Une bataille franco-britannique s’annonce sur le marché camerounais de l’électricité

Une bataille franco-britannique s’annonce sur le marché camerounais de l’électricité
Le 7 juillet 2016, le gouvernement camerounais a conclu avec la Société financière internationale (SFI) et la société Electricité de France (EDF), un pacte d’actionnaires en vue de la création de la Nachtigal Hydro
Power Company (NHPC), entreprise devant exploitée le futur barrage de Natchigal, d’une capacité de production de 420 MW, dont la mise en service est prévue en 2021.
En contrôlant 40% du capital de cette nouvelle entreprise, contre 30% pour chacun de ses partenaires dans le projet (Etat du Cameroun et SFI), l’électricien français EDF aura ainsi la mainmise sur la plus grande centrale hydroélectrique du Cameroun, pendant une durée de 35 ans, période sur laquelle NHPC gérera contractuellement le barrage de Natchigal.
Grâce à Natchigal, EDF est dans les starting-blocks pour devenir, à partir de 2021, parmi les plus importants Private Power Producers (PPP) sur le marché camerounais de l’électricité. Cette société française se positionne ainsi aux côtés du consortium formé par le Britannique CDC Group et le fonds norvégien Norfund, qui a, en septembre 2015, repris les actifs de Globeleq Africa (alors contrôlé par le fonds d’investissement britannique Actis) dans KPDC et DPDC, deux entreprises qui gèrent les centrales à gaz de Kribi (216 MW extensible à 330 MW) et à fioul de Dibamba (96 MW).
Ce consortium anglo-norvégien, avec une capacité de 426 MW sous gestion, est le premier producteur privé d’électricité au Cameroun, et par conséquent un important fournisseur pour Eneo, le concessionnaire du service public de l’électricité, dont 56% (5% sont en cours de rétrocession au personnel) des actifs sont détenus, depuis juin 2014, par le fonds d’investissement britannique Actis.
Le contrat de concession de la société Eneo arrivant à échéance en 2021 (c’est la date d’entrée en scène d’EDF dans la gestion du barrage de Natchigal), les actionnaires britanniques de cette entreprise de production et de distribution de l’électricité ont déjà entamé des manœuvres auprès des autorités camerounaises, en vue de la prorogation du contrat de concession pour une durée de 10 ans.
Prorogation de la concession contre financements
C’est ainsi que, apprend-on de sources autorisées, dès l’année 2015, Actis-Eneo a soumis au gouvernement camerounais un plan d’affaires assorti d’un programme d’investissement allant de 2015 à…2031. Le concessionnaire s’y engage à investir 900 milliards de francs Cfa, en échange de « mesures d’accompagnement » de la part de l’Etat camerounais.
En effet, révèlent nos sources, pour le financement de ce programme d’investissement, Actis-Eneo se propose de mobiliser des fonds propres, ses recettes d’exploitation et, surtout, un emprunt à long terme de près de 200 milliards de francs Cfa, pour lequel les «prêteurs ont indiqué la nécessité d’avoir une durée de la concession qui couvre la durée du remboursement», apprend-on.
En clair, souligne une source proche du dossier, les financements requis ne pourront pas être mobilisés, y compris une injection de fonds pour environ 25 milliards de francs Cfa proposée par Actis ; tant que «le principe de l’extension de la concession» d’Eneo, qui expire en 2021, ne sera «pas acquis».
Pendant qu’Actis-Eneo s’échine à convaincre le gouvernement à proroger sa concession, et qu’EDF s’apprête à gérer la centrale de Natchigal, une seconde entreprise française se signale dans le secteur du transport de l’électricité au Cameroun.
En effet, fin mai dernier, le gouvernement camerounais a jeté son dévolu sur l’expertise de la société RTE International, filiale à 100% de la RTE, le gestionnaire du réseau français de transport de l'électricité, pour accompagner l’opérationnalisation de la Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel) du Cameroun. Il n’est pas exclu que cette assistance technique de 17 mois devienne permanente.
Brice R. Mbodiam
Investir au Cameroun