Investir au Cameroun:Le déficit public du Cameroun va continuer de croître, selon les récentes prévisions du Fonds Monétaire International

Le déficit public du Cameroun va continuer de croître, selon les récentes prévisions du Fonds Monétaire International
Le déficit public au Cameroun, c'est à dire la dette de l'Etat, devrait continue de progresser au cours des 5 prochaines années apprend-on du rapport actualisé du suivi des politiques fiscales dans le monde, publié par le
Fonds Monétaire International le 5 octobre 2016. En 2015, cette dette a représenté 29% du PIB et elle est projetée en 41% en 2021.
Le principal défi du pays réside dans la difficulté à mobiliser des recettes fiscales, susceptibles de répondre à sa politique budgétaire et à ses différents plans de développement. La part des revenus du gouvernement dans le produit intérieur brut devrait continuer de décroître pour atteindre 15,8% en 2021, contre 17,9% en 2015. Ces projections sont en adéquation avec une étude rendue publique en avril 2016 par l'OCDE. Elle mettait en évidence les difficultés pour mobiliser les revenus fiscaux.
Techniquement, les revenus fiscaux ne vont pas baisser. Ils devraient simplement continuer d'être insuffisants pour contribuer de manière significative, à la création des richesses. A titre de comparaison, les pays actuellement considérés comme émergents, ont un ratio moyen des revenus fiscaux sur PIB de 27%.
La dette globale du pays fait l'objet de gros débats au sein de l'opinion publique camerounaise. Le gouvernement, à travers son ministère de l'économie et celui des finances, se défend d'être encore à un niveau soutenable, citant en référence les normes de la Communauté des Etats de l'Afrique Centrale qui fixe le seuil critique à 70% du PIB. Mais des observateurs font remarquer que les facteurs qui avaient conduit à ce critère de convergence sont aujourd'hui dépassés et seraient même en pleine révision au niveau des instances sous régionales. 
Le pays ambitionne de devenir émergent à l'horizon 2035 et a validé un ambitieux plan d'investissement d'une valeur globale estimé à 30 000 milliards de FCFA. Difficile dans ce contexte d'atteindre un tel objectif. Le marché de la dette ne semble pas être une solution cohérente, du moins au niveau international. Pour son premier eurobond émis en novembre 2015, les investisseurs ont servi au pays un taux de 9,5% pour une maturité de 10 ans, sur un montant de 750 millions $.
Pour la loi des finances 2017 le président Paul Biya à la tête du pays a recommandé un élargissement de la base fiscale. Une prescription difficile à mettre en œuvre  dans un contexte où le tissu économique est dominé par des acteurs informels et un niveau considérable de non-respect des dispositions fiscales par les agents économiques. Selon des sources de la direction générale des impôts, 80% des recettes fiscales sont collectés auprès d'environ 406 entités appartenant au fichier des grandes entreprises.
Ces dernières tirent toujours la sonnette d'alarme sur les pressions fiscales dont elles font l'objet, ce qui les empêchent de réinvestir dans l'économie. A côté de cela, le pays continue de mener une politique d'exonération fiscale discrétionnaire, qui tarde encore à se traduire en amélioration du stock des investissements productifs. Les arbitrages sont donc complexes pour l'exécutif et le législatif camerounais, qui se retrouveront bientôt pour l'adoption du budget 2017.
Rappelons que le Cameroun n’est pas un cas isolé en matière d’endettement. A un niveau plus global, le Fonds Monétaire International a attiré l’attention des politiques sur le niveau d’endettement dans le monde, dont le stock, toujours en progression, était de 152 000 milliards $ en 2015. Il représente désormais 225% du PIB mondial et les pays développés sont ceux qui alourdissent le plus l’enveloppe.
Idriss Linge
Investir au Cameroun