Cameroun – Opération Épervier : ces poids-lourds qui restent en prison "peut être parcequ'ils n'ont par la Nationalité Française"

Lancée en 2006 par Paul Biya sous la pression des bailleurs de fonds et de l’opinion publique, l’opération de lutte anti-corruption Épervier est toujours en cours au Cameroun. Jeune Afrique a passé en revue les
personnalités emprisonnées qui écopent des peines les plus lourdes.
Alors que la Franco-Camerounaise Lydienne Yen Eyoum vient d’être libérée lundi 4 juillet, nombreuses sont les personnalités arrêtées dans le cadre de l’opération Épervier à ne pas avoir eu cette chance. Parmi elles, des anciens dirigeants d’entreprises publiques et des hommes politiques de haut rang. Sélection non-exhaustive.

Yves Michel Fotso, ancien patron de la Camair

>> Prison à perpétuité + 25 ans de prison

Incarcéré depuis 2010, Yves Michel Fotso, ancien patron de la compagnie aérienne Camair, a été condamné en avril 2016 à la prison à perpétuité pour le détournement de près de 50 millions d’euros. Le Tribunal criminel spécial a conclu que, lorsqu’il dirigeait la Camair (2000-2003), Yves Michel Fotso avait créé trois « sociétés écran » à travers lesquelles il louait à la compagnie aérienne des avions achetés avec des fonds publics publiques du Cameroun.
Le Camerounais avait déjà été condamné à 25 ans de prison en septembre 2012, en même temps qu’un ancien secrétaire général de la présidence camerounaise, Marafa Hamidou Yaya, après avoir été reconnu coupable du détournement de 29 millions de dollars (25 millions d’euros) déboursés en 2001 par le Cameroun pour l’achat manqué d’un avion présidentiel.

Jean Marie Atangana Mebara, ancien secrétaire général de la présidence

>> 25 ans de prison + 20 ans de prison + 15 ans de prison

Jean-Marie Atangana Mebara a été condamné le 23 juin 2016 à 25 ans de prison par le Tribunal criminel spécial (TCS) pour détournement, courant juin 2003, de 4,4 millions d’euros (2 905 500 000 F CFA) destinés à l’achat d’un avion présidentiel. Il a prévu de se pourvoir en cassation, portant le dossier devant la Cour suprême et pourrait saisir les instances internationales.
L’ancien secrétaire général à la présidence a toujours affirmé avoir agi ainsi sur instruction du président de la République. Cette peine de prison vient s’ajouter à deux autres, de 20 ans et 15 ans pour malversations financières, la première dans l’affaire « Cameroon Airlines » et la seconde dans le même dossier de l’avion présidentiel.

Ephraïm Inoni, ancien Premier ministre

>> 20 ans de prison

Premier ministre de 2004 à 2009,  il est arrêté dans le cadre de l’opération Épervier le 16 avril 2012 et condamné en octobre 2013 à 20 ans de prison par le Tribunal criminel spécial de Yaoundé, pour coaction, avec Jean Marie Atangana Mebara, de détournement de l’ordre de 287,4 millions francs CFA destinés à l’acquisition, en 2001, d’un aéronef pour les déplacements du chef de l’État.

Marafa Hamidou Yaya, ancien secrétaire général à la présidence

>> 20 ans de prison

Arrêté le 16 avril 2012, Marafa Hamidou Yaya avait été condamné par le Tribunal criminel spécial (TCS) à 25 ans de prison ferme le 22 septembre de la même année, pour coaction de détournement de 31 millions de dollars (24 milliards de francs CFA), destinés à l’acquisition d’un avion neuf pour les voyages du chef de l’État.
Sa peine a été réduite à 20 ans de prison en mai dernier par la Cour suprême mais « Marafa » va demander la révision de son procès. Ses défenseurs envisagent aussi de poursuivre l’État du Cameroun devant les juridictions régionales et internationales.

Polycarpe Abah Abah, ancien ministre de l’Économie et des Finances

>> 25 ans de prison + 6 ans de prison

L’ancien ministre de l’Économie et des Finances (2004-2007) a été reconnu coupable en janvier 2015 de corruption et détournement de fonds publics. Incarcéré depuis 2008, Polycarpe Abah Abah a écopé d’une peine de 25 ans de prison pour des malversations financières estimées à près de 12 millions d’euros.
Les faits reprochés à Polycarpe Abah Abah remontent au début des années 2000, époque à laquelle il occupait les fonctions de directeur des impôts. Il a également été condamné à six ans de prison ferme pour évasion pour avoir, en mai 2012, profité d’un rendez-vous avec ses médecins pour se rendre à son domicile. Il est encore visé par deux affaires devant le TCS, notamment celle de la gestion de la redevance audiovisuelle.

