GREVES DE BAMENDA : DECLARATION DU DR CHRISTOPHER FOMUNYOH

Au cours de ces dernières semaines, j’observe avec désarroi et tristesse les événements dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du Cameroun, et notamment, les manifestations des avocats de droit commun à Bamenda au
mois d’octobre et le 8 novembre ; les manifestations des avocats de droit commun à Buea le 10 Novembre ; et la grève des enseignants depuis le 22 novembre, qui affecte les établissements scolaires du primaire, du secondaire et du supérieur dans ces deux régions du pays. Ces événements perturbent l’accès à l’état de droit et au système éducatif, qui sont deux piliers essentiels de notre cohésion nationale et des droits de l’homme. Ils s’ajoutent à des doléances exprimées antérieurement et au sentiment de désaffection ressenti par une partie importante de notre population face au traitement avec lequel le gouvernement Biya gère les questions de gouvernance dans ces secteurs fondamentaux.
Ces événements malheureux viennent aussi démontrer à l’ensemble des Camerounais, comme à la communauté internationale, l’incapacité des autorités à entendre la voix de leurs concitoyens. Les autorités n’ont pas su créer un espace approprié à des discussions et échanges constructifs entre citoyens et gouvernants qui ont droit de cité dans toute société démocratique. Au 21e siècle, la gouvernance démocratique implique un lien permanent avec les citoyens, qui leur donne des occasions d’exprimer leurs revendications. Cette gouvernance suppose aussi des mesures concrètes pour que les citoyens puissent tous se reconnaître dans une même nation et s’approprient les réformes nécessaires. C’est le seul moyen pour l’Etat de rendre à chacun sa dignité et de promouvoir la responsabilité citoyenne. Faute de répondre aux attentes des citoyens, le gouvernement prouve son incapacité à diriger le pays d’une façon inclusive et responsable.
Comme je l’ai déjà souligné par le passé, les questions soulevées par les avocats de droit commun, et maintenant par les enseignants et les parents de ces deux régions méritent une attention pleine et entière au plus haut niveau de l’Etat. Ces questions expriment les valeurs fondamentales qui nous unissent dans cette patrie. Nous ne devons pas permettre que la cohésion nationale soit ainsi rabaissée par le gouvernement actuel. Assez tristement, ces événements font également écho aux récents mouvements sociaux à Yaoundé ainsi que les menaces de manifestations lancées par l’Union des enseignants francophones pour les prochains jours. Dans mon esprit, il ne fait aucun doute qu’un malaise généralisé risque d’entacher l’environnement politique actuel de notre pays.
J’en appelle donc au Président Paul Biya pour qu’il s’adresse directement à la nation afin d’apaiser les esprits et pour qu’il prenne des mesures concrètes pour répondre, de façon juste, équitable et rapide, aux doléances exprimées. J’appelle aussi le gouvernement à ne pas faire usage de la force contre des manifestants innocents et non armés qui défendent pacifiquement leurs droits. Le gouvernement doit mettre en place une commission spéciale élargie pour traiter les revendications. Il est évident que les questions soulevées par les enseignants dépassent de loin les compétences des cabinets ministériels chargés des question d’éducation dans notre pays - à savoir : le Ministère de l’Enseignement Supérieur, le Ministère des Enseignements Secondaires, le Ministère de l’Education de Base et le Ministère de l’Emploi et de la Formation Professionnelle – dont aucun n’est aujourd’hui tenu par une personnalité issue du système éducatif anglo-saxon. Alors que notre pays revendique fièrement son biculturalisme, une telle répartition des responsabilités politiques ne favorise pas une bonne compréhension des valeurs portées et défendues par les enseignants, élèves et parents anglophones.
En même temps, j’appelle les avocats, les enseignants, les parents et les élèves du Nord-Ouest et du Sud-Ouest à la patience et à rester ouverts au dialogue, sachant que la grande majorité des Camerounais défend et apprécie à leur juste mesure les valeurs de justice, d’équité et d’intégrité. C’est sur ce socle de valeurs que le Cameroun restera fort et uni
Dr. Christopher Fomunyoh, Président, The Fomunyoh Foundation,