les premières années de Google, la directrice des ressources humaines, Stacey Sullivan, une femme austère qui porte la frange, pensait que le plan de Larry Page était dingue. Stacey Sullivan lui en fit part : "On ne peut pas s'organiser soi-même ! Les gens ont besoin de quelqu'un vers qui se tourner quand ils ont des problèmes !".

Larry Page ignora ses conseils. Stacey Sullivan confia ses inquiétudes à Eric Schmidt. Au mois de mars, il était devenu président de Google. Tout le monde pensait qu'il serait PDG dès qu'il aurait la possibilité de quitter son emploi à plein temps en tant que PDG de Novell.
Eric Schmidt était d'accord avec Stacey Sullivan ainsi que l'entraîneur exécutif de Larry Page, Bill Campbell, que tout le monde appelait "coach" car il avait été autrefois l'entraîneur de l'équipe de football de l'université de Columbia. Il marchait et parlait encore comme s'il arpentait la ligne de touche.
Comme l'a exposé en détails Steven Levy sur sa propre histoire chez Google qui a fait du bruit, "In the Plex", un jour Bill Campbell s'est disputé avec Larry Page concernant son projet. Pour soutenir son point de vue, Bill Campbell fit défiler les ingénieurs dans le bureau de Larry Page pour qu'ils donnent leur point de vue. L'un après l'autre, ils racontèrent à Larry Page qu'en fait ils préféraient avoir un chef, quelqu'un qui pourrait mettre fin aux désaccords et donner des directives aux équipes.

Mais Larry Page était obstiné.
Il fallut peu de temps à Eric Schmidt pour s'opposer au plan de Larry Page. Nous étions en juillet 2001 et Eric Schmidt n'était pas devenu officiellement PDG. Donc, Larry Page continua. Il délégua Wayne Rosing pour annoncer la nouvelle.

Cet après-midi-là, les quelques 130 ingénieurs et une demi-douzaine de chefs de projet firent leur apparition. Ils restèrent devant le bureau de Larry Page parmi les cabines et les canapés dépareillés de Google qui, comme tout le reste des meubles de bureau de l'entreprise, avaient été achetés à bon prix à des startup qui avaient mis la clé sous la porte.
Au bout du compte, Wayne Rosing, un chauve qui porte des lunettes, commença à prendre la parole en expliquant que l'ingénierie se réorganisait : tous les ingénieurs lui rendraient maintenant compte, les chefs de projet n'avaient plus de travail.

La nouvelle fut mal prise, les chefs de projet étaient abasourdis, on ne leur avait rien dit. Ils venaient de se faire virer devant tous leurs collègues.
Les ingénieurs exigèrent une explication. Alors, Larry Page leur en donna une. Sans grande émotion apparente, prenant la parole d'un ton habituellement plat et mécanique, il expliqua qu'il n'aimait pas que des personnes qui ne sont pas ingénieurs encadrent celles qui le sont. Les ingénieurs ne devraient pas être encadrés par des managers ayant une connaissance technique limitée. Finalement, il ajouta que les chefs de projet de Google ne faisaient simplement pas du bon travail.

Tout en parlant, Larry Page détournait le regard. Il ne regardait pas les gens en face. Bien qu'il ait du charisme avec une taille au-dessus de la moyenne et des cheveux presque blancs, il était maladroit.
La nouvelle fut reçue dans un chœur de grognements. Enfin, un des ingénieurs présents dans la salle, Ron Dolin, commença à hurler vers Larry Page. Il affirma qu'une réunion de tout le personnel n'était pas un endroit pour effectuer une évaluation des performances. Ce que faisait Larry Page était "complètement ridicule", avoua-t-il et "totalement non professionnel".

"C'était nul" confessa plus tard un des chefs de projet qui était là. "Je me suis senti humilié. Larry Page disait devant tout le monde qu'on n'avait pas besoin de managers et il disait pourquoi il ne nous aimait pas. Il a dit des choses qui ont fait du mal à beaucoup de gens".
En définitive, les licenciements n'eurent pas lieu. Au lieu de ça, les chefs de projet que Larry Page avait eu l'intention de virer ce jour-là furent intégrés dans l'organisation des opérations de Google en plein essor sous la direction d'Urs Hözle.

