Brexit: le Royaume-Uni vote la sortie de l'Union européenne

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Dans la nuit de jeudi à vendredi, les supporters britanniques de la sortie de l'UE fêtent leur victoire, ici à Londres.REUTERS/Toby Melville TPX IMAGES OF THE DAY
Les Britanniques ont voté à 51,9 % pour une sortie de l'Union européenne. Ce résultat historique est
désormais officiel ce vendredi matin. Le Premier ministre David Cameron, qui a fait campagne pour le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne, a annoncé sa démission d'ici le mois d'octobre.
Avec notre correspondante à Londres,  Muriel Delcroix
C’est une victoire d’une courte tête, 51,9 % contre 48,1 %, avec une forte participation, à plus de 72 %. Les grandes villes, notamment Londres, ont dans leur majorité voté pour rester dans l’Union européenne, mais les régions, notamment le Nord et le centre de l’Angleterre, ont voté pour sortir.
C’est un résultat qui provoque des réactions contradictoires. Stupeur et incrédulité chez les partisans du maintien, jubilation dans le camp du Brexit. Mais les deux camps s’accordent à dire ce matin que cette décision est une façon, pour beaucoup de Britanniques, de signifier leur mécontentement à l'égard de l’establishment politique du pays.
Le dirigeant du petit parti europhobe Ukip, Nigel Farage, a revendiqué la victoire dès quatre heures du matin, évoquant une victoire « des vrais gens, des gens modestes et dignes ». Nigel Farage a martelé que le peuple avait triomphé contre les riches, les puissants, les banques et un projet européen qu’il veut voir démanteler le plus tôt possible. Face à des journalistes, il a déclaré : « L'UE est en train d'échouer, l'UE est en train de mourir. »
 
A l'annonce des résultats du Brexit, au Churchill Tavern, à New York, le 24 juin.REUTERS/Andrew Kelly
En tout cas, cette décision, qui devrait mettre fin aux 43 années d'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne (UE), vaut une période de grande incertitude, politique et économique. Les marchés financiers sont sous le choc. La livre sterling a brutalement chuté et atteint son plus bas niveau depuis septembre 1985.

Ce référendum historique aura des conséquences énormes pour le Royaume-Uni et l'Europe
David Cameron, qui a fait campagne pour le « Remain », a annoncé qu'il démissionnerait d'ici octobre, lors de la tenue du congrès du Parti conservateur. Plus tôt dans la matinée, Nigel Farage avait appelé à cette démission, tandis que le ministre des Affaires étrangères Philip Hammond avait annoncé que Cameron allait rester Premier ministre. Mais le chef du gouvernement a finalement déclaré ce matin : « Je ne crois pas qu'il soit opportun que je sois le capitaine qui mène notre pays vers sa prochaine destination. » David Cameron devrait s'entretenir dans la journée avec le président américain Barack Obama.
La Première ministre de l'Ecosse Nicola Sturgeon a prévenu que l'Ecosse voyait « son avenir au sein de l'Union européenne », alors que les résultats montraient que les Ecossais ont majoritairement voté pour le « Remain » dans l'Union européenne. Le parti républicain Sinn Fein, ex-vitrine politique de l'Armée républicaine irlandaise (IRA), appelait de son côté à un référendum sur une Irlande unifiée. L'Irlande du Nord a aussi largement voté pour un maintien au sein de l'Union européenne.
Le ministre fédéral des Affaires étrangères d'Allemagne Frank-Walter Steinmeier a déclaré que ce vendredi 24 juin était « un jour triste pour l'Europe et la Grande-Bretagne ». Il s'agit d'une « vraie désillusion », a-t-il ajouté. L'UE « doit réagir et retrouver la confiance des peuples », a déclaré Jean-Marc Ayrault, le ministre français des Affaires étrangères.
Jean-Marc Ayrault s'exprimait avant une réunion ministérielle qui se tient à l'Elysée depuis 09h00 (heure de Paris). Le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires Pierre Moscovici participe à cette réunion. Celle-ci sera suivie d'une déclaration du président français François Hollande.
Marion Maréchal-Le Pen, députée Front national (FN) du Vaucluse, s’est réjoui de ce vote, et a appelé à un tel référendum en France. La présidente du FN Marine Le Pen a demandé de même l'organisation d'un référendum en France.
De même pour le député d’extrême droite néerlandais, Geert Wilders, qui a réclamé un référendum sur une éventuelle sortie des Pays-Bas de l’Union européenne.
Les marchés financiers paniqués
La perspective du Brexit a, dans la nuit, inquiété les marchés financiers. Tous les spécialistes s'attendaient à ce que les bourses européennes ouvrent en forte baisse, et cela a été le cas. A l'ouverture, la bourse de Londres s'est effondrée de plus de 7 %, les principales banques chutant de 30 %. La bourse de Paris a chuté de près de 10 % et celle de Francfort de 9,8 %. La Bourse de Tokyo a plongé de près de 8 %.
La Banque du Japon s'est dite « prête à injecter des liquidités » pour limiter l'impact sur les marchés. Le gouverneur de la Banque d'Angleterre Mark Carney a annoncé que la banque centrale du Royaume-Uni était prête à débloquer 250 milliards de livres afin d'assurer des liquidités suffisantes pour le fonctionnement des marchés.
La livre sterling est, elle, tombée au plus bas face au dollar depuis 1985. La devise a plongé de 10,5 % face au dollar, sa plus forte chute jamais subie en un jour. Ce Brexit entraîne l'économie britannique dans un vertigineux plongeon vers l'inconnu. La sortie de l'Union européenne de la cinquième puissance économique mondiale aura un impact planétaire.
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