Au Zimbabwe, les «bond-notes» de la colère

Au Zimbabwe, les «bond-notes» de la colère

Au Zimbabwe, la population est en colère. Une manifestation contre les décisions économiques et la corruption doit se tenir
ce vendredi 18 novembre à Harare, la capitale. Depuis de longs mois, la population subit les files d'attente devant les banques pour retirer de l'argent, les retraits étant limités à cause de la pénurie de liquidités. Le dollar américain qui a remplacé le dollar zimbabwéen en 2009 comme monnaie nationale vient à manquer. Le pays importe beaucoup plus qu'il n'exporte, ce qui entraîne une fuite des devises. Le spectre de l'hyperinflation de 2009 guette. Au point que la décision de l'Etat de faire passer par décret l'instauration de « coupons monétaires » (ou « bond-notes ») censés se substituer au billet vert ne passe pas.

En mai dernier, le gouvernement zimbabwéen annonçait l'instauration d'ici fin 2016 de « coupons monétaires » pour une valeur de 75 millions de dollars. L'objectif, avec ces coupures : aider la population à faire face à la pénurie de dollars américains en leur proposant une monnaie de substitution. Une situation qui est loin de convaincre les Zimbabwéens dont le souvenir de l'hyperinflation des années 2007 à 2009 est encore vivace.
« Si la situation politique était normale, cette mesure pourrait être acceptée comme une réponse technique. Mais le gouvernement fait face à un très grand niveau de défiance. Il paye aussi pour la façon désastreuse dont il a toujours géré l'économie, les finances publiques et aussi les comptes bancaires des Zimbabwéens qui avaient été pillés lors de l'hyperinflation », explique Piers Pigou, directeur régional de l'International Crisis Group (ICG).

Le 14 novembre dernier, une ONG composée d'avocats, Zimbabwe Lawyers for Human Rights (ZLHR), a déposé un recours en justice pour contester cette décision passée par décret, estimant que l’Etat a enfreint la Constitution en contournant le Parlement. Les milieux économiques, eux, s'inquiètent. Le distributeur Spar Group a annoncé le 17 novembre dernier sa décision de fermer son centre de distribution de Harare. La direction déplorait, selon Reuters, une situation économique intenable.

De fait, c’est de réformes dont le pays a besoin. Selon l’économiste John Robertson, basé à Harare, « Nous devons restaurer notre [ancienne] capacité de production pour remettre les usines et les gens au travail. Pour le moment, cette nouvelle monnaie qui nous est imposée par le gouvernement ne repose pas sur une base réelle. (…) C'est de milliards de dollars dont nous avons besoin pour que cette nouvelle monnaie soit réellement au niveau du dollar américain. »

Les autorités misent pourtant sur ces mesures financées en partie par l'Exim Bank, une des rares institutions qui acceptent encore d'octroyer des prêts au pays. Harare espère relancer les exportations pour réduire le déficit de la balance commerciale.