Démonstration de force de l’opposition, un mort, à Conakry

Un manifestant guinéen à Conakry, le 16 août 2016.

On ne peut pas raisonnablement parler de guerre des chiffres, après la manifestation très suivie du 16 août, à Conakry. Selon le chef de l’opposition Cellou Dalein Diallo, ils étaient 700 000 à battre le pavé. « Moins de 500 000 », minimise une source policière. Dans les deux camps, on admet donc une mobilisation importante.

Dans l’après-midi, la manifestation s’est étirée sur 15 km, de la banlieue vers le centre-ville, pour terminer à l’Esplanade du stade du 28 septembre, où s’est tenu un meeting géant. Globalement calme, la marche a été marquée pourtant, sur le chemin du retour, par la mort d’un jeune manifestant et une dizaine de blessés.

« Une balle en pleine poitrine »

La victime, Thierno Hamidou Diallo, 21 ans, « a reçu une balle en pleine poitrine tirée par un agent des forces de l’ordre alors qu’il était assis sur le balcon de son appartement à Bambéto sur l’autoroute Le Prince [en banlieue de Conakry], a affirmé à l’AFP son frère, Mamadou Dian Diallo. Moi-même j’ai entendu le coup de feu mais je ne pouvais pas imaginer que son auteur visait mon frère. »

Un correspondant de l’AFP a vu le corps de la victime à la clinique Mère et Enfant avant son transfèrement à la morgue de l’hôpital Ignace-Deen. Le ministre de la Sécurité Abdoul Kabélè Camara a confirmé à la télévision d’Etat, que des troubles avaient éclaté en fin d’après-midi « aux alentours du rond-point de Bambéto, entraînant une intervention de la police au cours de laquelle deux cas de blessures graves par balles, dont un mortel, ont été enregistrés ».
L’auteur présumé des tirs, un capitaine de police, a été interpellé et « mis immédiatement à la disposition de la Direction centrale de la police judiciaire », a affirmé le ministre, exprimant les regrets des forces de sécurité. Le chef de l’opposition, qui a présenté ses condoléances à la famille et s’est rendu à la clinique, a demandé aux jeunes de quitter les rues après cette mort.

« Nous allons porter plainte contre X, même si nos plaintes n’ont jamais été acceptées par les tribunaux guinéens depuis que M. Alpha Condé a pris le pouvoir, mais nous allons nous battre encore contre cet état de fait » , a déclaré M. Diallo à des journalistes. Outre ce décès, le gouvernement a fait état de douze blessés et six interpellations.

« A bas l’ethnocentrisme »

La manifestation proprement dite, s’est conclue par un meeting géant à l’Esplanade du stade du 28 septembre. Outre M. Diallo, chef de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), deux autres candidats malheureux à l’élection présidentielle d’octobre 2015 - Faya Millimono, du Bloc libéral (BL), et Papa Koly Kourouma, de Génération pour la réconciliation, l’unité et la prospérité (Grup) - étaient présents?
 « Alpha démission, Alpha incapable, Alpha ça suffit, Alpha tu ne peux pas, les étudiants chôment, nous voulons du travail », a scandé la foule, parmi laquelle on pouvait lire sur des pancartes:  « Mort à la dictature » , « A bas l’ethnocentrisme » ou encore  «  Vive la démocratie » .

M. Diallo a salué une mobilisation « grandiose », preuve selon lui du  « rejet de la dictature et la mauvaise gouvernance de M. Alpha Condé ». Et d’ajouter: « Il a mis tout le monde au chômage, il a chassé les miniers, dont Rio Tinto et Vale qui étaient les seuls capables de créer des emplois et d’offrir à notre jeunesse des emplois décents, ils ont tous fermé leurs portes et quitté la Guinée. »

Le Monde.fr avec AFP