« Personne n’aidera l’Afrique à se développer sinon les Africains »

Le milliardaire nigérian Tony Elumelu – « serial entrepreneur », comme il se définit – a créé en 2010 sa fondation sur la base de son mantra, l’« africapitalisme ». « Le secteur privé détient les clés pour débloquer
le potentiel économique et humain de l’Afrique », explique-t-il.

Né dans une famille de la classe moyenne de Jos (au centre du Nigeria), ville récemment encore ciblée par la secte islamiste Boko Haram, il fut, à 33 ans, patron d’une banque à Lagos, la gigantesque capitale économique du pays. A 52 ans, il dirige à la fois UBA, l’une des plus grandes banques d’Afrique, Transcorp, le conglomérat le plus important du Nigeria, et sa société d’investissements Heirs Holdings. Il se veut un exemple de réussite, pense être une source d’inspiration pour cette jeunesse africaine entreprenante, ambitieuse et décomplexée.

Pour l’aider, il a lancé en 2015, via sa fondation, un programme destiné à sélectionner, chaque année pendant dix ans, 1 000 projets d’entrepreneurs, à chacun desquels il offre une formation intensive en ligne, un mentorat pendant neuf mois et un capital de lancement.

Pourquoi avez-vous concentré l’activité de votre fondation sur les entrepreneurs ?

Tony Elumelu Je rends à l’Afrique ce qu’elle m’a offert. Je suis né en Afrique, j’y ai grandi, j’y ai travaillé et implanté mes sociétés. Autour de moi, je vois toujours beaucoup de gens qui doivent travailler dur chaque jour pour finalement rester pauvres toute leur vie. Je veux contribuer à changer cette situation avec ma fondation, qui financera 10 000 projets de jeunes entrepreneurs africains. Chacun reçoit 10 000 dollars, dont la moitié est versée en capital de départ. On les accompagne, on les forme, on les suit et on s’assure que leurs projets sont économiquement viables. Et ça marche.

Quels secteurs concentrent le plus de projets que vous soutenez ?

On est neutre sur ce sujet. Pour le moment, il s’agit principalement de projets dans les télécommunications et les technologies de l’information, l’agriculture et la mode. La première année, en 2015, nous avons reçu 20 000 dossiers de candidature pour 1 000 retenus. Cette année, nous avons enregistré 45 000 demandes émanant de 45 pays africains.

Nous avons confié à la société de conseil Accenture la réception et l’étude des dossiers de candidature. Puis, notre comité de sélection tranche. Nous avons déjà de très belles histoires d’entrepreneurs : des projets agricoles en Ouganda, une entreprise de télécommunication en Afrique du Sud qui est aujourd’hui estimée à plusieurs millions d’euros. Mais je pense à long terme. Ces jeunes sont plein d’énergie, disciplinés, et je suis convaincu que dans dix ans, ils feront la différence.

Sur les 1 000 premiers projets sélectionnés en 2015 par votre fondation, une centaine seulement provenaient d’Afrique francophone. Pourquoi ?

L’entrepreneuriat n’a rien à voir avec la langue. Et j’en ai marre de cet antagonisme « francophone contre anglophone » en Afrique, car ça me semble artificiel. Peut-être y a-t-il plus de conscience entrepreneuriale et d’accès à l’information en Afrique anglophone. Peut-être. Mais je ne veux pas diviser une Afrique unie. Cette année, on a environ 30 % de projets en plus qui sont portés par des femmes. Il y a aussi davantage d’entrepreneurs originaires d’Afrique francophone et du Maghreb.

Votre fondation travaille-t-elle avec des fonds d’investissement ?

Nous allons commencer très bientôt car nous voulons que ces entrepreneurs puissent se développer pour devenir les Microsoft ou les Apple de demain. Et 10 000 dollars ne suffiront pas. Nos ressources sont limitées : j’ai versé 200 millions de dollars. Pour la deuxième édition, cette année, on va donc créer une pépinière d’investisseurs, ce qui permettra aux entrepreneurs les plus talentueux de lever 200 000 ou 500 000 dollars.

Comment êtes-vous parvenu à devenir l’un des douze milliardaires de Lagos recensés par la revue « Forbes » ?

Tout est parti d’idées. Il faut avoir des idées et identifier des opportunités. C’est pour ça que je soutiens ceux qui rêvent et qui veulent réussir. J’ai commencé comme ça. Je suis rapidement devenu patron de la quatrième plus grande banque du Nigeria, United Bank of Africa (UBA). Puis on a fusionné avec la troisième plus grande banque et, aujourd’hui, on a plus de dix millions de clients à travers l’Afrique. UBA est cotée à New York, Paris et Londres. Ma réussite, je veux la raconter aux gens pour qu’eux-mêmes puissent y croire et transformer l’Afrique du XXIe siècle.


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