États-Unis : Larry Mitchell, l’Africain-Américain qui demande aux racistes de financer son retour en Afrique. Il a déjà récolté 1 400$ en dix jours

Lassé par les messages racistes dont la communauté africaine-américaine fait régulièrement l'objet, Larry Mitchell a fait appel à la "solidarité" des personnes qui souhaitent son départ des États-Unis pour financer
son retour en Afrique. Un message emprunt d'une ironie provocatrice qui a fait mouche.
C’est un message qu’il a entendu toute sa vie : « Go back to Africa », ou « Retourne en Afrique » dans sa version française. Un slogan tristement célèbre dans la communauté africaine-américaine où il se fait entendre quotidiennement de la part des (nombreux) racistes américains. Face à cette violence verbale, Larry Mitchell, un chef-cuisinier de l’Indiana, a trouvé une réponse pour le moins originale, puisqu’il a lancé une campagne de financement participatif baptisée « Send me back to Africa », soit « renvoyez moi en Afrique » sur le site gofundme.com.
Une démarche résolument ironique et provocatrice, comme la description du projet le laisse rapidement deviner : « Si vous voulez que je retourne en Afrique, je le ferai avec plaisir, vous pouvez aider à ce que votre rêve et le mien se réalisent. J’accepte tous les dons, qu’ils viennent du Ku Klux Klan, des Skin Heads ou de quiconque partageant les mêmes opinions. Que Dieu vous bénisse, vous et l’Amérique. » L’annonce, déjà caustique, est conclue par le hashtag #putyourmoneywhereyourhateis, soit investissez votre argent dans votre haine.
Un racisme omniprésent dans la société
Autant dire qu’aux États-Unis, où les bavures policières à l’encontre des Africains-américains et les déclarations tapageuses de Donald Trump font resurgir la question raciale dans le débat public, le message de Larry Mitchell n’est pas passé inaperçu. Son projet de crowdfunding a été partagé plus de 31 000 fois sur Facebook, et si Larry Mitchell a volontairement fixé un objectif très élevé (100 000$), il a déjà récolté 1 400$ en dix jours. Sans compter que le renommé Washington Post lui a consacré un article dans lequel on apprend que le cuistot vit à Kokomo, une petite ville de l’Indiana de 58 000 habitants, dont 83% sont des Blancs.
Larry Mitchell affirme y vivre une existence paisible, sauf quand le racisme vomit sa haine : « Après un combat de Floyd Mayweather ou une victoire de Serena Williams, je vois des ‘rentrez en Afrique’ fleurir sur le Net », dit-il. Sur le Net, mais aussi lors des réunions politiques, comme en mars dernier, lorsque le collectif « Black Lives Matter » s’était invité à un meeting de Donald Trump, provoquant les huées de la foule et les habituels cris « Go back to Africa ».
Historiquement, l’Indiana où vit Larry Mitchell est l’un des États américains où les tensions raciales ont été les plus violentes et les agressions contre les Africains-Américains les plus meurtrières. Le New York Times rapporte que cet État du Midwest comptait le plus de membres du Ku Klux Klan rapporté à sa population dans les années 20. Et c’est à Kokomo, la ville de Larry Mitchell, qu’eut lieu en 1923 l’un des plus grands rassemblements de l’histoire du KKK.
Le slogan « Go back to Africa » est ancré depuis des siècles dans la culture américaine. C’est un des premiers président du pays, Thomas Jefferson, qui l’aurait utilisé dès 1714, affirme une revue spécialisée, (The Journal of Negro History). Repris par les suprémacistes blancs, il a aussi été détourné par Marcus Garvey, l’une des grandes figures du panafricanisme du début du XXe siècle aux États-Unis. Ce dernier défendait en effet la théorie selon laquelle les Noirs américains devaient retourner en Afrique pour gagner leur liberté. Un siècle plus tard, c’est un bel hommage que lui rend Larry Mitchell.

jeuneafrique.com