CAMEROUN : Musique : Petit Pays a-t-il peur de Paul Biya ?

La dernière sortie musicale du célèbre artiste intitulée « Peur dans la cité » est une attaque en règle contre le président de la République. Fidèle à lui-même, le « Turbo d’Afrique » se dédit lors
des interviews et se défend d’être un chanteur engagé .  Doit-on encore s’étonner de la démarche artistique d’un Adolphe Claude Moundi qui a bâti sa réputation sur des scandales marinés à des notes musicales trépignantes ? Plus de 30 ans que ça dure et le « turbo » n’a de cesse de nous surprendre. Il préparait depuis quelque temps la sortie de son dernier opus qu’il a intitulé « Peur dans la cité ». La catastrophe d’Eseka survenue le 21 octobre dernier lui a donné l’idée d’y rajouter quelques mots d’hommage aux disparus. Il s’est même dit que l’auteur à succès avait, grâce à l’inspiration météorique qu’on lui connait, composé une chanson en l’honneur des victimes. « Tu as castré tout le monde » La vérité est ailleurs et c’est le premier contre-pied de ce énième album de la star camerounaise. A écouter « Peur dans la cité », on se rend bien compte que cette musique langoureuse a été composée bien avant le drame d’Eseka. Elle a même une cible toute désignée : Paul Biya. «Tout le monde est castré, tu as castré tout le monde. Tu as utilisé et détruit ton entourage pour régner seul et la famille n'a plus de sens… tu laisses la rébellion comme patrimoine…tu as opté pour la peur…pour un rien on a peur de toi », dit le chanteur dans ce titre qui dure sept minutes. C’est même tout le système qui est remis en cause. L’auteur répète à l’envie que « notre problème c’est l’impunité » et se plaint de ce que « en Afrique, on remplace quelque chose qui ne marche plus par quelque chose qui ne marche pas». « Peur dans la cité » est-il donc simplement un cinglant réquisitoire contre Paul Biya et son système ? Petit-Pays (qui s’était déjà fendu d’un « même les chefs d’Etats meurent » dans un précédent album) a-t-il tout bonnement fait du Valsero, la pugnacité lyrique en moins ? Que non ! Et c’est là le second contre-pied de ce compositeur insaisissable. Réécoutez sa chanson et vous-vous rendrez compte qu’il se pose en « avocat défenseur » des prisonniers de l’opération Epervier. « Beaucoup d’innocents sont en prison », dit-il avant d’enfoncer le clou. «Je t’ai sauvé la vie, j’ai pris des risques pour toi, tu as détruit mon corps… Nul n'a le droit de se prendre pour Dieu... Tôt ou tard tu vas payer …chaque chose a son temps », déclame-t-il. Rétropédalage C’est clairement pour les anciens amis de Biya qui croupissent en prison que le chanteur prend fait et cause. Pourquoi donc ce plaidoyer inattendu ? L’homme a-t-il été approché par un « éperviable » pour une quelconque campagne ? « Quand on me paie je chante », a-t-il coutume de dire, a-t-il une fois encore succombé au lucre ? Ou tout simplement Petit Pays qui a été l’un des tous premiers artistes locaux à fréquenter le palais présidentiel ne cherche-t-il pas à se venger du manque de considération dont il fait l’objet ces derniers temps ? A-t-il oublié qu’il est lui-même ambassadeur de bonne volonté des Synergies africaines, la fondation de Madame Chantal Biya ? Trèves de supputations. Voyons ce qu’en dit l’intéressé. Pour la promotion médiatique de cette chanson, on attendait un Petit Pays nouveau, offensif, et résolument rangé aux côtés d’un Valsero qui a le courage d’affronter M. Biya de front. Nouveau contre-pied. Le troisième. Interrogé le 1er novembre dans l’émission « Couleurs tropicales » sur Rfi, le chanteur bafoue son verbe. Il se défend d’être un artiste engagé et attribue la catastrophe d’Eseka à la nature. Et pour ce qui est de son texte au vitriol il dit qu’il est destiné à tous les africains y compris à lui-même. On s’y perd. Et c’est bien là le but de la démarche de ce compositeur qui se dit en « contact avec les esprits ». Son message est clairement délivré dans une chanson. Mais pour faire mousser l’ensemble et sauvegarder ses nombreux intérêts commerciaux il se dédit et envoie le public  dans les nuages. Son prochain album sera peut-être une ode au règne de Paul Biya. C’est sa méthode et il y a plus de 30 ans que ça dure.
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