Du FC Séville au PSG : Unai Emery, un pragmatique face au défi de sa vie

LIGUE 1 - Intense, méticuleux, travailleur né, gagneur, mais impatient, voulant tout contrôler et peu charismatique (de prime abord), le nouvel entraîneur du PSG a laissé une marque indélébile en Espagne.

Emery, c'est d´abord une image, celle d'un homme nerveux, qui s'agite pendant 90 minutes sur son banc ou dans la zone réservée aux entraîneurs. Généralement, il est accroupi. En train de se ronger les ongles. Avant de sursauter, la main en l'air et vociférant quelques "douces" paroles à ses joueurs, à l'arbitre, voire à ses propres assistants. D'Almeria à Séville en passant par Valence, Unai Emery a toujours donné l'image d´un entraîneur qui vivait son travail avec intensité et passion.
Sans conteste, sa dernière étape au FC Séville a été sa plus riche. Le Basque – qui ne parle pas encore français, contrairement à son adjoint – a su redonner ses lettres de noblesse à un club qui avait perdu de son lustre après avoir gagné deux Coupes de l'UEFA, en 2005-06 puis en 2006-07. Une étape noire à laquelle avait malencontreusement participé Michel, ancien entraîneur de l'OM, et qui avait complètement échoué dans sa mission en 2012-13 (remplacé au cours de la saison 2013-14).

Valorisation des joueurs

Selon Carlos Perez, chef du service football du journal sévillan "Estadio Deportivo", "Monchi (le célèbre directeur sportif du club, ndlr) l'a choisi pour revaloriser le capital joueur du club. Il l'avait fait à Valence en donnant du temps de jeu à David Silva, Juan Mata ou Jordi Alba, des joueurs vendus à l'époque une fortune. Séville vit de ses ventes. Et il a parfaitement rempli son rôle". Ivan Rakitic, Aleix Vidal, Carlos Bacca entre autres, en attendant les ventes annoncées de Krychowiak, voire de Gameiro, sont des exemples de réussite pour lui. Au PSG, il devra assumer le changement de statut, de club vendeur à club acheteur. 

Pragmatisme, puissance et recherche de la perfection

Unai Emery est un entraîneur pragmatique. Après avoir remplacé Michel, le Basque a voulu redonner goût aux joueurs en leur proposant une idée footbalistique attractive, faite de possession de balle et de jeu offensif à tout va. Un échec cuisant. Au bord du précipice avant un déplacement à l'Espanyol Barcelone, Emery, qui s'était enfermé dans son bureau pendant 48 heures à analyser les statistiques et le mouvement de ses joueurs selon les différents schémas testés à l'entraînement, lança une formule qui allait provoquer une volte-face complète, tant dans l'organisation que les résultats.
Alors qu'il avait placé son meilleur joueur, Ivan Rakitic, au centre du jeu, Emery décida de le monter d´un cran, juste derrière l´attaquant de pointe. Derrière lui, deux malabars, en l'occurrence Mbia et Iborra (depuis, c'est Krychowiak qui joue) faisant le sale boulot à la récupération. De la prise d'initiative, Emery était alors passé à un schéma plus conservateur, s'appuyant sur la solidité défensive et sur la contre-attaque pour gagner. Cette idée fut bien acceptée des joueurs, qui commencèrent à retrouver leurs sensations, jusqu'aux resultats que l'on connait aujourd'hui (trois Ligues Europa consécutives).
Emery parle énormément "d'équilibre" dans ses analyses avec les médias, un exercice qu'il ne déteste pas. Il aime disserter sur le jeu dans ses conférences de presse, cherchant à faire comprendre aux journalistes (et donc au public), ses choix, ses intentions et ses objectifs. Emery est un perfectionniste "maladif" comme peut l'être Pep Guardiola. Il passe des heures dans son bureau – qui doit être équipé des modèles technologiques derniers cri, avec tous les logiciels disponibles – à analyser. Le jeu, les statistiques, les coups de pied arrêtés (l'un des plus grands spécialistes au monde dans ce domaine), le comportement de chacun des membres de son effectif font partie de ses obsessions. Quelques jours avant la rencontre, son rival n'a déjà plus de secrets pour lui. Et il sait préparer son équipe en fonction.

