Après une folle campagne, les Américains à l'heure du choix

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Donald Trump et Hillary Clinton lors de leur premier débat, le 26 septembre 2016.REUTERS/Jonathan Ernst
A moins de cinq heures de l’ouverture officielle des bureaux de vote, Hillary Clinton et Donald Trump ont
achevé une très longue campagne électorale. Des milliers de kilomètres parcourus, des dizaines de millions de dollars dépensés et des centaines d'heures de discours prononcés. Désormais, les 225 millions d'électeurs doivent faire leur choix.
Les électeurs américains se rendent aux urnes ce mardi pour désigner le 45e président du pays au terme d'une campagne déroutante, d'une violence sans
précédent et dont l'issue demeure incertaine.
A quelques heures de l'Election Day, un sondage Economist-YouGov donnait quatre points d'avance à la candidate démocrate avec 45 % des intentions de vote tandis que le projet Reuters/State of the Nation accordait 303 grands électeurs probables à Hillary Clinton et 235 à Donald Trump. La moyenne des sondages réalisée par le site Real Clear Politics donne trois points d'avance à la démocrate, à 47,2 % contre 44,2 %.
Dans le système électoral américain, le président n'est pas élu au suffrage universel direct mais par un Collège électoral de 538 grands électeurs désignés Etat par Etat. Pour accéder à la Maison Blanche, et succéder à Barack Obama, il faudra en réunir 270 au moins.
Faites vos jeux
Les sept électeurs de Dixville Notch, dans les confins du nord-est des Etats-Unis, ont lancé symboliquement l'élection présidentielle en votant dans la nuit de lundi à mardi dans les montagnes des Appalaches.
A 00h00 (05h00 TU) mardi, Clay Smith a glissé en premier son bulletin de vote dans l'urne. Comme lui, quatre autres électeurs et deux électrices de ce hameau perdu dans les forêts du New Hampshire, à une encablure de la frontière canadienne, ont perpétué cette tradition établie depuis 1960, qui vaut à Dixville Notch le titre de « First in the Nation » (Premier du pays).
Une dizaine d’Etats clés pour faire pencher la balance
Plusieurs Etats seront particulièrement scrutés durant toute cette journée. Ce sont les « swing states », que l’on traduit par Etats-clés ou pivots. Ceux qui peuvent basculer dans un camp ou dans un autre au dernier instant. Ceux donc, qui feront la différence, grossomodo les mêmes d’une élection à l’autre. Parmi eux figure en premier lieu la Floride et ses 29 grands électeurs. Suivent l'Ohio (18), la Georgie (16), la Caroline du Nord (15), la Virginie (13), l'Arizona (11). Le Colorado (9), l'Iowa (6), le Nevada (6) et le New Hampshire (4). RFI s’est rendue dans les deux premiers d’entre eux.
La Floride, au même titre que de nombreux autres Etats, a organisé des « early voting », des votes par anticipation qui ont donc commencé dimanche. Dans ce pays à forte immigration hispanique - cubaine plus spécialement - le vote latino fera la différence.
Selon l’association Mi Familia Vota, depuis 2010, plus de 450 000 Portoricains se sont inscrits sur les listes électorales. Selon les analyses, le taux de participation a atteint un niveau record depuis 2000, en grande partie dû à l’inscription massive de latino-américains sur les listes électorales.
La ville de Kissimmee au sud d’Orlando, est un petit Porto Rico. Ici, la majorité des habitants sont portoricains. Beaucoup sont venus s’installer depuis la crise de 2005 qui a secoué l’île. Kelvin Soto est avocat, il est aussi le premier Portoricain élu au conseil d’Education du comté d’Osceola, où se trouve Kissimmee. « Les Portoricains sont des électeurs assidus à Porto Rico. Cela peut changer quand ils arrivent aux Etats-Unis, ils ne connaissent pas les partis. Nous, on les mobilise pour qu’ils s’inscrivent sur les listes électorales, qu’ils votent, qu’ils apprennent à connaître les candidats, pour qu’ils sentent qu’ils ont entre leurs mains le pouvoir de choisir ceux qui vont les représenter. »
Le long des avenues de Kissimmee, des panneaux en espagnol, des appels à voter pour des conseillers locaux hispaniques, des églises évangéliques, méthodistes, catholiques annonçant des messes en espagnol… Après avoir pris sa retraite à Porto Rico il y a quatre ans, Margaret est venue s’installer ici avec son mari. « Regardez ce qui se passe : à Porto Rico, on ne peut pas voter pour élire le président américain alors qu’on est un territoire américain. En revanche, pour ces élections ici cette année, ceux qui vont décider du sort du prochain président américain, ce sera nous, les Portoricains ! Comme quoi la vie offre des surprises ! »
