Jean Yves Leconte : « Kodengui est un mouroir avec une infirmerie-morgue et des detentions preventives illimitées »

Dans une sortie épistolaire, le Sénateur des français de l’étranger qui retrace le parcours des libérations de Michel Thierry Atangana, Jean Emmanuel Foumbi et recemment Me Lydienne Eyoum dévoile enfin les
secrets de ses visites à l’intérieur de la prison centrale de Kondengui.  Plus aucun secret ne transparaitra concernant les libérations de trois prisonniers de nationalité française ayant séjourné dans les milieux carceraux camerounais. Michel Thierry Atangana embastillé au SED qui deviendra avec la force des choses un milieu d’incarcération secondaire, Me Lydienne Eyoum et Jean Emmanuel Foumbi à la prison centrale de Kondengui. La France, patrie d’acceuil et désormais de résidence de ses ex-prisonniers, s’était alors mêlée au plus haut sommet pour activer sa diplomatie et ses réseaux afin de démontrer qu’elle était capable de faire vaciller tout « souverainisme » brandi par un « partenaire » quelconque pour justifier l’arbitraire ou les dérives totalitaires d’une caste d’individus. Dans une sortie médiatisée sur son site web le Sénateur des français de l’étranger Jean Yves Leconte fait ainsi le bilan de ses nombreuses descentes au Cameroun ainsi qe plusieurs échanges avec des responsables camerounais. Ajoutant du plomb à l’opération dite « Epervier » qui est supposée servir pour la lutte contre les detournements de deniers publics, Jean Yves Leconte, fait tout de même la part des choses en indiquant que toutes ses libérations sous fond de « forcing » sont à l’actif du Chef de l’Etat Paul Biya. Désormais la question centrale se pose : Y a-t-il du dilatoire dans les propos de Jean Yves Leconte ? Ou bien cache-t-il surnoisement les « vraies » manœuvres utilisées pour les liberations des anciens prisonniers français ? Dans tous les cas, le débat étant lancé, voici l’integralité de la déclaration de Jean Yves Leconte.
 
Libération de Me Lydienne Eyoum : il y a des moments heureux dans la vie politique. La libération le 4 juillet 2016 de Maître Lydienne Eyoum, avocate franco-camerounaise, en prison au Cameroun depuis plus de 6 ans, fut ainsi un moment de bonheur. Un bonheur partagé par l’ensemble de ceux qui se mobilisèrent en sa faveur depuis de nombreuses années. D’abord son mari, Michel Loyse, ses deux avocats, Maîtres Caroline Wassermann et Christian Charrière-Bournazel, nos deux ambassadeurs aux droits de l’Homme François Zimmeray puis Patrizianna Sparacino-Thiellay, notre Ambassadrice au Cameroun Christine Robichon et son prédécesseur Bruno Gain, Marc Nzoumba et l’équipe de SOS Racisme Cameroun, nos deux consuls Astride Cheminel et Bertrand Caillaud, qui l’ont accompagnée durant toutes ces années, la visitant et l’aidant dans les moments de doute et de souffrance, et beaucoup d’autres encore. Rompant avec l’indifférence de l’ère Sarkozy, il faut aussi rappeler et souligner l’implication sans faille du Président de la République, François Hollande, qui n’avait pas hésité à évoquer une fois encore la situation de Lydienne lors de son passage au Cameroun début juillet 2015. Ainsi, depuis l’alternance de 2012, chaque visite de responsables politiques français était l’occasion d’évoquer avec le Président Paul Biya notre préoccupation quant au sort de Lydienne EYOUM. Claude Bartolone, Bernard Cazeneuve, Michel Sapin et dernièrement, quelques jours avant la libération de Lydienne, André Vallini. Je remercie Paul Biya, qui, après l’analyse personnelle du cas de Me Lydienne EYOUM à laquelle il s’était engagé auprès de François Hollande en juillet 2015, a décidé de rendre à l’ancienne avocate de l’Etat camerounais ses droits, sa liberté. Compte-tenu du contexte de l’arrestation – l’opération Epervier – et de la condamnation de Me Lydienne EYOUM, la nécessaire lutte contre la corruption méritait cette appréciation spécifique du Chef de l’Etat camerounais. Cette libération, obtenue suite à une grâce présidentielle, est l’aboutissement de nombreux efforts. Mais c’est d’abord la victoire d’une femme, de sa dignité, de son humilité tout au long de sa captivité. Toujours combattante, alerte, digne. A l’écoute de ceux qui venaient la rencontrer dans cette prison mouroir de Kondengui. Comprenant que la réalité du temps à l’extérieur de sa prison imposait malheureusement de la patience, de la confiance lorsque nous lui disions que nous avions bon espoirde mettre fin à sa détention. Détention, qualifiée d’arbitraire par le Comité des droits de l’Homme des Nations Unies. Je sais combien cette grâce est l’objet de vives polémiques au Cameroun en raison de l’implication de la France pour cette libération. J’ai vu nombre de prises de position dans la presse, dont la tribune de l’avocat camerounais de Lydienne, Me Black Yondo : personne n’a probablement mieux exprimé que lui ce que pourrait penser aujourd’hui certains de ceux qui se sont mobilisés pour la libération de Me Eyoum. A chaque passage au Cameroun, à chaque visite au Ministre des Relations extérieures, au Ministre de la Justice, ainsi qu’à d’autres personnalités de l’Exécutif ou du Parlement, lors de contacts informels avec des responsables du pays, et alors que nous évoquions des sujets de préoccupation et de mobilisation communes, que ce soit la lutte contre le terrorisme – Français et Camerounais sont lourdement victimes de ce fléau-  ou l’implication du Cameroun dans le résultat de la COP 21,  j’avais en tête la libération de Lydienne et ce que cela signifiait pour notre compréhension mutuelle, notre confiance et les combats que nous avons à mener ensemble. Je sais que mes interventions ont pu parfois être perçues comme une ingérence dans les affaires intérieures du Cameroun. Ou pire, comme une action posant par principe, pour chaque Français, un droit à l’impunité. Mais il ne s’agissait évidemment pas de cela. Bien entendu, de par ma fonction, je suis toujours sensible à la situation des Français en prison à l’étranger, au respect de leurs droits et de leur situation humanitaire, mais je ne saurais poser le principe qu’ils soient toujours innocents ni susceptibles de répondre de leurs actes devant la justice, je dis bien la Justice, de leur pays de résidence. Par contre, je soulignais aussi qu’un combat mené contre un arbitraire servait l’ensemble de ceux qui en étaient victimes. Me rendant dans cette prison à plusieurs reprises, j’y ai vu les conditions inhumaines de détention, l’infirmerie-morgue, les détentions préventives illimitées… Défendre Lydienne c’était aussi témoigner de cela. Jamais l’arbitraire ne pourra remplacer la Justice. Je ne me tais pas en France sur ces questions-là : pourquoi donc alors le ferais-je à l’étranger ? Après Michel Atangana, Jean-Emmanuel Foumbi, la libération de Lydienne est la troisième au Cameroun pour laquelle j’ai été impliqué, mobilisé et pour laquelle j’ai constaté l’engagement de la France.Ces libérations, comme celles obtenues dans d’autres pays, sont à chaque fois un moment de bonheur sur l’effet que peut produire une mobilisation collective qui n’a pas toujours besoin d’être médiatique pour être efficace. Mais cette libération, Lydienne la doit d’abord à elle-même. A son immense patience, à son incroyable résilience, à sa dignité sans faille. C’est ce que je lui ai dit lorsque nous nous sommes vus la semaine passée au Sénat.
Bravo Lydienne et vive la liberté !
Camer.be