Les candidats de la primaire de la droite se sont affrontés pour le premier débat. Qui a marqué des points ? Quel créneau ont-ils occupé ? Tour d'horizon des performances de chacun.

Beaucoup de petites tacles, mais peu de surprises. Pendant plus deux heures de débat, les candidats de la primaire à droite ont échangé, jeudi 13 octobre sur TF1, au sujet de l'économie et de la lutte contre le terrorisme. Jean-François Copé, François Fillon, Alain Juppé, Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire, Jean-Frédéric Poisson et Nicolas Sarkozy ont laissé apparaître leur style et leur stratégie dans cette campagne. Franceinfo compte les points.
Alain Juppé : le favori qui fait le minimum
C'est le favori de la primaire, il avait donc potentiellement beaucoup à perdre dans ce débat. Alain Juppé s'est contenté d'assurer le minimum nécessaire. Il a déroulé à toute vitesse ses propositions, s'est montré plutôt souriant, et a tenté d'éviter tout désaccord avec ses adversaires (notamment avec Bruno Le Maire qui soutenait avoir une "grande différence" avec le maire de Bordeaux sur le thème de l'identité).
Alain Juppé a plus ou moins adopté la même stratégie prudente que François Hollande en 2011. En ne prenant pas de risque, il semble avoir bien fait: plusieurs sondages réalisés pendant l'émission, comme celui réalisé par Le Point, affirment qu'il a été le plus convaincant. Il a donc consolidé son statut pendant ce débat. "Je suis prêt", a-t-il simplement lancé en guise de conclusion.
Nicolas Sarkozy, la "victime" qui sait donner des coups
L’ancien président de la République a passé une partie du débat à se poser en victime harcelée par la justice française. "Mon casier judiciaire, après 37 ans de vie politique, il est vierge" , a d’abord tenu à rappeler Nicolas Sarkozy lançant une discrète pique à Alain Juppé condamné en 2004. "Cinq non-lieux, des heures de bassesse, des heures de calomnie (...)" , a continué Nicolas Sarkozy, en reprenant l’une de ses “intox” favorites décryptées par L’Obs . L’ancien chef d’état s’est ensuite lancé dans une longue tirade aux allures de tragédie grecque : “Eric Woerth a eu un non-lieu comme moi (...) Qui nous rendra notre honneur ?"
Nicolas Sarkozy a su aussi se montrer offensif, notamment quand il a remis à sa place un Jean-François Copé qui a tenté de s’attribuer la loi interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public : "La loi sur la burqa, pardon Jean-François, ce n'est pas toi qui nous l'as imposée, et tu étais bien incapable d'imposer ni au Premier ministre, ni au président de la République quoi que ce soit, pas plus hier qu'aujourd'hui."
Celui qui pointe à la deuxième place dans les sondages s’est aussi montré très en verve au moment d’expliquer pourquoi il laisserait le choix aux entreprises de revenir ou pas sur les 35 heures, ou quand il a ouvert le feu contre François Hollande : "Je me demande jusqu'où François Hollande va salir et détruire la fonction présidentielle. Les pauvres? des sans-dents. Les sportifs? des décérébrés. Les magistrats? des lâches. Jusqu'où ira-t-il?" 
Je ne serai pas le Martine Aubry de droite. On a eu une obsédée des 35 heures. On va pas être obsédé des 39 heures. Chaque entreprise pourra choisir librement.
Nicolas Sarkozy
TF1
Nathalie Kosciusko-Morizet : la solitaire qui transgresse
Elle a pu sembler avoir du mal à s'imposer dans ce débat. Alors pour se faire entendre, elle n'a pas hésité à transgresser. Sur le cannabis, elle profite d'un échange tendu entre Bruno Le Maire et Jean-François Copé pour prendre la parole et affirmer sa singularité: "Moi je suis pour la dépénalisation, je peux vous l'expliquer!".
Sur l'impôt de solidarité sur la fortune aussi, elle joue solo. Tous les autres candidats veulent le supprimer, pas elle. La député de l'Essonne estime en effet qu'il y a d'autres priorités en matière fiscale, comme un taux unique à 23,5%. Elle a aussi redit son souhait d'instaurer un revenu universel, une proposition qui en général recueille plus de soutiens à gauche qu'à droite.
