Accident de Train d'Eseka: Un gouvernement hors-sujet-Le bal des cancres...publié dans l'édition N° 423 du journal "Ouest Littoral".

Un gouvernement hors-sujet
Le bal des cancres...
Déraillement annoncé, démenti, puis finalement confirmé. La cause: un ruisseau sur l’axe lourd (de
conséquences) Douala-Yaoundé, mal entretenu, qui a endeuillé tout le pays. Notre pays enregistre le vendredi le plus noir de son existence, à cause des mauvaises solutions aux vrais problèmes, comme pour continuer à tenter le diable. Est-on vraiment en 2016 au Cameroun ? Incroyablement inquiétant !
Alors que notre pays était en panne chronique de bonnes nouvelles, la tristesse a atteint son paroxysme avec une des catastrophes les plus macabres de son histoire. Cinq jours après la tragédie d’Eséka, le choc reste d’actualité et les Camerounais ne savent toujours pas le nombre de passagers qui étaient réellement à bord du train 152 effectuant la liaison Yaoundé-Douala ce vendredi 21 octobre 2016 : train qui n’arrivera pas à destination.
Cacophonie communicationnelle
Pour le moment, ces Camerounais sont victimes d’une cacophonie communicationnelle qui ne leur donne toujours pas de réponses à leurs interrogations. Personne ne sait avec exactitude à quelle heure a eu lieu l’accident. Le pays traverse des moments de crise sans que le gouvernement soit capable de tenir une communication cohérente autour des événements. Il attend certainement d’agir « sur hautes instructions du Chef de l’Etat », lequel était absent depuis plus d’un mois.
« Aussitôt informé du vrai déraillement, le président de la République a décidé de dépêcher à Eséka, une délégation interministérielle sur place », apprend-on en lisant l’interview du ministre des Transport dans le quotidien gouvernemental.
Quant à Issa Tchiroma, ce porte-parole du gouvernement s’est contenté de lire les prescriptions du président de la République, en anglais et français, en jouant la carte de la prudence, sans ses commentaires habituels. Au fait, où est passé le comité de gestion de catastrophes qu’on nous avait présenté avec tambours et trompettes ?
La vérité est que, comme de coutume, pour diluer l’incident créé par la rupture de la buse au niveau de Manyai dans l’arrondissement de Matomb et en faire un non-événement, le gouvernement du Renouveau a voulu pallier au plus pressé dans l’optique de minimiser les faits en faisant comme si rien ne s’était passé.
Pourtant, le ministre des Travaux publics Nganou Djoumessi ne peut nier que l’affaissement d’une buse ne saurait se faire brutalement, mais à la suite d’une érosion progressive. D’ailleurs, un quotidien de la place rappelait hier que des experts de son ministère avaient tiré la sonnette d’alarme depuis quelques temps sans avoir une réponse appropriée du ministre.
Comme quoi, cette hécatombe inutile est révélatrice de l’incurie trentenaire d’un système, dans tous ses compartiments. Cela démontre à souhait, que les sciences techniques ne connaissent pas la démagogie. Il se trouve que dans la hâte, le « politique » a voulu se substituer au « technique », pour montrer que le pays va (menteusement) bien. Ce qui a coûté la vie à de braves Camerounais qui n’aspiraient qu’à se déplacer paisiblement entre les deux principales villes de leur pays.
Le plus curieux est qu’au lieu d’établir les responsabilités, le gouvernement s’attèle grossièrement à minimiser le nombre de morts, comme pour se tromper volontairement et tenter de duper l’opinion; tout cela sans toutefois dire exactement qui doit payer la note. Doit-on délivrer une communication mensongère sur un bilan humain, au point de ne pas dresser une liste, ne serait-ce que provisoire, des victimes, pour orienter les familles, déjà suffisamment éplorées ?
Qu’est allé chercher Mebe Ngo’o dans la communication de Camrail ?
