CAMEROUN, ECONOMIE, LA TRANSFORMATION DU TÉLÉPHONE EN PORTEFEUILLE: MORT DES OPÉRATEURS DE TRANSFERT HISTORIQUE.

Près de 3 milliards de FCFA, voilà ce qu’avait réalisé Express Union, en termes de chiffre d’affaire annuel comptant pour l’exercice 2010. Sacrée performance alors, pour cette structure Camerounaise spécialisée dans
le transfert d’argent au niveau national et international, et leader incontesté dans ce marché au Cameroun. Les choses ont bien changé depuis, le marché du transfert d’argent au Cameroun avec l’entrée de deux concurrents de choix, bien connus du public camerounais, MTN et Orange Cameroun. 
Beaucoup ont toujours pensé qu’Express Union et Express Exchange étaient sous tutelle du ministère camerounais des finances. Eh bien non ! Ces entreprises spécialisées de l’envoi d’argent sont sous l’autorité du Ministère des Postes et des Télécommunications, tout comme Orange et MTN d’ailleurs. Seulement ces compagnies de téléphonie mobile répondent plus à l’aspect « Télécommunications », tandis que les agences de transfert d’argent elles, sont plus assimilables à des « Postes ». Le fait que ces entreprises soient toutes sous le patronage du même ministère n’a jamais inquiété personne, puisque du point de vue juridique elles ne produisaient pas les mêmes services. Mais c’était sans compter sur l’essor de l’économie numérique au Cameroun et partout dans le monde entier. Express Union est la première à avoir mis sur pied le principe de transfert d’argent par téléphone mobile au Cameroun. Une révolution qui va changer les habitudes des consommateurs en facilitant leurs transactions financières. Seulement en présentant ce nouveau service sur le marché, cette microfinance a attiré l’attention des opérateurs de la téléphonie mobile, avec la conception d’une application mobile destinée à assurer le transfert d’argent entre ses différents utilisateurs. La microfinance bleue a suscité beaucoup d’intérêts de la part des opérateurs. « Express Union c’est d’abord 80 millions de consommation d’appels tous les mois chez nous… autant dire que c’est un très bon client » nous a confié un responsable de la direction commerciale d’Orange Cameroun. « Seulement le marché de l’appel et du sms n’est plus aussi lucratif que par le passé.
Orange a donc décidé de se tourner vers des marchés plus porteurs, notamment l’offre de service internet, mais aussi le transfert d’argent ». Conscients du réseau de distribution que s’est doté le pionnier du transfert d’argent sur le territoire camerounais, « c’est de façon logique que nous avons proposé un partenariat entre Express Union et nous … on étendait notre service Orange Money de façon beaucoup plus rapide sur l’ensemble du pays grâce à leurs différentes agences Express Union qu’on retrouve même dans les zones les plus reculées du pays. On permettait ainsi à nos abonnés de déposer ou retirer de l’argent auprès de ces guichets partenaires. » Une main tendue que refusera Express Union, sans doute convaincue de pouvoir assurer ce service par ses propres moyens. La microfinance rouge Express Exchange elle, ne s’est pas fait prier.
Une écrasante concurrence, un marché en pleine mutation « J’envoie désormais de l’argent à ma grand-mère par orange money » explique Clotilde, résidente à Douala. « Le plus pratique est que du fait de son âge, c’est l’agent orange money qui vient à son domicile pour effectuer le retrait. C’est beaucoup plus simple pour tout le monde ». Ils sont nombreux comme Clotilde, à avoir déserté les guichets des microfinances rouge et bleue au profit de MTN Mobile Money et/ou Orange Money. Un service plus approprié et surtout moins couteux. Pour un envoi d’une somme de 10.000FCFA (15,3€) par exemple, Express Union ou Express Exchange touche une commission qui varie entre 400 FCFA et 450 FCFA. Pour la même somme pourtant, Orange Money facture un coût compris entre 100 FCFA et 150 FCFA. Le secrétaire général de la Commission Bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) en mai 2015, avait déploré le non-respect du règlement 02/00/Cemac/Umac portant harmonisation de la règlementation dans les Etats membres de la CEMAC, c’était dans un rapport de sa mission d’évaluation poussé vers les établissements de transfert de capitaux en mai 2015.
Le choix est donc vite fait pour les consommateurs toujours à l’affut de la bonne affaire. Ça sent désormais le roussi pour Express Union qui se contente désormais de proposer à sa clientèle des jeux tombola, avec à la clé des terrains titrés, des véhicules flambants neufs ou encore de l’électro-ménager ; mais pour les observateurs aguerris c’est une question de temps, Express Union fonce tout droit vers une faillite certaine. « Le marché va tranquillement les amener à s’aligner. Soit ils acceptent un partenariat avec un opérateur de téléphonie mobile, soit ils deviennent eux-mêmes opérateur de téléphonie de mobile » ce responsable d’Orange est clair dans ses propos, Express Union n’a plus de contrôle sur ce marché de transfert des capitaux qui désormais, sera l’apanage des compagnies de téléphonie mobile. Express Exchange, la microfinance rouge s’est arrimée à cette nouvelle tendance. « Le marché du transfert de capitaux est très vaste, il existe encore des millions de camerounais qui vivent en marge du monde numérique. Les populations rurales par exemple. Tout est une question de mœurs, nos populations n’étant pas encore suffisamment imprégnées des technologies de l’information et de la communication », explique David, commercial chez Express Exchange. En même temps qui viendra dire au public qu’il perd de plus en plus sa clientèle au profit du concurrent ? « Si vous laissez une entreprise contrôler toutes vos communications, et désormais vos finances, alors vous leur donnez un pouvoir incommensurable. Vous les laissez contrôler votre vie » les opérateurs de téléphonie mobile pour cet observateur, pourront dans un avenir proche influencer l’économie d’un pays et même d’un continent, un peu comme le font les grandes et puissantes compagnies financières et pétrolières dans le monde. « Oui ! C’est inévitable désormais. Toutes des banques en lignes, offrant des services de transfert de fonds et de paiement en ligne, et pourquoi pas des solutions d’épargne et de crédit. Les grandes banques elles, chercheront à devenir des opérateurs de téléphonie mobile comme c’est le cas déjà en Occident. Nous sommes en plein dans l’économie numérique… ceux qui ne voudront pas s’aligner devront disparaitre ». nous a expliqué avec froideur ce responsable à la direction commerciale d’Orange Cameroun. La loi de la sélection naturelle dit-on, où les plus faibles disparaissent, tandis que les plus forts s’adaptent. 
Par Thierry Ndassa / Journaliste