Schéma de jeu

A priori, son système est le 4-2-3-1, avec deux milieux de terrain défensifs. Un fixe, dit de "positionnement", intense et qui adore le combat (Krychowiak s´il signe à Paris), et un qui peut se projeter devant en apportant technique et soutien au joueur chargé situé derrière l´attaquant. C'est à dire que Verratti, Rabiot voire Matuidi devront "dépasser leurs fonctions" pour aider Pastore (celui qui a le meilleur profil), ou Lucas Moura (qui jouait 9,5 à Sao Paulo). Deux joueurs rapides sur le côté (Di Maria, et un autre qui pourrait être Lucas Moura voire une recrue) et un avant-centre mobile (Cavani) complètent l'escouade offensive.
Intéressante est aussi sa gestion des latéraux. Emery interdit à son gardien de "balancer". Les latéraux doivent donc participer à la construction, quand l'équipe a le ballon en défense. Ils doivent surtout créer l'effet de surprise quand le jeu stagne au milieu de terrain. Coke, Tremoulinas et Mariano (on se rend compte que Bordeaux avait peut être les deux meilleurs latéraux de L1 en son temps) avaient un rôle prépondérant la saison passée. En revanche, le technicien basque peut s'adapter aux rencontres en fonction des évènements. On l'a vu parfois aligner deux attaquants pour sacrifier son 9,5 en cours de match. Des choix qui ne s'avèrent pas toujours judicieux. Sa lecture des rencontres est en deçà de sa capacité à les analyser avant. C'est ce qui ressort de ses trois saisons et demi sur le banc de touche sévillan… 

Attitude et pleins pouvoirs

Mais surtout, le plus important pour Emery est l'attitude. Il demande énormément d´intensité et de concentration à chacune de ses lignes, du gardien aux attaquants. Les joueurs adhèrent généralement à ce discours "d'homme". Grand motivateur, l'ancien de Valence peut toucher le coeur de ses garçons pour en faire des guerriers. Qu'importe l'adversaire, le joueur coaché par Emery doit pouvoir se regarder dans la glace après le match.
Une attitude qui lui a permis de s'en sortir dans la jungle de la Liga et de remporter ces trois fameuses Coupes d´Europe… S'il ne participe pas directement au recrutement (il demande en revanche des profils), il insiste pour avoir les pleins pouvoirs dans son domaine, le terrain, géré quotidiennement par ses soins. Il n´a aucun scrupule à écarter ceux qui ne le suivent pas, comme ce fut le cas avec Kakuta (transféré en Chine six mois après son arrivée) ou l'Italien Immobile (prêté au Torino en décembre). Pourra-t-il le faire au PSG ? C´est sans doute là que l´on verra l'étendue du pouvoir du coach parisien et de son poids face au président Al-Khelaïfi, toujours très proche des joueurs. 

Son problème ? Un manque d'aura et de charisme

Mais il y a un domaine dans lequel Unai Emery ne fait aucun effort, c'est dans sa relation avec le public. Il a bien compris qu'il n'avait pas le charisme nécessaire pour subjuguer les fans. Du coup, il ne cherche pas à séduire les gens, contrairement, encore une fois, à Michel, à qui il avait succédé sur le banc de touche sévillan. On l'a parfois vu se lâcher, comme lors de la célébration de la troisième Ligue Europa, face au public du Sanchez-Pizjuan. Mais d'ordinaire, on a affaire à un garçon ombrageux, qui reste "dans son match" jusqu'au lendemain matin.
Reste le problème de la langue. On l'a vu, la motivation fait partie intégrante de son discours. Sa réussite a été liée à sa préparation mentale. Au Spartak Moscou, dans un contexte différent de celui du PSG, il a notamment échoué pour ne pas avoir su transmettre ses idées. Heureusement pour lui, le vestiaire du PSG est assez hispanophone. Saura-t-il surmonter son manque d'aura face à Thiago Silva, David Luiz ou Cavani ? Sa réussite dans le plus grand challenge de sa vie en dépendra. 
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