A Libreville : « Tant qu’on ne voit pas de corps, on ne peut rien dire »

Des partisans de Jean Ping participent à une cérémonie à Libreville, le 10 septembre.
Où est Gildas ? Assis à l’ombre d’un manguier aux côtés de Pierre, son cadet, Serge cherche des réponses à l’absence de leur jeune frère de 33 ans, « un garçon calme qui s’occupait de son petit métier
d’ébéniste ». Libreville, la capitale du Gabon, bruisse d’inquiétantes rumeurs sur l’existence d’un charnier, d’escadrons de la mort, mais ce chef d’entreprise refuse d’envisager le pire. Gildas est porté disparu depuis un mois. Depuis l’élection présidentielle du 27 août qui a vu finalement la victoire très contestée du président sortant, Ali Bongo Ondimba, face à son rival Jean Ping, qui revendique aussi la victoire. Depuis surtout la nuit d’émeute du 31 août qui a suivi la proclamation des résultats.
« Le 31 août, nous étions là à parler de tout et de rien, raconte calmement Serge en désignant la demeure familiale. Quand les résultats sont tombés, il a décidé d’aller au quartier général de Jean Ping », le candidat déçu de l’opposition. Ce « partisan de l’alternance » était alors accompagné de son cousin, mais celui-ci l’a abandonné en cours de route pour aller recharger son téléphone portable. « Je me dis qu’il était parti sur le boulevard Triomphal pour la manifestation devant l’Assemblée nationale et la RTG [télévision nationale]. Il était environ 18, 19 heures », poursuit Serge.
Par Cyril Bensimon (Libreville, envoyé spécial) 
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