INTERVIEW. Christian Bongo Ondimba À la tête de la fratrie Bongo, le demi-frère d'Ali pense qu'il ne faut même pas attendre un recours de l'opposition pour recompter les voix, surtout dans le Haut-Ogooué.

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Recours de l'opposition ou pas, Christian Bongo Ondimba a clairement pris position pour un recomptage des voix dans la province du Haut-Ogooué, se démarquant de son demi-frère Ali, qui, selon lui, devrait
ouvrir le dialogue. Ancien directeur général de la Banque gabonaise de développement (BGD), aujourd'hui à la tête du Fonds de garantie pour le logement, au sein du ministère de l'Économie, il confie au Point Afrique ses pistes de solutions de sortie de crise.
Le Point Afrique : Comment sortir de cette crise politique ?
Christian Bongo Ondimba : Je suis pour le recomptage des voix pour que tout cela s'arrête et qu'on puisse reprendre le débat sur les vrais sujets. Et la solution, c'est de clarifier. Je pense qu'il faut obligatoirement passer par cette clarification pour que la crise ne s'installe pas durablement. C'est nécessaire pour deux raisons : d'abord, cela permettrait oui ou non de valider les résultats finaux de la présidentielle. Deuxièmement, puisque tout le monde (pouvoir et opposition) veut connaître la vérité des urnes, allons au fond du problème, quitte à ce que les chiffres publiés soient vrais. L'opposition peut bien sûr introduire un recours. Mais selon moi, cette démarche n'est même pas nécessaire pour que l'on procède au recomptage manuel, bureau de vote par bureau de vote, procès-verbal par procès-verbal, notamment dans le Haut-Ogooué.
Vous insistez sur ce point, et cette province...
Je vais insister là-dessus, car on est en train de nous entraîner dans un faux débat. Ce n'est pas un problème de province ou d'ethnie comme on l'insinue, c'est un débat d'idées sur des projets de société et les Gabonais dans leur ensemble se sont prononcés. Eh bien, pour le Haut-Ogooué, il en est de même. Malheureusement, cette province fait partie de celles qui permettent de contrebalancer les résultats de l'élection, c'était logique et prévisible. Que ce soit le pouvoir ou l'opposition, chacun avait son idée sur les chiffres qu'ils pouvaient sortir de cette province pour en faire une variable d'ajustement, mais là, ils sont on en train de stigmatiser une province et une population en l'accusant de soutenir le président Ali et d'être contre le changement. Ce n'est pas juste. D'autant plus que dans le Haut-Ogooué résident des populations venues de tout le Gabon. Je suis choqué de tout ce que j'ai entendu durant cette campagne. On a parlé de repli identitaire pour expliquer cette prise en otage, mais c'est faux.
Tant que ce débat sur le recomptage ne sera pas clarifié dans cette province, les gens vont continuer à stigmatiser ces populations qui finalement ont aussi fait un choix.
Vous attendiez-vous à un tel déferlement de violences ?
Cette situation me touche bien évidemment. Je suis catastrophé de voir ce que vit mon pays, notre pays. On a tellement reçu, j'ai donc très mal vécu le déchaînement de violences, les tirs de balles, les arrestations, tout est maintenant anarchique.
Pourtant à l'époque où votre père était au pouvoir, il y a aussi eu des crises post-électorales ?
C'est vrai, mais c'était différent. Car chez nous, on a toujours privilégié le dialogue, à travers notre tradition de la palabre. Cette tradition veut que le président mette tout le monde autour de lui, pour trouver des solutions. Aujourd'hui, on est dans une problématique où chaque camp reste sur ses positions, ce qu'il faudrait, c'est un arbitre.
Vous pensez à un membre de votre famille ?
Oui, ça peut l'être, mais aussi la communauté internationale. Il y a beaucoup d'institutions mobilisées comme l'Union africaine, la Cémac, qui peuvent servir de relais. Il y a une dynamique qui est en place, le décor pour une sortie de crise dans le dialogue est tout à fait envisageable.
Et autour du président Ali ?
Je ne fais pas partie de l'équipe du président, je pense qu'il y a assez de personnalités privilégiées autour de lui, qui peuvent aussi le conseiller pour ouvrir le dialogue entre toutes les parties.
Qu'est-ce qui était supportable chez le père et qui ne l'est pas chez Ali ?
C'est difficile de comparer deux personnes, deux périodes, deux carrières, mais c'est clairement une question de personne. Omar bongo, notre père, avait l'expérience du politique, avec quarante ans au pouvoir, c'était un patriarche, avec une famille nombreuse, qui considérait tout le monde. Mais là, ce n'est pas le même contexte, pas le même état d'esprit : là, vous avez quelqu'un qui débute clairement, sans la même expérience. Reste que nous sommes tous Gabonais et quoi qu'il arrive nous devons ouvrir la voie du dialogue, comme nous voulons tous arrêter cette anarchie, cette dégradation de notre société doit nous pousser à nous metre autour de la table, à l'époque ça se faisait plus facilement de manière singulière et simplifiée.
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