Cameroun : l’empire Bolloré contre-attaque

Quatre jours après le déraillement du train inter-cités au Cameroun, les circonstances du drame restent encore sombres. L'exploitant ferroviaire du réseau camerounais, filiale du Groupe Bolloré donne sa première
explication sur l'origine du drame.
Et si la vitesse était la cause du déraillement, vendredi dernier du train intercité au Cameroun ? En tout cas, c'est la piste lancée par Eric Melet, président de Bolloré Africa Railways, la filiale de l'empire français, maison mère directe de Camrail qui exploite la ligne de chemin de fer.
Dans un entretien téléphonique à l'agence britannique Reuters, Eric Melet laisse entendre que « l'élément de vitesse en approche de la gare est clairement un incident qui a dû avoir un lien avec le déraillement. Après il y a beaucoup de paramètres qui peuvent jouer sur une voie de chemin de fer (...) qui doivent être analysés précisément avant de pouvoir en dire plus ».

Excès de vitesse ?

Toujours selon le responsable du groupe français, à l'approche de la gare d'Eséka, le train roulait à une vitesse de 80 km/h, soit le double de la vitesse normale autorisée. Il ajoute que la décision du doublement du nombre de wagons pour répondre à la demande, avait été avalisée par les autorités camerounaises. Cette décision, selon Eric Melet, n'entravait pas la capacité du train. Les propos du président de Bolloré Africa Railways interviennent au moment même où une enquête interne et une procédure judiciaire sont en cours pour mettre la lumière sur les causes du déraillement survenu ce vendredi 21 octobre.
Ce jour-là, le train inter-cité avait déraillé à la gare d'Eseka (Centre du Cameroun), sur la ligne reliant Yaoundé au port de Douala avec les 1.300 passagers qu'il transportait. Les passagers se sont rués vers le transport ferroviaire après que des intempéries ont interrompu le trafic routier entre Yaoundé et Douala au niveau de Boumnyebel suite à un affaissement de la route.

Deuil national et besoin d'explications

Le déraillement du train a fait 79 morts et quelque 600 blessés, selon un bilan provisoire qui pourrait encore s'alourdir. Les secours sont toujours à pied d'œuvre pour tenter de dégager d'autres corps dans la carcasse des 4 wagons qui se sont couchés dans un mélange d'un mètre de boue. Le drame avait obligé le président camerounais, Paul Biya à écourter une visite à l'étranger pour rentrer au pays. Son gouvernement avait décrété dans la foulée, lundi 24 octobre, « journée de deuil national ». Une journée suivie à Douala, Yaoundé et près des lieux du drame.

Les circonstances de l'accident restent encore floues. L'on ignore en effet si l'afflux de passagers a causé la surcharge du train et donc son déraillement. Ou si la vitesse a précipité les rames vers la chute, ce qui laisse vraisemblablement entendre que le train était en virage lors de sa sortie des rails. Dans l'un ou l'autre des cas, le logisticien français Bolloré est déjà au centre de toutes les critiques pour sa gestion de la ligne. Du côté des familles de victimes, les conclusions de l'enquête préliminaire seront scrutées de très près pour tenter de comprendre les circonstances du drame pour enfin pouvoir faire leur deuil.