RDC: une partie de l'opposition boycotte les travaux préparatoires au dialogue

En RDC, Le bras de fer continue entre l'opposition et le facilitateur de l'Union africaine Edem Kodjo. Désigné pour décrisper le climat politique en RDC alors qu'une élection présidentielle doit se tenir à la fin de l'année, le facilitateur a choisi de démarrer ce mardi 23 août des travaux préparatoires à un dialogue entre majorité et opposition. Il estime qu'avec la dernière libération de prisonniers, le gouvernement a créé des conditions favorables. Ce n'est pas l'avis du Rassemblement de l'opposition qui a choisi de boycotter ces travaux. Et a appelé à la tenue d'une grève générale ce mardi.

Les deux premières forces de l'opposition au sein du Parlement, à savoir l'UDPS et le MLC, seront donc absentes de ces travaux préparatoires. Pour ces deux partis, quatre prisonniers politiques libérés, c'est trop peu, alors qu'ils en demandaient plus d'une centaine.
Il était aussi question de stopper les poursuites à l'encontre de responsables de l'opposition. Sans succès. Dans ce climat, impossible de faire confiance au gouvernement ou à un médiateur ayant obtenu si peu de résultats. Ils appellent donc à une journée ville morte ce mardi.
Mais signe de la division qui règne, l'UNC, troisième force de l'opposition, elle, assistera à ces travaux préparatoires. Son argument : ne pas participer à cette réunion avec le pouvoir pourrait retarder encore un peu plus le processus électoral alors qu'il reste moins d'un mois pour convoquer la présidentielle.
« La porte reste ouverte »

En définitive, c'est donc une cérémonie à minima qui devrait avoir lieu aujourd’hui. Un revers pour le facilitateur Edem Kodjo, qui espère toujours convaincre le reste de l'opposition à se joindre aux discussions. « La porte reste ouverte », a-t-il répété lundi.
« Nous espérions que tout le monde participe à ce comité. Nous reconnaissons humblement que ce n’est pas le cas et que nous n’aurons pas la maison commune complètement remplie et la grande famille totalement réunie. Mais il était nécessaire de commencer quelque chose en ayant le sens de l’ouverture. Je crois que nous nous organiserons de façon que, à tout moment et à tout instant, ceux qui décideront de venir se joindre au dialogue y viennent dans la plénitude de leurs moyens et, en plus, qu’ils soient persuadés que on leur réservera le meilleur accueil et qu’ils pourront prendre part à tous les travaux, y compris à ceux qu’on aura pratiquement épuisés. »
Le facilitateur s’est également engagé à obtenir plus de libérations et de mesures de décrispation politique auprès du pouvoir. « Je veux affirmer ici que le travail n’est pas terminé. Nous continuons le travail auprès du gouvernement, auprès du chef de l’Etat lui-même. Nous continuerons à tous ces niveaux-là à peser, à agir, pour que d’autres élargissements puissent intervenir et que d’autres organes d’informations et de médias puissent être également libérés. »
Journée ville morte
Le Rassemblement de l'opposition appelle à une journée ville morte sur tout le territoire national pour protester contre la tenue de ce dialogue, tenu par un facilitateur qu'il juge trop proche de Joseph Kabila. la majorité présidentielle dénonce l'attitude, de ce qu'elle estime être « quelques radicaux ».
« L’évènement le plus important demain c’est la convocation du comité préparatoire pour le dialogue. Les journées ville morte, il faut penser que c’est quelques radicaux qui voudraient utiliser cette pratique, dont le peuple ne veut plus, qui apparaît comme un plaisir démodé », tacle André-Alain Atundu, le porte-parole de la majorité.
Selon lui, les motivations et les objectifs de cette frange de l'opposition sont douteux. « Le dialogue en vue de préparer les élections, un calendrier, un processus électoral consensuel n’est pas dans l’agenda de ces groupes-là. La préoccupation du peuple pour une période post-électorale non-violente grâce à des élections fiables, ce n’est pas non plus dans leur agenda. Nous sommes bien obligés de penser qu’ils sont de ceux qui espèrent prendre le pouvoir par la violence de la rue. »
Des accusations, qu'en face, Bruno Tshibala, porte-parole de l'UDPS, récuse vivemment. « C’est l’UDPS qui est demandeur du dialogue. C’est le président de l’UDPS qui a été le premier, le 9 décembre 2011, à demander le dialogue pour résoudre la crise créée par le coup de force opéré par monsieur Kabila. L’UDPS est un parti non-violent. S’il n’était pas violent, il aurait laissé la population chasser Kabila par une insurrection populaire ».
Le porte-parole de l'UDPS insiste. « Nous avons dit : on va régler toutes ces questions par le dialogue. Il n’a jamais été question pour nous de chercher à prendre le pouvoir par la violence, par la force. C’est le pouvoir qui multiplie les provocations, les incohérences en cherchant à corrompre le facilitateur pour fausser le résultat du dialogue. C’est pourquoi nous avons décidé de lancer cette journée ville morte. »
Par RFI