« Compte tenu des rumeurs et tiraillements qui circulaient, les responsables de Camrail m’ont suggéré de faire démentir la nouvelle, parce que je devais intervenir à la radio à 13h. Je suis donc intervenu pour rendre compte des mesures prises pour assurer la mobilité des personnes et des biens et pour démentir les rumeurs qui circulaient déjà dès les premières heures de la journée faisant état d’un déraillement ». Voilà ce que rapporte le ministre des Transports, comme si la Camrail était incapable d’assurer elle-même sa propre communication.
Or, selon des informations distillées au cours de cette folle journée de vendredi de triste mémoire, les Camerounais apprennent qu’Alain Mebe Ngo’o aurait par le poids de sa fonction, «presque» obligé les responsables de Camrail à atteler des wagons supplémentaires pour ce voyage fatal, ce qui a d’ailleurs amené le conducteur à exiger une autorisation spéciale de la hiérarchie avant de quitter le quai, avec un effectif pléthorique et difficilement identifiable. Une information nuancée par le ministre : « du côté du transport aérien, Camair Co a décidé d’intensifier et de densifier les rotations entre Douala et Yaoundé. Au niveau de Camrail qui est le concessionnaire de l’Etat pour le transport ferroviaire, il a été décidé en interne, je précise, d’augmenter les capacités du train voyageur. Puis, en ce qui concerne les transports routiers, les agences de voyage ont été mobilisées pour transporter les passagers jusqu’au lieu de l’effondrement pour qu’il y ait un transbordement qui puisse les emmener à Douala ».
Dans le même sens, une instruction du ministre de l’Administration territoriale Réné Emmanuel Sadi faisait état de la mise sur pieds urgente de plusieurs vols entre les villes de Yaoundé et Douala. Ce même Sadi qui, au lieu de faire son méa culpa, s’en prendra plutôt aux Camerounais réagissant dans les réseaux sociaux ; mais là, c’est une autre histoire.
Il ressort, dans tous les cas, que sous le coup des précipitations diverses, la tragédie de Camrail aurait bien pu être celle de Camair-co, pour peu que cette dernière ait la moindre perte de lucidité. Ce qui pose, avec véhémence, la question sur la modernisation des infrastructures routières, ferroviaires et aériennes du Cameroun car, il est important de se rappeler que notre chemin de fer date de l’époque allemande ; c’est-à-dire vers 1908.
Rien n’est à exclure…
La quasi-concomitance des deux événements, sur la route et sur les rails, pourrait faire penser à un acte criminel car de telles coïncidences sont troublantes, surtout, avec cette incompréhension qui tourne autour du démenti et du contre-démenti de l’ex-ministre de la Défense : « avant 8h du matin, des rumeurs annonçant un déraillement se sont propagées dans les réseaux sociaux, avec l’appui des photos du déraillement de 2009. Au moment où je tiens ma réunion de crise dans mon cabinet à 11h, le responsable de la Camrail qui était présent m’a fait part de cette rumeur et comme je devais intervenir en direct au poste national de la Crtv et que les assises devaient être sanctionnées par un communiqué, ils ont souhaité qu’un démenti soit apporté à cette rumeur infondée. Je leur ai demandé s’ils ont fait un round-up de tous les trains, et ils ont dit que les trains étaient en activité normale. Donc, d’après eux, il n’y avait pas déraillement. Par conséquent, lorsque j’interviens au 13h, je rends compte des mesures arrêtées et j’apporte un démenti aux rumeurs. Mais par coïncidence fortuite et malheureuse de circonstances, il s’est fait que c’est précisément à 13 heures que le train a vraiment déraillé.
Dans le contexte d’insécurité que connaît notre pays depuis un certain temps, il serait naïf d’exclure a priori toute piste susceptible d’aboutir à la manifestation de la vérité, où qu’elle se trouve.
Mais comment oublier, une fois de plus la faiblesse de nos plateaux techniques, le ministre de la santé Mama Fouda étant plus préoccupé par des querelles de leadership dans le Mfoundi ? La vue de toutes ces victimes traitées comme du bétail fait mal à voir et on se demande comment après tous cela, les responsables de se pays peuvent se regarder sans honte, devant une glace.
Ponus dans l’édition N° 423 du journal « Ouest-Littoral »