Où en êtes vous avec votre homme ?

« Et ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants... ». La faute aux contes de fées, on a eu longtemps une vision assez simple de l’amour...Personne ne nous avait dit qu’il y avait des étapes à franchir. Etre en couple,
ce n’est pas tous les jours facile. Et il y a des événements, qui, plus que d’autres brouillent les repères et chamboulent les amoureux.
Les 3 ans, les 7 ans, la naissance d’un enfant... Derrière ces étapes qui jalonnent la vie d’un couple se cachent des bonheurs infinis et des difficultés qu’on ne soupçonnait pas toujours. Finalement, comme dans un Koh Lanta des sentiments, il s’agit d’autant d’épreuves du feu que nous avons à traverser en duo. La bonne nouvelle, c’est que de ces épisodes, si on les traverse en gardant le cap, on peut sortir plus forts et plus amoureux que jamais. Découvrez les grands virages à bien négocier, et les conseils de Philippe Geffroy, psychothérapeute, pour y parvenir.
Le cap des 3 ans

Avant cette date fatidique (à quelques jours près, hein), on était encore avec Jules en pleine période de fusion. On pensait la même chose, on projetait les mêmes choses, et même on aimait les mêmes choses. Sauf que la réalité est venue mettre son nez là-dedans et qu’on a découvert au bout de 3 ans plein de trucs étonnants : il ne trouve pas toujours les mots, parfois il fait la tronche, il est un peu casanier et (surtout) il ne rabaisse jamais la lunette des toilettes.
Bref, on se rend compte qu’on avait un peu idéalisé l’autre, et à ce stade, deux risques guettent :

- Tenter de modeler l’autre pour en faire cet homme/cette femme parfait(e), et donc s’exposer à des frictions...

- Essayer de sauvegarder cette image idéale, en adoptant une stratégie d’évitement. On se met des œillères, on zappe ce qui nous énerve... Et on accumule les rancœurs en silence...
Les conseils du psy

- D’abord, on sort de la politique de l’autruche : on regarde en face les décalages entre ce qu’on avait fantasmé et la réalité.

- Il (elle) n’est pas comme on pensait ? Plutôt que de prendre peur, on voit ça comme une façon découvrir (enfin) notre partenaire tel qu’il est vraiment.
- On en parle ensemble : on n’hésite pas, sur le registre de la légèreté, à souligner les fois où il (elle) nous surprend, et pas toujours dans le mauvais sens ! Objectif : dédramatiser cette révélation et se rassurer mutuellement. Ouf, je suis pas le(la) seul(e) à sentir un changement !

- Pour plaire et rester dans la fusion, on a peut-être enfoui certains aspects de notre tempérament, de notre vie : cette étape est une belle occasion d’être enfin authentique et entretenir des relations « vraies » et sans artifices. On renoue donc avec ce qui nous constituait avant la rencontre : tiens, par exemple, ces copines qu’on a pas vues depuis maintenant...3 ans.
Le cap des 7 ans
Ce cap peut être difficile si le cap des 3 ans (passage de la fusion à la différenciation) ne s’est pas fait correctement. Si on a fait l’autruche pendant des années, arrive un moment où on ne peut plus faire semblant, et où on est bien obligés d’admettre que ce n’est pas tout à fait comme avant... En même temps, on s’aperçoit que la passion a laissé place à autre chose, qui fait moins de papillons dans le ventre et les mains moins moites quand on entend les clés dans la serrure... Et si l’amour avait laissé place à un simple attachement ? Panique à bord, on s’était pourtant promis d’être amoureux comme à nos débuts...
Les conseils du psy

- On fait attention à ne pas commettre d’erreur de diagnostic : ce n’est pas toujours la fin de l’amour, mais souvent seulement la fin de la passion. Et c’est tant mieux, car les papillons dans le ventre sont douloureux sur le long terme. Il faut comprendre que l’amour se transforme avec les années, qu’il prend une forme différente, car confronté à la réalité il devient... Réel.

- On sort du clivage qui oppose d’un côté la passion et de l’autre l’ennui. La routine, c’est un vilain mot pour quelque chose qui peut être joli, et qu’on appelle les habitudes en couple. Ce qui compte, c’est de savoir en sortir de temps en temps pour réactiver le plaisir de les retrouver et ne pas les vivre en mode « pilotage automatique ».

