"Bravo monsieur Poutine, encore une belle leçon donnée aux laquais occidentaux." "Respect au président russe qui lui ne se couche pas devant l’Etat islamique !" "Lui, au moins, il en a..." Depuis
que Vladimir Poutine a annoncé, mardi 11 octobre, qu'il reportait sa visite en France prévue le 19 octobre en vue de l’inauguration d’un "centre spirituel et culturel orthodoxe russe" , les commentaires postés sur les forums ou sur les réseaux sociaux fleurissent pour afficher un soutien indéfectible au chef de l'Etat russe.
Alors qu’une partie de l’arc politique français – de Marine Le Pen en passant par François Fillon et Jean-Luc Mélenchon – milite activement pour un rapprochement avec Moscou, l’image du président russe bénéficie d’une forme de bienveillance pour une partie de l'Hexagone. Dans un sondage BVA pour Le Parisien datant de 2014, 25% des sympathisants de droite (et 36% au FN) et 4% des sympathisants de gauche (dont 5% à la gauche de la gauche) déclaraient avoir une bonne opinion de Vladimir Poutine.
Une sympathie sur laquelle le Kremlin tenterait de capitaliser pour développer ses intérêts dans l'hexagone. Auteur La France russe (éd. Fayard), une enquête consacrée aux réseaux de Poutine, le grand reporter Nicolas Hénin en est persuadé. Lors de ses investigations, le journaliste a notamment eu accès à une note d'évaluation des activités des renseignements russes en France. Celle-ci indique que les activités d'infiltration dans les sphères politiques et culturelles sont "reparties dans une configuration guerre froide, mais avec des moyens et des effectifs plus forts".
"La force de Poutine , assure Nicolas Hénin, c'est qu’il tient un discours pour tout le monde. Aux anti-Américains, il promet un rééquilibrage des relations internationales. Aux militaires, de faire la guerre contre l’Etat islamique. Aux chrétiens, de défendre leurs valeurs..." En les contactant via les réseaux sociaux, ou par téléphone, franceinfo a interrogé plusieurs de ces Français pro-Poutine.

1 "Il est le seul capable de sortir du bourbier syrien"

Alors que le monde entier a les yeux rivés sur la situation en Syrie et sur les bombardements meurtriers de l’aviation russe , alliée de Bachar Al-Assad, à Alep, de nombreuses personnes interrogées mettent en avant la capacité du leader russe à mettre un terme au conflit qui enflamme le Moyen-Orient. Comme Marc, 31 ans et ingénieur, qui explique :
© Fournis par Francetv info
Poutine est un des seuls leaders à assumer clairement les conséquences de ce qu’il se passe en Syrie. Nos dirigeants répètent à longueur de journée que nous sommes en guerre. Poutine, lui, fait la guerre et on vient le lui reprocher ? C’est hypocrite.
Marc, ingénieur
à franceinfo
Un avis partagé par Isabelle, membre d'un groupe Facebook intitulé "Tous avec Poutine" : "Oui, c’est vrai qu’il se passe des atrocités en Syrie et que je n’aime pas ce que je vois à la télé. Mais je le soutiens parce que je pense c’est le seul capable de sortir du bourbier syrien."
Juriste, ancien membre de la Droite forte et fondateur du Cercle Pouchkine, une association de promotion des intérêts franco-russes, Pierre Gentillet défend de son côté un choix stratégique, quitte à justifier froidement les bombardements quotidiens en Syrie : "Ceux qui combattent Assad à Alep, c’est Daech en miniature [L'armée rebelle à Alep est composée d’une alliance avec l’ Armée syrienne libre et d’une composante dominante de salafistes du Front Fateh Al-Cham , l'ex-Front Al-Nosra lié à Al-Qaïda.] Si demain ils prennent le pouvoir, la Syrie sera une Arabie saoudite junior."
Je soutiens Poutine parce qu’il faut choisir la solution la moins pire. Et la moins pire, c’est Bachar.
Pierre Gentillet
à franceinfo
Des opinions sciemment entretenues par le Kremlin, via notamment un maillage associatif conséquent. "Sur le territoire français, on compte 108 associations, dont certaines financées par l’ambassade de Moscou, qui servent de relais au soft power russe", indique Nicolas Hénin à franceinfo.

2"C'est un rempart pour nos valeurs chrétiennes"

Selon une autre personne interrogée, Vladimir Poutine représente davantage un leader capable de sauvegarder une identité occidentale menacée dans un climat marqué par les attentats. "J’ai 64 ans, je suis d’une génération qui a vécu avec des églises, des messes" , explique Jean-Claude Abou, retraité dans les Alpes-Maritimes et membre du parti Les Républicains. "Aujourd'hui, la France se perd, on est confronté tous les jours à la montée d’un l’islam radical. Je soutiens Poutine parce que c’est un rempart pour nos valeurs chrétiennes."
Un choix qui n'avait pourtant rien d'évident. "Au départ, il vient quand même du KGB anti-clérical", rappelle le retraité, amusé. Une évolution qui le pousse à penser que le président russe agit parfois davantage par opportunité que par réelles convictions. "Il est aussi dans une posture, sur certains sujets ils donnent des gages à son électorat. N’empêche , les résultats sont pareils, même si c’est très machiavélique." Et de résumer, euphorique : "Je le soutiens à 100% mais je ne suis dupe de rien !"
Chez un autre pro-Poutine contacté depuis la page Facebook "Les fidèles occidentaux avec Vladimir Poutine", ce sont les positions homophobes du président russe qui font mouche. Promulguée en 2013, la loi interdisant la "propagande homosexuelle" devant les mineurs interdit de facto toute manifestation des droits des homosexuels. "On devrait s’en inspirer , ça nous changerait de tous ces défilés sous nos fenêtres."

3"Lui, il défend son peuple"

Autre argument cité dans la bouche de personnes favorables au leader russe, Vladimir Poutine œuvrerait à défendre les intérêts de son peuple, là où les dirigeants européens seraient pieds et poings liés. "D’un côté, j’entends Hollande dire que son ennemi, c’est la finance. De l’autre, Poutine met en prison des oligarques. Entre les deux, il n’y a pas photo" , rapporte Claude. A 42 ans, il n'est affilié à aucun parti politique, tient-il à préciser.
Une autre jeune femme contactée sur un groupe de soutien de Vladimir Poutine abonde : "Ce qui me plaît, c’est qu’il n’hésite pas à remettre en place de grands dirigeants d’entreprise. C’est ce que j’attends d’un gouvernement. Lui, il défend son peuple."
Auteur d’une biographie intitulée Vladimir Bonaparte Poutine (éd. Perspectives libres, une maison d'édition proche de l'association d'Alain Soral, Egalité et réconciliation) , professeur agrégé de philosophie et créateur du collectif Racine affilié au Front national, Yannick Jaffré est loin d'être insensible aux charmes du président russe.
Après la dépression collective sous Eltsine, Poutine a su restaurer son pays et redonner de la fierté aux Russes. Certes, il reste d’immenses fortunes en Russie, mais l’Etat garde le contrôle des grands groupes.
Yannick Jaffré
à franceinfo
Malgré son départ du FN en 2015, Yannick Jaffré reste proche de la ligne du parti quant à un rapprochement entre la France et la Russie. Une "rééquilibrage" qui permettrait, à ses yeux, d'essayer de sortir de la "tutelle atlantiste" responsable de la " perte de souveraineté française" .
Autant d'éléments qui, bout à bout, résume le moteur du magnétisme pro-Poutine. "Le ressort de cette fascination, conclut Nicolas Hénin, c'est de jouer sur la peur du déclin national."