L’Ohio est aussi mobilisé. Jusqu'à présent, tous les candidats à la Maison Blanche qui ont été élus ont toujours remporté cet Etat. Dans la capitale Columbus, où notre envoyé spécial Romain Lemaresquier s’est rendu, près de 10 000 personnes étaient attendues, selon les bénévoles qui travaillent dans le seul bureau de vote existant dans cette agglomération. Des Afro-Américains majoritairement qui, comme Amadou Camaro ont, semble-t-il, tous voté pour la candidate démocrate. « Il y plein de raisons pour lesquelles j'ai voté pour Hillary, explique ce dernier. Elle a beaucoup d'expérience sur la scène nationale, elle a été sénatrice, elle a été secrétaire d'Etat. De l'autre côté, Donald Trump est quelqu'un de naïf et ce n'est pas tout : je pense qu'il serait une honte au niveau national. »
Les sondages dans l'Ohio qui donnaient Donald Trump en tête dans ces votes par anticipation ont certainement provoqué un déplacement massif d'électeurs afro-américains à Columbus. Et la simple idée de voir le milliardaire new-yorkais remporter cette élection était insupportable pour Christopher Cooper. « Donald Trump n'a jamais rien fait, ne s'est jamais présenté à une élection. Il ne s'est toujours préoccupé que de lui. C'est un raciste, un sexiste. Il n'y a rien de positif le concernant. Comment pouvons-nous donner les clefs du pays à quelqu'un qui ne s'est, jusqu'à présent, jamais présenté à une élection ? C'est ridicule. »
Devant ce bureau de vote, une queue interminable de gens attendait patiemment pour voter dans une ambiance plutôt festive. Des électeurs qui se disent pour la plupart confiants, malgré la remontée spectaculaire de Donald Trump ces derniers jours dans les sondages. Certains estiment tout de même que cette course à la Maison Blanche a créé de véritables tensions dans le pays, et qu'il faudra du temps pour que la situation redevienne comme avant.
Derniers meetings
C'est donc dans ces fameux swing states que les candidats ont passé la journée de lundi à griller leurs ultimes cartouches. La campagne présidentielle américaine se termine sur le même ton acrimonieux qu'elle avait commencé, le républicain Donald Trump traitant sa concurrente démocrate Hillary Clinton de candidate « bidon » tandis que la seconde a accusé le premier de diviser le pays.
Alors que Donald Trump avait réduit l'écart dans les intentions de vote la semaine dernière, profitant d'un nouveau rebondissement dans l'affaire des courriels qui a plombé toute l'année la campagne d'Hillary Clinton, cette dernière semble
être la mieux placée pour l'emporter à en croire les ultimes sondages.
A l’image d’un sprinter achevant un marathon, l'ex-secrétaire d'Etat a jeté ses dernières forces dans un dernier grand rendez-vous avec ses électeurs, ce lundi, rendez-vous après lequel elle ne pourra plus rien. Et elle n’a pas fait dans la demi-mesure en matière de guest star. Barack, Michelle et Bill, son mari, étaient là pour l'entourer lors d’un meeting monstre à Philadelphie, en Pennsylvanie, réservoir de voix démocrate malmené. Les stars Bruce Springsteen et Jon Bon Jovi ont chanté sur l'esplanade de l'Indépendance, où plus de 40 000 personnes ont afflué, selon l'équipe de la démocrate, ce qui surpasse largement le précédent record d'affluence de 18 500 le mois dernier.
Un peu plus tôt, elle a joué les pompiers dans un Etat que les démocrates ne pensaient pas devoir défendre : le Michigan, dans la région des Grands Lacs. C’est enfin à Raleigh, en Caroline du Nord, qu’elle a envoyé ses derniers arguments. Pour tenter de convaincre, jusqu’au bout. A la tribune, Hillary Clinton a appelé tôt mardi matin les électeurs américains à choisir sa vision d'une « Amérique pleine d'espérance, accueillante et généreuse » à la fin du tout dernier meeting de sa campagne pour l'élection présidentielle. « Nos valeurs fondamentales sont mises à l'épreuve dans cette élection, mais ma foi dans l'avenir n'a jamais été aussi forte. »
De son côté, le candidat conservateur a terminé une campagne démarrée il y a près d’un an et demi, 511 jours précisément, par cinq Etats parcourus en une seule journée, signe qu’il poursuit le combat jusqu’au dernier moment. Des palmiers de Floride aux montagnes verdoyantes du New Hampshire en passant par la Pennsylvanie et la Caroline du Nord pour finir dans le Michigan, Donald Trump a abattu des milliers de kilomètres lundi pour mettre le point final d'une campagne au ton corrosif inédit.
« Imaginez seulement ce que notre pays pourrait accomplir si nous commencions à travailler ensemble comme un seul peuple, sous un seul Dieu, saluant le drapeau américain », a déclaré le candidat républicain à Grand Rapids, à moins de cinq heures de l'ouverture des bureaux de vote sur la côte est des Etats-Unis. Désormais, les deux candidats ne peuvent plus rien, leur sort est entre les mains des Américains.
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