Pour les étudiants africains, la France n’est plus une destination évidente

Mansour Touré, cofondateur d’une bibliothèque pour les étudiants à Dakar en juillet 2015.
Lieu traditionnel pour faire ses études, la France est de plus en plus concurrencée par le continent africain lui-même mais aussi le Moyen-Orient et la Chine.

Ils ont la bougeotte et sont deux fois plus mobiles que la moyenne mondiale. Avec 373 000 étudiants ayant quitté leur pays pour poursuivre leurs études à l’étranger, l’Afrique représente plus d’un jeune en mobilité sur dix dans le monde. Campus France, agence française pour la promotion de l’enseignement supérieur, a présenté le 7 novembre une étude sur la mobilité internationale des étudiants africains. Si longtemps la destination France a été une évidence, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Nigeria, Maroc, Algérie, Cameroun, Zimbabwe, Tunisie et Kenya. Ces sept pays concentrent à eux seuls la moitié des Africains partant à l’étranger pour y poursuivre leurs études. La concurrence à laquelle se livrent les différents pays pour attirer cette population, qui représente un investissement rentable tant au niveau commercial que politique, est rude. Si l’Europe reste la destination privilégiée pour près de la moitié de ces étudiants, elle perd du terrain.

Le nombre d’étudiants africains en Arabie saoudite a triplé

La mobilité intracontinentale, quant à elle, se renforce, avec pour principaux points de chute l’Afrique du sud, le Ghana, la Tunisie et le Maroc. « Ce phénomène est une tendance de fond, analyse Didier Rayon, responsable des études et recherches de Campus France, sous réserve, bien sûr, de la stabilité de ces Etats ». Mouvement récent : le Moyen-Orient tente aussi d’attirer ces profils, en offrant des bourses d’études spécifiques pour les universités islamiques. Et la démarche semble porter ses fruits puisque l’Arabie Saoudite a vu le nombre d’étudiants africains accueillis dans ces établissements tripler en trois ans. Le géant chinois aussi leur fait les yeux doux. « Le pays ne publie pas de chiffres officiels, mais affiche ses ambitions en la matière. Les Instituts Confucius - ayant pour mission l’enseignement du mandarin et la diffusion de la culture chinoise - fleurissent en Afrique et sont les têtes de pont de cette politique », note Didier Rayon.

Malgré cet émiettement des pays d’accueil, la France reste la destination de prédilection, avec près de 134 000 inscrits dans l’enseignement supérieur en 2015. D’ailleurs, les Africains représentent à eux seuls 42,5 % des étudiants étrangers dans l’Hexagone, dont la moitié sont originaires du Maghreb. Sur le podium des destinations préférées, l’Hexagone est suivi, mais de loin, par l’Afrique du Sud et par les deux leaders mondiaux de la mobilité internationale que sont le Royaume-Uni et les Etats-Unis.
lemonde.fr