François Fillon, le "techno" qui déroule son programme
Calme, froid, précis: dans ce débat, François Fillon n'a pas tellement dérogé à son image. L'ancien premier ministre a notamment développé dans le détail son programme économique très libéral, n'hésitant pas à corriger Nicolas Sarkozy sur le chiffrage d'une proposition.
François Fillon s'est montré particulièrement cinglant quand il a été interrogé sur la guerre qui l'a opposé à Jean-François Copé pour la présidence de l'UMP à l'automne 2012. Alors que le maire de Meaux disait avoir tourné la page, le député de Paris a lui affirmé que "la démocratie se devait d'être exemplaire".
Une attaque à l'encontre de Jean-François Copé, mais qui pouvait aussi s'adresser à Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, qui eux ont eu maille à partir avec la justice. Interrogé sur un livre qui l'accuse d'avoir demandé l'accélération des procédures à l'encontre de Nicolas Sarkozy, François Fillon dément et attaque sévèrement François Hollande, "non seulement inefficace et incompétent, mais plus un manipulateur".
Bruno Le Maire, le "renouveau" qui s’essouffle
De l’introduction à la conclusion, Bruno le Maire, qui avait tombé la cravate pour se démarquer des autres, a tenté de mettre en relief son slogan "Le renouveau, c’est Bruno" . "De quinquennat en quinquennat, la France tombe toujours plus bas (...) Si vous voulez que tout continue comme avant, vous avez tout ce qu'il vous faut sur ce plateau" , a d’abord lancé le député de l’Eure en désignant ses adversaires du soir. Il a terminé l’émission sur la même veine : "Les approximations, les slogans trop faciles, les propositions trop radicales, on n'en peut plus."
Mais la carte du renouvellement ne suffit plus et le quadragénaire n’est pas parvenu à faire entendre ses différences sur ses propositions. Il s’est même emmêlé les pinceaux à certains moments, comme lors de sa critique des emplois aidés qu’il a confondu avec des emplois aidés. Alain Juppé n'a pas hésité d'ailleurs à corriger vertement son cadet un peu plus tard.
Jean-François Copé, l’offensif qui n’a rien à perdre
Très en retard dans les sondages (à 2% d’intentions de vote), l’ancien président de l’UMP n’a rien à perdre et ça se sent. Il a tiré dans tous les sens, avec une cible favorite : Nicolas Sarkozy. Toute la stratégie de Jean-François Copé se concentre dans la critique du sarkozysme. Dès son introduction, le maire de Meaux a étrillé le bilan de l’ancien président en estimant que les promesses n’avaient pas été tenues en 2012 : "Cette rupture malheureusement, on ne l'a pas faite (...) et on a perdu en 2012." 
Chacun doit juger en sa conscience (...) mais personnellement je ne serais pas candidat si je n’avais pas été mis hors de cause.
Jean-François Copé
TF1
Il n’a pas hésité ensuite à attaquer sur les ennuis judiciaires de Nicolas Sarkozy sans avoir l’air d’y toucher et n’a pas hésité à contredire Nicolas Sarkozy quand ce dernier défendait la présomption d‘innocence y compris pour les ministres en exercice : "Qui peut imaginer qu'un ministre mis en examen puisse rester en fonction ?" Il a enfin porté le coup de grâce en toute fin d’émission en défendant son idée de gouverner par ordonnance pour mieux critiquer les référendums de Nicolas Sarkozy : "Les référendums sont incompréhensibles pour les Français."
Jean-Frédéric Poisson : l'inconnu qui se dévoile
Vu sa notoriété quasi nulle au début de l'émission, Jean-Frédéric Poisson avait beaucoup à gagner dans ce débat. Le député de l'Essonne, surtout connu pour ses prises de position passionnées contre le mariage pour tous, n'a pas eu l'occasion de s'exprimer sur son sujet de prédilection. Mais entouré d'anciens ministres et d'un président, il ne s'est pas laissé impressionner, regrettant même en conclusion le niveau du débat: trop technique et pas assez politique!
Jean-Frédéric Poisson s'est fait remarquer dès sa première intervention en prenant la défense des syndicats, que plusieurs candidats avaient violemment attaqués. Les téléspectateurs auront certainement aussi découvert dans cette émission un des leitmotivs du président du Parti Chrétien Démocrate: "Si je n'ai pas de problème avec les musulmans, j'ai un problème avec l'islam." Une déclaration qui lui a valu un léger recadrage de Nicolas Sarkozy, qui a affirmé que le problème venait de "l'islam politique". 
par Francetv info