Investir au Cameroun : Standard & Poor's prévoit 5,3% de croissance sur les 3 prochaines années, mais émet plusieurs réserves…

Cameroun : Standard & Poor's prévoit 5,3% de croissance sur les 3 prochaines années, mais émet plusieurs réserves…


Standard and Poor's a maintenu la note du profil émetteur du Cameroun, à "B" pour son profil d’émetteur aussi bien pour le long que le court terme. L'agence américaine de notation s'est appuyé sur la robuste
croissance dont fait l'objet le pays et qui, de son point de vue, devrait encore durer sur les 12 prochains mois. « La réalisation de grands projets d'infrastructures continueront de soutenir la croissance. Nous anticipons aussi que le secteur des services va demeurer solide et que les productions agricole vont augmenter », a fait savoir l'agence américaine de notation
Sur la base de ces considérations, elle estime que la croissance de l'économie sera en moyenne de 5,3% sur les trois prochaines années. La baisse des prix a été compensée par une augmentation des volumes vendus. En 2015, même si la ressource n'a pesé que pour 10% dans le PIB, elle a représenté encore 40% des revenus d'exportation et 20% des recettes publiques en 2015.
Ces bons points macroéconomiques sont toutefois dilués par un ensemble de facteurs. S&P relève que la note du Cameroun demeure contrainte par de faibles institutions, et un manque de transparence et de certitudes dans gestion de la transition à la présidence de la république. « Le président Paul Biya devrait rester au pouvoir jusqu'en 2018, date de la prochaine élection présidentielle. Nous estimons qu'un risque d'instabilité politique existe, au regard du manque d'expérience en matière de transition démocratique », a fait savoir l'agence relevant que l’actuel chef de l’Etat est en poste depuis 1982.
L'autre risque soulevé est celui de la position extérieure globale qui continue de se dégrader. Même si les réserves d’actifs extérieurs ont augmenté de 11,5% en 2015, cette amélioration est menacée par une hausse croissante de la dette publique qui est parti de 6% du PIB après l'atteinte du point d’achèvement à 28% du PIB selon de récentes estimations du gouvernement. Enfin le pays fait face à une aggravation de son déficit extérieur. « Elle pourrait atteindre 71% du PIB, avec une large part due par le gouvernement », fait savoir S&P.
Au 31 décembre 2015, le déficit courant (différence entre les importations et les exportations de biens et services) cumulé de ces 5 dernières années était de 8 milliards $. C’est le plus important de la sous-région CEMAC. Jusque-là la stabilité extérieure reste confortée par les larges excédents que génèrent les pays pétroliers, notamment le Gabon, la Guinée Equatoriale, le Tchad ou la République du Congo. Mais la baisse des prix du pétrole a négativement impacté leurs revenus, et le Gabon doit gérer une transition politique complexe.
Dans cette ambiance globale, les réserves de la BEAC, la banque centrale qui gère aussi la politique monétaire globale de la sous-région, ont chuté de 34% en 2015. S&P pense que si cela continue, on pourrait assister à de nouvelles pressions sur le CFA Afrique centrale, comme celles qui ont conduit à la dévaluation de 1994, même si on est encore loin de ce scénario pour l’instant.
Idriss Linge
Investir au Cameroun