Emmanuel Macron annonce sans candidature à la présidentielle de 2017 en France: Un coup dur pour "François Hollande" Macron accélère la décomposition de la gauche

PARIS (Reuters) - La candidature atypique d'Emmanuel Macron à l'élection présidentielle de 2017 accentue la décomposition d'une gauche française à l'agonie et trouble le jeu d'une droite partagée entre tentation du
repli identitaire et ouverture au centre.
Mais s'il renouvelle une offre politique sclérosée, le pari d'une "révolution démocratique" susceptible d'amener ce candidat hors parti de 38 ans au seuil de l'Elysée est loin d'être gagné, jugent les analystes interrogés par Reuters.
L'ancien conseiller et ex-ministre de l'Economie de François Hollande n'a laissé planer aucun doute mercredi sur sa volonté d'aller au bout de sa démarche, que le chef de l'Etat décide en décembre de briguer un deuxième mandat ou non.
"Rien n'est jamais écrit et c'est pourquoi je veux porter l'optimisme de la volonté", a expliqué mercredi l'ex-banquier, qui en dira plus sur ses projets dans un livre à paraître la semaine prochaine, selon un de ses proches.
Il est crédité aujourd'hui par les sondages d'environ 14% des intentions de vote au premier tour de la présidentielle.
Ce score le place devant les autres candidats de gauche, potentiels ou déclarés, mais reste encore loin du "ticket" d'entrée pour le second tour, bien qu'il morde sur tous les électorats, de gauche à droite, jusqu'au Front national.
PARI SUR SARKOZY
Ses partisans veulent y croire, malgré les sondages qui donnent la présidente du FN Marine Le Pen qualifiée pour le second tour, ce qui ne laisse qu'une place libre.
"Il se présente pour gagner, pas pour faire un bon score", assure ainsi le député radical de gauche Alain Touret, soutien de la première heure de l'ex-ministre de l'Economie.
Ses proches assurent qu'il recueillera sans problème les 500 parrainages requis, notamment grâce au ralliement de nombreux élus locaux, et mettent en avant la montée en puissance de son mouvement, "En Marche !", qui revendique près de 100.000 adhérents après seulement huit mois d'existence.
Alain Touret est persuadé que Nicolas Sarkozy sera le candidat de la droite, ce qui serait la configuration la plus favorable : la candidature d'Emmanuel Macro à quatre jours du premier tour de la primaire de droite est un coup dur pour le principal rival de l'ex-chef de l'Etat, Alain Juppé, jusqu'ici favori des sondages, estime l'élu PRG.
"Juppé espérait rassembler des voix du centre et du centre gauche mais une partie de cet électorat va passer chez Macron", prédit-il. "Et si Sarkozy est le candidat de la droite, Macron le battra parce que Sarkozy sera abandonné par un tas d'électeurs qui auraient voté Juppé ou Fillon."
Quant à François Hollande ou au Premier ministre Manuel Valls, "ils termineront à 5%", prédit le député PRG.
Les analystes se montrent beaucoup plus sceptiques.
"Le défi sera pour Emmanuel Macron de trouver un véritable espace", estime ainsi Stéphane Zumsteeg, de l'institut Ipsos. "Il lui sera très compliqué d'exister si Alain Juppé est le candidat LR et si Hollande ou Valls est celui du centre gauche, car ils se partageront plus ou moins le même électorat."
UN COUP D'AVANCE
Sa seule chance d'accéder au second tour serait effectivement d'être face à des candidats plus radicalement identifiés à droite, comme Nicolas Sarkozy ou François Fillon, et à gauche, comme Arnaud Montebourg, juge cet analyste, pour qui ce n'est cependant pas la configuration la plus probable.
Le président de la société de conseil Cap Stéphane Rozès crédite cependant Emmanuel Macron d'un coup d'avance, grâce à l'annonce de sa candidature avant la primaire de droite et dans l'attente de la décision de François Hollande.
"Il occupe le vide créé à gauche par l'affaiblissement du candidat naturel qu'est le président sortant et il n'est pas certain que le vainqueur de la primaire de droite soit le candidat préféré du peuple de droite", résume cet analyste.
Pour Matthias Fekl, le secrétaire d'Etat chargé du commerce extérieur, Emmanuel Macron était une "bombe à retardement placée au coeur d'une famille politique".
"La bombe a explosé", a-t-il dit sur RMC.
Pour le politologue Thomas Guénolé, Emmanuel Macron n'innove pas tant sur le plan des idées qu'en assumant explicitement la possibilité de proposer un panachage de politiques économiques de centre droit et de centre gauche.
Mais de là à voir Emmanuel Macron franchir le cap du premier tour, il y a un pas qu'il refuse de sauter : "Il n'a aucune chance d'être au second tour", juge Thomas Guénolé, selon qui l'ex-ministre de l'Economie ne peut guère espérer aller au-delà de 15 à 17% des suffrages au premier tour.
Ce qui restera de sa démarche, c'est néanmoins un renouvellement de l'offre politique qu'il lui faudra faire prospérer après la présidentielle, estime ce politologue.
"Dans tous les cas de figure, sa candidature est un facteur d'éclatement du Parti socialiste", ajoute-t-il.
(Edité par Yves Clarisse)
PARIS (Reuters)