VIDÉO - À moins de deux semaines de l'élection présidentielle, le FBI a décidé vendredi de rouvrir l'enquête sur la messagerie privée de la candidate démocrate à la Maison Blanche. Le
dossier avait éclaté en mars 2015, avant d'être classé par le Bureau fédéral américain, en juillet 2016.
La nouvelle a déjà fait grand bruit. À moins de deux semaines de l'élection présidentielle, le directeur du FBI James Comey a écrit à des élus vendredi pour les informer que ses équipes allaient rouvrir le dossier précédemment classé de la messagerie privée d'Hillary Clinton. «Dans le cadre d'une affaire distincte, le FBI a pris connaissance de l'existence d'emails semblant pertinents pour l'enquête», écrit James Comey, dans cette lettre adressée aux présidents de plusieurs commissions parlementaires, dont le Renseignement et la Justice.
La lettre a été rendue publique par plusieurs élus républicains du Congrès. «Je vous écris pour vous informer que l'équipe enquêtrice m'en a informé hier, et que j'ai donné mon accord pour que le FBI prenne les mesures d'enquête appropriées afin de permettre aux enquêteurs d'examiner ces emails et de déterminer s'ils contiennent des informations classifiées, et pour déterminer leur importance dans notre enquête», poursuit James Comey. «Bien que le FBI ne puisse déterminer si ces informations seront ou non significatives, et que je ne puisse prédire combien de temps il nous faudra pour venir à bout de ce travail supplémentaire, j'estime qu'il est important de tenir vos commissions au courant de notre travail, eu égard à mes déclarations passées», conclut le directeur de la police fédérale.
Afin de déterminer s'ils contiennent des informations confidentielles, les enquêteurs du FBI vont donc procéder à de nouvelles investigations. Aucun autre détail, ni calendrier, n'a été communiqué par le patron de la police fédérale.

«Négligence extrême»

Pendant ses quatre années à la tête du département d'Etat, de 2009 à 2013, Hillary Clinton communiquait avec une messagerie privée, grâce à un serveur privé installé dans son domicile de Chappaqua, au lieu d'avoir recours à un compte gouvernemental. Elle avait ainsi potentiellement exposé des informations confidentielles à un piratage. La démocrate a présenté ses excuses dans cette affaire, mais elle a toujours prétendu n'avoir rien fait d'illégal.
Le 5 juillet dernier, James Comey avait annoncé que le FBI estimait que des poursuites n'étaient pas justifiées, une recommandation suivie par le département de la Justice. James Comey avait toutefois pris soin de souligner que l'ancienne secrétaire d'Etat avait fait preuve d'une «négligence extrême». Soulagement pour la candidate démocrate, cette annonce n'avait toutefois pas éteint la controverse, les républicains l'attaquant sans relâche pour avoir potentiellement exposé les secrets de la diplomatie américaine. Plusieurs messages contenaient des informations classifiées a posteriori.
L'annonce est intervenue alors qu'Hillary Clinton était en vol vers l'Iowa. Sans connexion internet dans l'avion, les journalistes n'ont pas pu interroger son entourage. La candidate est descendue sur le tarmac tout sourire, saluant la presse de loin sans un mot. Son équipe de campagne s'est dite confiante que l'agence fédérale se prononcera à nouveau contre d'éventuelles poursuites et a demandé la publication immédiate «des tous les détails qui sont actuellement examinés». De son côté, la Maison Blanche a fait savoir qu'elle n'avait pas été prévenue de cette initiative. Elle a également précisé qu'il n'y avait pour l'instant rien de nature à changer le soutien de Barack Obama à la candidate de son parti.

Une aubaine pour Trump

Donald Trump, à la traîne dans les sondages, pourrait bien profiter de cette annonce. «La corruption d'Hillary Clinton atteint une ampleur sans précédent», a lancé le milliardaire, au début d'un meeting à Manchester, dans le New Hampshire, tandis que ses partisans scandaient «Enfermez-la». «J'ai un grand respect pour le fait que le FBI et le ministère de la Justice soient désormais disposés à avoir le courage de corriger la terrible erreur qu'ils ont commise» en classant leur enquête, a-t-il ajouté.
La planète républicaine y est également allée de son commentaire. «Hillary Clinton détenait certains des secrets les plus importants de notre pays, et elle a trahi cette confiance par sa mauvaise manipulation d'informations classifiées», a déclaré Paul Ryan, président de la Chambre des représentants. «Je renouvelle mon appel au directeur national du Renseignement pour qu'il suspende les séances d'informations classifiées de la secrétaire Clinton tant que cette affaire n'est pas réglée».
Wall Street chute après la réouverture de l'enquête
Conséquence de l'annonce du FBI, Wall Street a fini en baisse après être tombé dans le rouge vendredi en deuxième partie de séance: le Dow Jones avait perdu 0,26% et le Nasdaq 0,40%.
L'indice Dow Jones a finalement cédé 8,53 points, soit 0,05%, à 18.161,15 points. Le S&P-500, plus large, a perdu 6,63 points, soit 0,31%, à 2.126,41 points. Le Nasdaq Composite a reculé de son côté de 26,09 points (-0,50%) à 5.189,89 points. Sur la semaine, le Dow a gagné 0,1%, le S&P a perdu 0,7% et le Nasdaq a reculé de 1,3%. Depuis plusieurs semaines, les analystes jugent Hillary Clinton face à Donald Trump, une hypothèse qui a la faveur de beaucoup d'observateurs dans l'optique de la stabilité des marchés. À ce titre, «la réaction des marchés reflète l'éventualité d'une victoire de Trump», a jugé Chris Low. «C'est ce qui pousse les investisseurs à passer à la vente car cela provoque beaucoup d'incertitudes».