La réorganisation de Larry Page ne dura pas non plus longtemps. Les problèmes apparurent rapidement. Les projets qui avaient besoin de ressources ne les obtinrent pas. Les doublons devinrent un problème. Les ingénieurs voulaient des retours et se demandaient quel sens prenait leur carrière professionnelle.
Finalement, Google commença à réembaucher des chefs de projet.
"J'ai fait de mon mieux pour signaler qu'il y a une véritable valeur dans le management", rappelle Stacey Sullivan dans "I'm Feeling Lucky". "Ce fut une leçon pour Larry Page".
En août 2001, Eric Schmidt s'était entièrement libéré de ses responsabilités chez Novell. Il devint PDG de Google. Et Larry Page fut très mécontent pendant longtemps.
Tout le monde connaît l'histoire de Steve Jobs, la façon dont il fut renvoyé de l'entreprise qu'il avait créée, Apple, et il rentra d'exil des décennies après pour sauver l'entreprise.

Ce que l'on comprend moins bien c'est que le conseil d'administration d'Apple et les investisseurs ont eu absolument raison de renvoyer Steve Jobs. Au début de sa carrière, il était grognon, méchant et destructeur. C'est seulement en quittant Apple, en devenant humble et en rencontrant le succès une deuxième fois (avec Pixar) qu'il fut capable de mûrir en devenant un leader qui revint chez Apple et en fit l'entreprise la plus précieuse au monde.

Larry Page, c'est le Steve Jobs de Google.
Comme Steve Jobs, Larry Page a un cofondateur, Sergey Brin, mais Larry Page a toujours été le véritable visionnaire et la force motrice de son entreprise.
Et, tout comme les investisseurs d'Apple qui mirent Steve Jobs à la porte, les investisseurs de Google firent fi des souhaits de Larry Page et le forcèrent à embaucher un PDG pour jouer le rôle d'encadrement adulte.
Tous les deux connurent une longue traversée du désert. L'exil de Steve Jobs fut plus dur, mais Larry Page passa également des années à l'écart du quotidien de Google. Comme pour Steve Jobs, ce fut seulement à travers ce long exil que Larry Page pu mûrir en prenant conscience de ses forces et de ses faiblesses.
Alors, comme Steve Jobs, Larry Page revint avec de folles ambitions et de nouvelles déterminations.

Lawrence Edward Page
Par la claire et froide nuit du 7 janvier 1943, Nikola Tesla dormait tranquillement dans sa suite de l'hôtel New Yorker, 33 étages au-dessus des rues de Manhattan. Tout à coup, sa poitrine éclata de douleur, puis son cœur s'arrêta.
Le lendemain, une femme de chambre de l'hôtel décida d'ignorer le panneau "ne pas déranger" qui pendait à la porte de Nikola Tesla. Elle trouva son corps. Le grand inventeur était mort.
Immigrant serbe né en 1856, Nikola Tesla a inventé la manière dont la quasi-totalité de l'électricité dans le monde d'aujourd'hui est produite. Il a également conçu et créé les communications sans fil. Mais, il est mort après avoir passé la meilleure partie de ses dix dernières années à vivre de sa pension de retraite et à nourrir les pigeons, incapable de persuader de nouveaux investisseurs de financer ses folles idées les plus récentes. Il est mort en pensant qu'il pourrait inventer une arme qui mettrait fin à toutes les guerres, un moyen pour que l'électricité voyage sans fil à travers les océans et qu'il pourrait envisager d'exploiter l'énergie provenant de l'espace. Il est mort seul et endetté.

Nikola Tesla était un homme brillant. Il parlait huit langues et avait une mémoire absolue. Les inventions apparaissaient dans son esprit complètement formées. Mais il était nul en affaires.
En 1889, il déclara à son patron, Thomas Edison, qu'il pourrait améliorer ses moteurs et ses groupes électrogènes. Thomas Edison lui répliqua : "Si tu peux le faire, tu auras 50 000 dollars". Nikola Tesla tint parole et en retour Thomas Edison lui donna une augmentation de 10 dollars.