- On s’aménage en couple des moments de « fusion » : cette proximité passe par la sexualité, mais pas seulement. On peut retrouver et renforcer l’intimité en réapprenant à se toucher, en parlant des bons moments, en évoquant le « mythe fondateur » (les conditions de la rencontre amoureuse).
La naissance d'un enfant

On l’a espéré, rêvé, attendu, et voilà qu’il est là. Du haut de ses 50 petits centimètres, il chamboule la structure du couple, à qui il apporte un bonheur incomparable. Pourtant, tout n’est pas toujours robe bonbon quand on se retrouve trois à la maison. Le bébé représente un tiers dans le couple, qui va accaparer l’énergie physique et psychique de ses parents. De couple, on passe à famille, d’homme et femme, on passe à père et mère. Cette dernière va d’ailleurs souvent au moment de la naissance vivre des sensations très proches du coup de foudre amoureux, la faute entre autre à l’ocytocine, des « hormones de l’amour » sécrétées pendant l’accouchement. Même si les frontières entre les rôles paternels et maternels s’estompent, il n’est pas toujours facile pour les papas de trouver leur place dans cette nouvelle histoire d’amour et de fusion.
Les conseils du psy

- Attention aux projections que l’on fait de manière plus ou moins inconsciente sur l’enfant à venir : les « bébés de la dernière chance » et autres « bébé pansement » destinés à panser les blessures d’un couple remportent rarement leur mission.

- On s’autorise les émotions négatives : oui se lever la nuit c’est fatiguant, oui on a peur de ne pas y arriver, et oui on n’imaginait pas que ce serait « comme ça ». Faites le deuil de la maternité et de la parentalité parfaites et béates, et ne culpabilisez pas à ressentir des frustrations, des déceptions et des angoisses.

- Croyant qu’il n’est pas de bon ton de noircir le tableau, les parents ont chacun tendance à taire leurs angoisses, qui s’amplifient avec l’impression d’être seuls à les vivre. Faire l’aveu de ses failles et de ses craintes permet de se rassurer mutuellement.

- Il est important d’être attentif aux petits signaux d’alerte, qui indiquent que vous êtes en train de perdre de vue votre couple. Par exemple, une difficulté insurmontable à vous séparer de votre enfant le temps d’une soirée doit vous mettre la puce à l’oreille et vous inciter à réévaluer les places respectives de votre enfant et de votre couple dans le foyer.

- Posez-vous les bonnes questions, et sachez lire entre les lignes de vos attitudes. Demandez-vous par exemple ce que vous redoutez en vous retrouvant à nouveau tous les deux ? Qu’avez-vous peur de vous dire ? Quelles conversations cherchez-vous à éviter en ne parlant que de votre enfant ?
L’emménagement
Vous rêviez de voir vos deux brosses à dents dans le même verre, et vos deux noms sur la boîte aux lettres. L’emménagement en commun est souvent le premier engagement d’un couple, l’étape qui le projette du hasard de la rencontre à la volonté de sceller l’union. Alors qu’on ne se voyait qu’à des moments choisis (les meilleurs, tant qu’à faire), on est désormais à la merci du quotidien, de nos variations d’humeur et de celles de l’autre. On ne peut plus (se) mentir : habitudes et manies sont révélées au grand jour, et nos différences nous sautent alors aux yeux.
Les conseils du psy
- Parmi les choses qui nous agacent, on fait le tri. On apprend à lâcher prise et même à rire de certaines de ces « fausses notes » (le tube de dentifrice, le rangement, la lunette des toilettes...), liées aux habitudes de chacun. Ces mini conflits créent une sorte d’ « agacement complice » sans conséquences, et donnent même au couple sa couleur.

- On se libère de nos projections afin de nous laisser surprendre par ce que l’autre a à nous proposer, même si ce n’est pas exactement ce qu’on attendait.

- On conserve l’équilibre précieux qui veut que 1 + 1 = 3, toi, moi, et le couple. Pour cela, on résiste à la tentation d’hiberner et on ne fait surtout pas l’erreur de couper les liens avec son réseau amical, familial. Si possible, on aménage l’espace de façon à pouvoir chacun vaquer à ses occupations, pour les jours où on a besoin de se retrouver seul(e).

- Si possible, on opte pour un cocon « neutre », c’est-à-dire choisi et investi ensemble, et n’appartenant pas au passé ou à la famille de l’un des deux partenaires : un couple est une création nouvelle, qui a besoin d’espaces nouveaux.
Les drames de la vie

Maladie, deuil... La vie de couple n’est pas un long fleuve tranquille, et est parfois mise à l’épreuve par les épisodes douloureux qui jalonnent l’existence, donnant tout son sens à l’expression « Pour le meilleur et pour le pire ». Si, sur le papier, la promesse d’être là dans les moments difficiles paraît aller de soi, dans les faits rien n’est moins simple. Et pourtant, au-delà de toute l’inévitable peine qui accompagne ces étapes, elles peuvent être pour le couple la source d’un grand pas vers l’authenticité, l’intimité et le partage.
Les conseils du psy

- S’engager à nouveau... La construction d’un couple repose sur deux éléments : le désir, aléatoire et fluctuant, et la volonté de former un couple. Les drames de la vie mettent à l’épreuve le désir : reste à réaffirmer le choix d’être ensemble, la volonté de traverser les épreuves.

- Aimer suppose une forme d’abandon, et savoir demander de l’aide fait partie du processus d’évolution du couple. On a tendance à être dans un système de pensée magique, qui voudrait que notre partenaire devine quand nous avons besoin de lui. Loin d’être un aveu de faiblesse, être capable de formuler une demande claire évite bien des malentendus.

