Vu de l’étranger. “La pire défaite de l’histoire du football français”

La presse étrangère se montre très critique envers l’équipe de France après sa finale ratée face au Portugal (0-1). Cet Euro se finit de manière bien triste pour les Bleus.

C’est fait, l’Euro 2016 a fermé ses portes. “Maintenant que c’est fini, on peut le reconnaître : l’Euro 2016 a été un tournoi médiocre, avec comme point culminant une finale médiocre dimanche et le couronnement d’un champion médiocre”, juge The Irish Times, visiblement remonté ce lundi matin. “Mais personne ne peut crier à l’injustice. Le Portugal était la meilleure équipe sur le terrain ce soir, et son premier titre de champion d’Europe est largement mérité.”
Davantage que la performance portugaise d’hier soir, le quotidien irlandais souligne le piètre match des Bleus. “La vérité qui hantera pour toujours Didier Deschamps est que son équipe avait peur de perdre, poursuit The Irish Times. Le courage implique des risques, et cette France de Deschamps ne voulait en prendre aucun. Même les supporters occasionnels comme ceux du Stade de France savent reconnaître la peur quand ils la sentent.”  

La “honte” française

Julián Ruiz, chroniqueur d’El Mundo et souvent très critique avec les Bleus, propose ce matin un édito au vitriol dans les colonnes du quotidien espagnol. Il écrit ainsi que “la France se devait de gagner la finale la plus facile de toute son histoire après la blessure de Cristiano Ronaldo : les Bleus sont une honte pour le monde entier et je suis heureux que le faible ait triomphé du puissant”. Un autre quotidien espagnol se montre lui bien plus clément avec les joueurs français. La Vanguardia estime ainsi que “les Portugais se sont montrés nettement inférieurs aux Français” et que “les Gaulois méritaient mieux” hier soir.

Même surprise côté allemand ce matin, à l’image de Die Welt :“Tout dans cette finale donnait à croire que c’était pour la France. La table était mise. Le champion du monde éliminé au tour précédent, la finale se déroulait à la maison, et puis la France, grand favori contre le Portugal, a perdu à la fin. C’était même mérité.” La grande erreur des Bleus, selon le quotidien berlinois : ne pas avoir profité des minutes qui ont suivi la sortie de Ronaldo, mais s’être au contraire montrés “inhibés”. Ensuite : pas de buts, de rares occasions, et puis de la malchance. “Ainsi, il ne reste aux Français que le sentiment qui était celui des Allemands voici quelques jours. L’Allemagne était, elle aussi, la meilleure équipe sur le terrain, mais elle l’a quitté en perdant.”
The Guardian se montre également sans pitié à l’égard de l’équipe de France ce matin :  
  Les bégaiements de la France en seconde période vont nécessiter une enquête et des réponses. En voici une : ils n’étaient simplement pas assez bons. On aurait dit que la sortie de Cristiano Ronaldo sur blessure avait vidé les Bleus de leur énergie, comme s’ils pensaient que le match allait simplement leur tomber entre les mains en son absence. Les finales sont faites pour être gagnées, pas pour être prises par défaut. Là, la France s’est assise, a attendu et s’est retrouvée trop faible.”

Griezmann et Pogba, stars perdues

La presse étrangère note aussi les échecs des deux joueurs stars de l’équipe de France dans cette finale : Paul Pogba et Antoine Griezmann. Ainsi, “le Petit Prince n’a pas eu de chance dans ce qui devait être son grand soir, raconte le journal espagnol La Vanguardia. Le joueur de l’Atlético [Madrid] a tout essayé, mais cela s’est révélé vain dans une finale qui aurait pu diriger sa carrière vers le Ballon d’or.”
En Italie, on pense surtout que “Pogba a manqué lors de ce match, estime La Repubblica. Au cours de ce qui aurait pu être le soir de sa consécration, le joueur de la Juventus a tout raté, signe que la pression joue parfois des tours. Même pour un champion tel que lui.” La Gazetta dello Sport l’a même renommé “le fantôme” après cette finale ratée. La Süddeutsche Zeitung évoque son attitude à la fin du match, lorsqu’il faisait mine d’ignorer les Portugais recevant la coupe, comme s’il n’était pas un perdant. “Mais il l’était bien. Et pas n’importe lequel. Pogba appartient désormais à l’équipe qui s’est attiré la pire défaite de l’histoire du football français.”  

De l’espoir malgré tout

Mais cette nouvelle génération ne pourra que rebondir désormais, assure La Vanguardia : “Elle aura de nombreuses opportunités de soulever un trophée à l’avenir.” Et l’essentiel était finalement ailleurs, selon le journal de Barcelone, qui explique que, quelques mois après avoir été le théâtre d’attentats, le Stade de France “est revenu hier soir au cœur de l’actualité mondiale, mais cette fois l’acteur principal n’était que le football”.
“La France achève la compétition revigorée, mais pas triomphante, comme elle l’espérait tant, analyse de son côté le journal suisse Le TempsUne élimination au premier tour aurait viré à la tragédie nationale. La demi-finale était l’objectif assigné par la Fédération française de football. La finale et la défaite montrent au moins que jusqu’au bout, cette France-là s’est battue.”
Corentin Pennarguear
courrierinternational.com