David Cameron quitte le chaos politique britannique en chantant

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Après trois semaines de chaos politique à la suite du « Brexit », le premier ministre britannique, David Cameron, a annoncé sa
démission. Un ultime rebondissement, plus prévisible et moins tragiques que les précédents, mais toujours dans la droite ligne du vent de folie qui souffle outre-Manche : des responsables politiques qui démissionnent en cascade, des partis au bord de l’implosion, des chefs de campagne qui avouent avoir menti quelques heures après les résultats, des Londoniens qui réclament leur indépendance
Après son discours, David Cameron a quitté la tribune installée devant le 10, Downing Street, pour rejoindre la porte d’entrée, suivi des caméras du monde entier. Un plan de plusieurs secondes qui, en France, a immédiatement rappelé le discours télévisé et le départ de Valéry Giscard d’Estaing après sa défaite en 1981.
A un détail près : au lieu d’un « au revoir » guttural, Cameron, oubliant visiblement que son micro-cravate était encore branché, a chanté quelques notes enjouées en passant la porte.

« La complainte de Cameron »
Forcément, tout le monde n’a retenu de l’épisode que cette mélodie. Elle n’a pas de paroles et ne veut donc a priori rien dire, sinon que l’ex-premier ministre est vraiment très content et soulagé de ne plus avoir à gérer les affaires politiques de son pays.
Une des hypothèses les plus plausibles est qu’il s’agit d’une partie du générique de The West Wing, série américaine qui met en scène les luttes de pouvoir à l’intérieur de la Maison Blanche et qui, même si les scénaristes s’étaient vraiment lâchés, n’aurait jamais pu imaginer la « séquence » pré et post-« Brexit » qui vient de se jouer. France Inter est d’accord avec ça. Mais il pourrait aussi s’agir de quelques notes d’un groupe du coin, comme les Smiths ou les Stones Roses.

S’il est vrai qu’une telle référence viendrait ponctuer à point nommé les coups de théâtre et les trahisons des uns et des autres, le rapprochement semble un peu hasardeux : comment reconnaître une musique avec seulement quelques notes ?
A défaut de pouvoir reconnaître l’air, Classic FM en propose une analyse musicologique extrêmement (trop ?) poussée. La mélodie a été transcrite sur une partition et baptisée Cameron’s lament, ou La Complainte de Cameron.
Le rythme du chant, plutôt soutenu, « suggère l’activité, voire la positivité ». Il commence par un saut de quarte, un intervalle souvent utilisé dans la musique martiale. La Marseillaise, par exemple, commence par un saut de quarte… Mais la dernière note crée une dissonance inattendue, « ambivalente ».
Après cela, Cameron parle. Il dit « Right ». Et les spécialistes de conclure que cette intervention de la « récitation » témoigne d’une « grande connaissance des techniques de composition contemporaine ». La petite musique combine « la fanfare wagnérienne, l’indécision harmonique de Beethoven et un fleurissement contemporain à la fin ».
Le premier ministre, fredonnant, léger, oublieux du protocole et du micro-cravate, n’en attendait sans doute pas tant. Peut-être a-t-il juste chanté pour oublier qu’il avait lui-même organisé le référendum qui avait scellé sa chute.


lemonde.fr