- Attention tout de même, à tout attendre de son partenaire, on risque de retarder notre guérison et aussi de charger l’autre d’un fardeau bien trop lourd à porter. Le soutien et le réconfort procurés par le couple ne doit pas sans aller avec une responsabilisation individuelle.

- Gare aux projections : si, en cas de coup dur, vous avez besoin de vous confier, vous aurez tendance, croyant bien faire, à tirer les vers du nez de votre partenaire pour le soulager de sa douleur. Votre remède n’est pas forcément le sien.

- Face à une épreuve, il est essentiel de comprendre que les stratégies face à la douleur ne sont pas les mêmes. Silence, pleurs, agressivité, isolement : A chacun ses mécanismes de défense. Il n’y a pas de « bonne » façon de réagir, juste des individus qui font ce qu’ils peuvent pour gérer leur peine. 
Le déménagement
Qu’il soit « subi » (en vue d’une mutation par exemple) ou choisi, un déménagement peut représenter une opportunité de redynamiser le couple en lui apportant un vent de nouveauté. Mais ne sous-estimez pas l’importance d’un changement de cadre de vie : car en changeant de murs, ce sont aussi nos repères que l’on modifie.
Les conseils du psy

- N’investissez pas tout sur cette nouvelle adresse : si elle peut insuffler à votre couple une bonne dose de nouveauté et de piment, attention cependant au piège du « ça ira mieux entre nous quand on aura une nouvelle maison ». Comme l’enfant pansement, la « maison pansement » ne fait pas toujours ses preuves, et partir avec l’espoir fou que tout s’arrange en un coup de serrure magique est le meilleur moyen de s’exposer à des déconvenues.

- Parfois, le déménagement se fait sous l’impulsion de l’un des deux partenaires, tandis que l’autre finit par donner son accord, plus ou moins à contrecœur. Attention dans ce cas à ce que celui qui obtempère ne fasse pas payer à son partenaire le poids de la décision.

- Alors qu’on était dans des habitudes de trajets, de fonctionnement, de rituels, une nouvelle habitation remet les pendules à zéro et les deux partenaires face à face. Les prémices de cette nouvelle vie sont une opportunité idéale pour se retrouver, redéfinir la place du couple dans le foyer, réajuster l’organisation et les habitudes de façon à renforcer (ou retrouver) une forme d’intimité.
La découverte d’une infidélité

La découverte d’une infidélité est toujours un séisme pour le couple. Aux blessures d’égo du partenaire trompé viennent s’ajouter une déception et une nouvelle méfiance vis-à-vis de celui ou celle qui a remis en cause le contrat souvent implicite de fidélité. Aussi inconcevable que celui puisse paraître sur le moment, ce cap peut aussi être l’impulsion vers un nouveau fonctionnement mieux adapté au couple.
Les conseils du psy

- Passée la colère, la première étape consiste à essayer d’analyser la situation, et de comprendre ce qui dans votre fonctionnement de couple a laissé cette situation se produire. Mettre le doigt sur le manque qui a engendré l’infidélité permet de prendre de la hauteur par rapport à la situation, et d’initier un nouveau départ pour le couple.

- Ces réflexions menées individuellement et en couple doivent amener à poser un acte de changement, pour s’inscrire dans l’action, dans la progression, et pas dans la rumination et les rancœurs : aller consulter un thérapeute, décider de s’accorder une semaine de vacances à deux par an ou une soirée par semaine.

- Une infidélité peut aussi être l’occasion de redéfinir ensemble les termes du contrat tacite qui vous unit : certains couples établiront ainsi une différenciation entre une fidélité reposant sur des projets communs, et une exclusivité en terme de sexualité.
De nouveau en couple

Comme si le départ en retraite n’était pas déjà en lui seul un assez gros bouleversement, il coïncide souvent à quelques années près avec le départ des enfants, qui sont pris de la drôle d’idée de voler de leurs propres ailes. Pas toujours évident pour le couple de gérer ce virage du « nid vide », qui remet les partenaires, à table et dans le quotidien, dans un face à face auquel ils ne sont plus habitués...
Les conseils du psy
Confiez-vous mutuellement : ces étapes sont toujours des bouleversements, à la source de questions et d’angoisse. En plus de vous aider à réaliser que vous n’êtes pas la seule à stresser, les partager en couple vous évitera de communiquer vos angoisses à vos enfants qui risqueraient le cas échéant de se sentir coupables.

- Réinvestissez votre couple : si le vide laissé par le départ des enfants est conséquent, c’est l’occasion de s’interroger sur la place accordée au couple pendant toutes ces années. Et si, dans une volonté évidente de bien faire, vous aviez surinvesti votre rôle de parents, au détriment de votre couple ?

- Prenez du bon temps : profitez de cette nouvelle liberté en vous lançant ensemble dans une activité (marche, bénévolat...) ou dans de nouveaux projets (week-end, vacances, déménagement...). Cette étape est pour certains couples l’occasion d’un nouveau départ et d’un rapprochement amoureux entre les deux partenaires.

Source: aufeminin.com