Nikola Tesla démissionna. Il créa sa propre entreprise, Tesla Electric Light & Manufacturing. Mais, il se trouva rapidement en désaccord avec ses investisseurs concernant la direction des affaires. Ils le renvoyèrent et il en vit de toutes les couleurs pendant un an.
En 1900, il convainquit JP Morgan d'investir 150 000 dollars dans une autre entreprise. En 1901, il n'y avait plus rien. Nikola Tesla passa le reste de sa vie à demander à John Pierpont Morgan plus d'argent. Il n'obtint jamais rien de plus.

L'année suivant la mort de Nikola Tesla, en 1944, le journaliste John Joseph O'Neill du New York Herald Tribune écrivit sa biographie. Nikola Tesla avait été son ami.
"Pendant les dernières trois décennies de sa vie, il est probable que personne sur les dizaines de milliers de gens qui l'ont vu savait qui il était", conclu la biographie "Prodigal Genius : The Life of Nikola Tesla".

"Même si les journaux, une fois par an, faisaient la une sur Nikola Tesla et ses dernières prédictions concernant les merveilles scientifiques à venir, personne n'associait ce nom à l'homme excessivement grand et très mince qui portait des vêtements d'une époque révolue et qui nourrissait presque tous les jours ses amis à plumes".
"Il faisait simplement partie de ces étranges individus de types très divers qui forment l'ensemble de la population d'une grande métropole".
Quarante et un ans après la publication de ces mots, en 1985, un enfant de 12 ans dans le Michigan finit la lecture de la biographie de Nikola Tesla et pleura.

C'était Larry Page.
Enfant d'un couple de professeurs en informatique de l'université de l'Etat du Michigan, Larry Page grandit dans une maison en désordre. Il y avait des ordinateurs, des gadgets et des magazines de technologie partout. Cette ambiance et des parents vigilants nourrirent sa créativité et son inventivité.
A ce moment-là, Larry Page réalisa qu'il ne suffisait pas d'imaginer un avenir technologique innovant. Il ne suffit pas d'avoir de grandes idées. Elles ont besoin d'être commercialisées. Si Larry Page voulait être inventeur, il devait également démarrer une entreprise qui marche.
L'histoire de Nikola Tesla a également appris à Larry Page à faire attention aux Thomas Edison que l'on rencontre de par le monde, des gens qui se serviront de vous et mettrons vos rêves au service de leurs propres finalités cyniques.

Les règles de management de Larry Page
Google s'est constitué en société le 4 septembre 1998, deux ans après le rêve de Larry Page sur son idée de classer les liens des pages Web en fonction du moment où ils apparaissent. Il s'est autoproclamé PDG et son meilleur ami Sergey Brin a été nommé cofondateur.
Souvent, l'histoire oublie les cofondateurs. Chez Apple, Steve Jobs en avait deux. Chez Facebook, Mark Zuckerberg en avait quatre.
Pour Larry Page, Sergey Brin était un acolyte de toute autre nature. Ils s'étaient rencontrés à Stanford, Sergey Brin était extraverti et dynamique, connu parmi ses professeurs pour son habitude à faire irruption dans leurs bureaux sans frapper.

Pour la startup de Larry Page qui est devenue une entreprise de technologie mondiale, Sergey Brin apportait le côté extraverti dont avait grandement besoin Larry Page et qui lui manquait. Serge Brin était excellent en stratégie, en image de marque et au niveau du développement des relations entre Google et les autres entreprises. Pour Larry Page, c'était un partenaire, ou en définitive un assistant.
Alors que l'on songe souvent à Google comme l'invention de deux jeunes caïds en informatique, Sergey et Larry, Larry et Sergey, la vérité c'est que Google est une création de Larry Page facilitée par Sergey Brin.

Larry Page et Sergey Brin avaient rassemblé 1 million de dollars parmi les amis et la famille pour lancer leur startup. Ils quittèrent le campus de Stanford et louèrent un garage.
En février 1999, la startup avait grandi plus vite que le garage. Elle emménagea dans un bureau au-dessus d'un magasin de vélos à Palo Alto en Californie. Sept mois plus tard, Google emménagea dans un bâtiment quelconque, dans un parc de bureaux à quelques kilomètres de l'autoroute près de Mountain View.
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