Le sondage qui enterre Hollande, inquiète Sarkozy et ravit Juppé

Juppé toujours favori pour la présidentielle de 2017
Si 73% des Français ne souhaitent pas que François Hollande soit réélu en 2017, 66% refusent de revoir Nicolas Sarkozy à la tête de l'Elysée. Seul Alain Juppé sort son épingle du jeu avec ... 42%
de rejet.
© Copyright 2016, Challenges Juppé toujours favori pour la présidentielle de 2017 Un sondage, un de plus, rappelant une nouvelle fois à quel point les Français se défient de leurs principaux leaders politiques, à quel point ils les considèrent discrédités pour la quasi totalité d'entre eux, à quel point ce refus en bloc se révèle chaque jour davantage un recul collectif, une insatisfaction démocratique on ne peut plus patente!
Une étude d'opinion d'autant plus inquiétante qu'elle a été bouclée à la veille du massacre de Nice, la rage, depuis, s'étant encore accentuée. Il serait certes possible d'ergoter sur la formulation de la question posée par l'institut Ifop pour le site d'information Atlantico, un questionnement curieux puisque par la négative - ce qui n'est guère usuel :
"Pour chacune des personnalités politiques suivantes, souhaitez-vous QU'ELLE NE SOIT EN AUCUN CAS ÉLU À LA PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE EN 2017"... Une manière, pourrait-on souligner à bon compte, de pousser davantage encore les Français à exprimer rancoeur et rancune. Ce n'est pas l'avis des sondeurs de l'IFOP qui défendent leur besogne :
"Ce sondage n'indique pas les intentions de vote. Il permet de mesurer le niveau de rejet dont souffrent les principaux candidats putatifs".
"Souffrir"... Hormis Alain Juppé, c'est bien le mot...

1- L'EXCEPTION JUPPÉ

Il est donc le seul. L'exception qui semble échapper à la vindicte des Français puisqu'une (grosse) minorité - 42% tout de même !- " souhaite qu'il ne soit en aucun élu à la présidence de la République". L'ensemble de ses concurrents, extrême-droite, droite, centre, gauche et extrême gauche confondues, dépassent, parfois de fort loin, la majorité de blocage, celle qui correspond si bien à ce slogan démagogie et populiste: "Dégagez". Une majorité d'électeurs ne souhaitent pas aujourd'hui que Juppé "dégage".
Voilà qui explique pourquoi le maire de Bordeaux se tient "bien" dans l'ensemble des sondages et études d'opinion quelles que soient les questions posées. Cette étude Ifop/Atlantico permet toutefois de préciser, d'affiner la nature du phénomène Juppé qui, jusque-là, semble persister: les électeurs centre droit-centre gauche - quelques millions tout de même - constituent sa garde de fer sondagière (sans doute électorale demain) ; les "déçus" de droite du sarkozysme restent nombreux et déterminés.
Si le président de LR est présent au second tour de l'élection présidentielle, ils voteront en sa faveur sans la moindre hésitation. D'ici là, ils se mobiliseront en faveur de Juppé. Lors de la primaire de la droite, ils pourraient avoir un poids électoral déterminant ; Juppé, enfin, récupère d'innombrables sympathisants socialistes qui ont "enterré" François Hollande et semblent s'être détournés à jamais du président sortant. Phénomène lourd, persistant, jusque là inconnu en Ve République.

2- LA CATA HOLLANDE

Au delà des 73% (!) de Français qui le rejettent, deux chiffres stupéfiants permettent de prendre la mesure de ce désamour : 36% de l'électorat PS déclare n'avoir plus rien en commun avec Hollande. 33% seulement de ce même électorat PS se défie d'Alain Juppé. Une preuve, parmi d'autres, que le chef de l'Etat est à la ramasse ; que ses électeurs sont à la recherche d'un candidat de substitution, non pas sur leur gauche (Mélenchon, Duflot et Montebourg sont tous trois balayés), mais sur leur aile ... droite, sur leur flanc centriste.
Juppé joue, en ce moment, ce rôle du chevalier blanc. S'il venait à s'effondrer, Emmanuel Macron (51% de rejet, on a envie de souligner "seulement"...) et François Bayrou (53% de rejet, on a là encore envie de saluer ce pourcentage...) pourraient eux aussi faire figure de "remplaçants" potentiels- autre enseignement de ce sondage.
A gauche, le rejet des chefs, en l'occurrence celui du chef "suprême", est autrement plus puissant qu'à droite. Juppé et Sarkozy en ont tiré une leçon politique et électorale explicite: au premier tour, Hollande ne pourra devancer ni le candidat de l'extrême droite ni celui de la droite républicaine. En novembre prochain, la primaire de la droite devrait donc désigner le prochain président de la république

3- L'ÉNIGME SARKOZY

Il est de retour et il serait stupide de le nier. Le peuple de droite l'écoute à nouveau, non sans bienveillance. À l'occasion du massacre de Nice, il a su se démarquer, avec subtilité, d'Alain Juppé tombé dans le piège de la surenchère mal maîtrisée. Et pourtant le malaise semble persister: 66% des Français, donc parmi eux des électeurs de droite, ne veulent toujours pas du précédent chef de l'Etat. Persistance et réminiscence de l'anti-sarkozysme, cet état quasi-chronique d'un pan de la société française. Alain Juppé a appris à utiliser ce syndrome.
Passion sarkozyste, contrebalancée par la passion anti-sarkozyste - laquelle persiste et ce sondage Ifop/Atlantico le pointe sans détour. Le maire de Bordeaux joue pour sa part la raison maîtrisée. A l'exaspération croissante que provoquent les "autres", mis à part Macron et Bayrou, il répond, hormis la bavure post-Nice, par une démarche apaisée. Mais est-elle encore de saison, cette démarche? Sarkozy est pour sa part convaincu de l'inéluctable crash de son concurrent, en déphasage selon lui avec la droitisation générale. Mais cet incontestable tournant culturel suffira-t-il à le réconcilier avec les Français? Rien n'est moins garanti.
DEUX REMARQUES, ENFIN :
Bruno Le Maire, candidat auto proclamée du "renouveau", n'échappe pas à cette vindicte proclamée : 60% des électeurs l'alignent sur les candidats "chevaux de retour".
Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, partisan l'un et l'autre de la "rupture" - même si ce n'est pas la même - critiques tous deux virulents du système, ne bénéficient pas pour autant d'un quelconque état de grâce. La présidente du Front National repoussée à 63%; le "lider maximo " du Parti de gauche rejeté, lui, à 64%...
Juppé le paisible dispose encore de quelques beaux jours devant lui.