Barack Obama va recevoir Donald Trump à la Maison Blanche

Barack Obama et Joe Biden le 9 novembre

"Je l'ai invité à venir à la Maison Blanche pour discuter de comment assurer une transition réussie", a expliqué mercredi Barack Obama. La rencontre est prévue en fin d'après-midi, heure française.

La scène semblait encore inimaginable il y a 48 heures. Mais le président américain Barack Obama reçoit jeudi 10 novembre le républicain Donald Trump à la Maison Blanche, en tant que nouveau président élu de la première puissance mondiale. La rencontre entre les deux hommes dans le Bureau ovale est prévue à 11H00 (16H00 GMT). Ils devraient ensuite s'adresser très brièvement à la presse. Michelle Obama s'entretiendra pour sa part avec la prochaine Première dame, Melania Trump.
"Je l'ai invité à venir à la Maison Blanche pour discuter de comment assurer une transition réussie", a expliqué mercredi M. Obama à propos de sa rencontre prévue avec le milliardaire populiste, qui avait la veille remporté l'élection présidentielle américaine, créant une énorme surprise aux Etats-Unis et dans le monde.
Sous le choc, des milliers de manifestants se sont rassemblés mercredi soir à travers le pays, de New York à Los Angeles en passant par la Maison Blanche, pour protester contre sa victoire et dénoncer les vues racistes, sexistes et xénophobes, selon eux, de Donald Trump.
"Nous souhaitons tous son succès pour rassembler et diriger les Américains", avait dit plus tôt Barack Obama, sans cacher qu'il avait, avec l'ancien animateur de télé-réalité, des "divergences très significatives". Les deux hommes ne pourraient pas être plus différents. Et le président démocrate, qui avait fait campagne sans relâche pour son ancienne secrétaire d'Etat Hillary Clinton, avait mis en garde contre le danger d'élire cet homme selon lui dangereux pour la démocratie.
"Nous ne pouvons pas nous permettre d'élire ce type! Ce n'est pas possible! Ce n'est pas possible!", avait-il déclaré, comme un cri du coeur à Las Vegas, quelques jours avant le scrutin. "Rejetez la peur! Choisissez l'espoir! Votez!", avait-il martelé en Caroline du Nord. "Le sort de la république" est "entre vos mains".

Le bilan d'Obama menacé

L'élection surprise de Donald Trump, porté par la colère d'un électorat se sentant ignoré des élites et menacé par la mondialisation, a brisé les rêves de la démocrate Hillary Clinton de devenir la première femme présidente américaine. Tous les sondages la donnaient gagnante. Mais elle menace aussi désormais le bilan de M. Obama, extrêmement populaire. Mme Clinton prévoyait de diriger dans sa continuité.
Donald Trump a, lui, promis de dénoncer la plupart des réformes ou avancées emblématiques du 44e président: la réforme de l'assurance-santé (Obamacare), la lutte contre le changement climatique (Trump a promis d'"annuler" l'accord de Paris conclu fin 2015), l'accord de libre-échange Asie-Pacifique...
L'inimitié des deux hommes a des racines parfois plus personnelles que leur appartenance politique ou leur vision du monde: pendant des années, Donald Trump a alimenté une théorie du complot aux relents racistes sur le lieu de naissance de M. Obama, avant de virer casaque brutalement durant la campagne, sans explication.
Donald Trump n'a jamais occupé de fonction élective. Il va lui falloir mettre les bouchées doubles jusqu'à son entrée à la Maison Blanche le 20 janvier. Il deviendra alors le commandant en chef de l'armée la plus puissante au monde.
Mercredi, il est resté enfermé dans la tour Trump à Manhattan, où il a sa résidence et ses bureaux. Le vice-président élu Mike Pence et plusieurs membres de son équipe de campagne l'y ont rejoint pour commencer à préparer son gouvernement, peaufiner ses premier jours... Le tribun populiste de 70 ans sera le plus vieux président jamais entré à la Maison Blanche.

Election accueillie avec inquiétude et froideur dans le monde

Hillary Clinton avait aussi mercredi appelé les démocrates à accepter le résultat "douloureux" de l'élection. "J'espère qu'il va réussir en tant que président de tous les Américains", avait déclaré Mme Clinton, visiblement émue, lors de sa première apparition publique depuis l'annonce de sa défaite. "C'est douloureux, et cela le restera pendant longtemps", avait-elle ajouté.
Amère consolation pour Mme Clinton: elle a perdu l'élection, dont le résultat est décompté Etat par Etat, mais au niveau national, elle a obtenu environ 200.000 voix de plus que son adversaire, selon des résultats qui n'étaient pas encore complets mercredi soir.
M. Trump aura pour gouverner l'appui des deux Chambres du Congrès. Le Sénat et la Chambre des représentants ont conservé mardi leur majorité républicaine. Mardi soir, dans son discours d'acceptation, il s'est engagé "à être le président de tous les Américains". "L'heure est venue pour l'Amérique de panser les plaies de la division."
Son élection a été accueillie avec inquiétude et souvent froideur dans le monde. La chancelière allemande Angela Merkel a notamment averti Donald Trump qu'une future "coopération étroite" entre leurs deux pays devrait se fonder sur les valeurs communes démocratiques.

L'extrême droite s'est a contrario félicitée - la Française Marine Le Pen en tête - de l'avènement d'une nouvelle ère.
Jeudi sur les marchés, la stupeur initiale cédait la place à l'espoir d'un impact positif sur l'économie américaine, les Bourses asiatiques rebondissant, rassurées par la résistance des places occidentales la veille. La place de Tokyo a même fini en hausse de 6,72% après sa déroute de mercredi.
(Avec AFP)