Urbain Olanguena Awono, ancien ministre de la Santé

>> 20 ans de prison + 10 ans de prison

Emprisonné depuis 2008, l’ancien ministre de la Santé a été condamné en août 2012 à 20 ans de prison ferme pour avoir détourné 80 millions de francs CFA, soit plus de 120 000 euros, mis à la disposition du Cameroun par le Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose.
Urbain Olanguena Awono a toujours nié les faits, soutenant que sa signature avait été imitée sur ces documents. Il avait déjà été condamné à 15 ans de prison lors d’un autre procès pour détournement de fonds publics. Cette dernière peine a été ramenée à 10 ans de prison en août 2015.

Alphonse Siyam Siwe, ancien ministre des Mines

>> Prison à perpétuité

Directeur du Port autonome de Douala au moment des faits et ministre de l’Eau et de l’Énergie lors de son incarcération, le 24 février 2006, Alphonse Siyam Siwé a écopé de la perpétuité en appel, après avoir été condamné à 30 ans de prison en première instance.
Il était accusé, dans le cadre du procès du Port autonome de Douala, de détournement de deniers publics et d’escroqueries en série estimés à 40 milliards de F CFA (63,2 millions d’euros).

Gervais Mendo Zé, ancien patron de la CRTV

>> En détention provisoire depuis le 12 novembre 2014. Procès en cours.

Gervais Mendo Zé, l’ancien patron de la Cameroon Radio Television (CRTV) est incarcéré depuis le 12 novembre 2014, neuf ans après son limogeage de la télévision publique camerounaise. Le tribunal s’interroge sur la disparition de plusieurs milliards de francs CFA en 2004 notamment et lui reproche des malversations dans la gestion de l’entreprise, dont le budget culmine à plusieurs dizaines de milliards de francs CFA. Le procès est toujours en cours devant le tribunal criminel spécial.

Zacchaeus Mungwé Forjindam, ancien DG du Chantier naval et industriel du Cameroun

>> Prison à perpétuité

Zacchaeus Mungwé Forjinda, ancien directeur général du Chantier naval et industriel du Cameroun,  a écopé en 2012 de la prison à vie dans le cadre de l’opération Épervier. Il lui était reproché le détournement de 206 millions de francs CFA.

Roger Ntongo Onguéné, ancien directeur général des Aéroports du Cameroun

>> 30 ans de prison + 20 ans de prison

Ancien Directeur général des Aéroports du Cameroun (ADC), Roger Ntongo Onguéné a été condamné le 23 octobre 2015 à 30 ans de prison ferme. Il a été reconnu coupable du détournement de la somme d’1 milliard 642 millions de francs CFA.
Privé de liberté depuis janvier 2010, Roger Ntongo Onguéné avait déjà écopé en septembre 2013 d’une première condamnation à 20 ans de prison pour des chefs d’accusation portant toujours sur un détournement de deniers publics

Gilles Roger Belinga, ancien directeur général de la Société immobilière du Cameroun

>> 20 ans de prison

Gilles-Roger Belinga a été condamné le 27 septembre 2007 à 35 ans de prison, avant que cette peine ne soit ramenée à 20 ans d’emprisonnement, dans l’affaire de la Société immobilière du Cameroun. Il était accusé de faits de détournement de deniers publics, de coaction de détournement de deniers publics, de complicité de détournement de deniers publics, et de tromperie envers associés, pour un préjudice de plus de deux milliards de francs CFA.

Emmanuel Gérard Ondo Ndong, ancien directeur général du Feicom

>> 20 ans de prison

Le 11 novembre 2005, Ondo Ndong est limogé de son poste de directeur général du fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunale (Feicom). Trois mois plus tard, il est interpellé à son domicile à Yaoundé, accusés de détournement de deniers publics estimés à plus de 36 milliards de FCFA.
Il est d’abord condamné à 50 ans de prison puis, après révision du procès, à 20 ans d’emprisonnement en appel. Alors qu’il s’était pourvu en cassation, sa peine a été revue à la hausse en 2013. Verdict de la Cour suprême : 30 ans de prison.

Mohammed Iya, ancien directeur général de la Sodecoton

>> 15 ans de prison

Le 3 septembre 2015, il est reconnu coupable de détournement de fonds public et condamné à 15 ans d’emprisonnement ferme. Ancien président de la fédération camerounaise de football de 2000 à 2013, il paie sa gestion de la Sodecoton, dont il était le directeur général.
Jeune Afrique