Présidentielle américaine : l'Afrique doit-elle craindre une victoire de Trump ?

Au delà des clichés que n'hésite pas à mettre en avant le sulfureux Donald Trump, son éventuelle victoire à la présidentielle de mardi prochain pourrait signifier un retour à une politique isolationniste des Etats Unis. Quel
impact cela aurait-il sur un continent ou la présence militaire américaine n'a fait que se renforcer ces dernières années ? Décryptage.
Plus que quelques jours avant que les électeurs américains ne se dirigent vers les urnes pour désigner le 45ème Président des Etats Unis. Valeur aujourd'hui : Hillary Clinton, la favorite, et Donald Trump, son tonitruant outsider, sont encore au coude à coude.
Plus encore, cette dernière semaine a été marquée par une nette remontée du candidat républicain à la faveur de cadeaux inespérés, du FBI qui a rouvert l'enquête sur les mails de l'ancienne Secrétaire d'Etat, et de nouvelles révélations de Wikileaks sur un éventuel financement indirect de l'EI par le département d'Etat, alors dirigé par Hilary Clinton. Il n'en fallait pas plus pour que les sondages montrent une inflexion qui peut s'avérer décisive dans cette dernière ligne droite de la course à la maison blanche.

Et si Trump l'emportait...

Moqué, raillé, fustigé, le sulfureux milliardaire américain semble imperméable aux invectives de ses nombreux adversaires. Malgré des dérapages racistes et sexistes réguliers lors de la primaire républicaine, il a réussi à se défaire de ses adversaires, pour décrocher l'investiture du « Great Old Party » au nez et à la barbe de ses principaux dirigeants. Porté par le soutien de ce que les experts baptisent désormais « l'américain blanc en colère », il a réussi à focaliser la fronde contre l'« establishment » pour s'autoproclamer champion de l'Amérique profonde.
Depuis sa campagne semblait prendre du plomb dans l'aile au gré de ses confrontations télévisuelles manquées avec la candidate démocrate. Toutefois, les casseroles qui rattrapent celle qu'il nomme malicieusement « Crooked Hillary » -véreuse Hillary- lui redonnent de l'allant juste avant le dénouement de la campagne.
Ce qui ressemblait à une grosse blague à laquelle personne ne voulait donner du crédit n'est plus une éventualité si éloignée. Dans un épisode de la série américaine « The Simpson's » qui date de l'année 2000, « Lisa », l'un des personnages principaux, est élue première femme présidente des Etats Unis d'Amérique. Lors de sa première réunion dans le bureau ovale, elle se plaint de ne pouvoir appliquer la politique qu'elle avait annoncé lors de sa campagne, le budget ayant été explosé par son prédécesseur : le Président Donald Trump ! Plus qu'une prémonition, les auteurs de la série se moquait par ce biais des velléités du milliardaire à briguer la présidence, il y a 16 ans déjà...

...qu'en serait-il de la politique américaine en Afrique ?

Aujourd'hui, cette velléité est en passe de prendre forme, même s'il faut souligner qu'Hillary Clinton reste en pôle position, fût-ce d'une courte tête.  A l'heure actuelle, il y a donc, mathématiquement, un peu moins d'une chance sur deux pour que mercredi prochain Donald Trump soit effectivement le 45ème Président des Etats Unis d'Amérique. Si tel était le cas, quelle incidence cela aurait sur la politique étrangère américaine et à fortiori sur l'Afrique ?
De prime à bord, on serait tenté de considérer que les dérapages racistes du candidat américain, et le soutien qu'il reçoit de personnages notoirement reconnus pour leur affiliation au « Klu Klux Klan », macabre société secrète qui prêche la suprématie blanche, comme des signaux plus qu'inquiétants.
« Certains Africains sont des sots paresseux, tout juste bons à manger, faire l'amour et voler ». Cette déclaration de l'incorrigible Trump en plein meeting renseigne sur la teneur des clichés qu'il n'hésite jamais à véhiculer lors de ces discours. Plus encore, en appelant à interdire l'accès du territoire américain aux musulmans, le candidat républicain visait de fait plus de 400 millions d'Africains...
En somme, il n'y a pas débat sur le caractère offensant des propos de l'homme à la crinière orange, et ce que ce soit envers les femmes, les handicapés, les noirs -même s'il a tempéré son propos dans une tentative de captation d'une partie des électeurs afro-américains-, les musulmans et tous ceux qui font pas partie du corps constitutif de son électorat le plus fidèle : le blanc appartenant à l'Amérique profonde. Qu'importe donc les clichés puisque l'essentiel pour lui n'est pas d'avoir bonne presse, mais de faire passer son message même de manière caricaturale : « America First » !
america first
« L'Amérique d'abord » est en effet sont principal argument de campagne et en cela il réussit à toucher toute une frange de la population qui souffre des effets résiduels de la crise économique et de son corollaire de délocalisations. Sauf que ces délocalisations se font vers le Mexique ou l'Asie, mais pas vers l'Afrique.  Ce continent ne représente donc pas un enjeu important pour lui. C'est d'ailleurs le cas aussi dans son propre business. Le seul intérêt que l'Afrique a aux yeux de Trump et de ses fils est celui de la chasse !

« America first » ou le nouveau isolationnisme américain

Toutefois, son credo de l'Amérique d'abord peut représenter une clé de lecture intéressante de sa probable future politique étrangère en général et de sa relation avec l'Afrique en particulier ; s'il est élu, et encore une fois, c'est loin d'être fait.  En effet, ce credo suppose qu'il entend renouer avec une politique américaine de non interventionnisme -début du 20ème siècle- à l'extrême opposé de la politique menée par Hillary Clinton lors de son passage au Département d'Etat et dont elle annonce la confirmation pour son probable mandat de présidente. L'ancienne Secrétaire d'Etat a d'ailleurs été violemment attaquée par son rival sur sa politique étrangère et surtout pour sa gestion de la crise Libyenne, qui aux dires de Trump a mené ce pays jadis prospère vers le chaos qu'il connaît actuellement.
La présence américaine, notamment dans son expression militaire a d'ailleurs pris de l'allant avec l'installation d'un poste de commandement en Espagne, après avoir hésité entre le Maroc et le Kenya, et plus récemment la mise en place d'une base de drones au Niger. L'élection d'Hillary Clinton viendrait à n'en pas douter conforter cette présence voire l'étendre.
Donald Trump a plaidé, quant à lui, pour une politique moins intrusive. Ce qui certes peut représenter un réel risque quant à la gestion de la problématique du terrorisme notamment dans la région du Sahel, mais peut aussi constituer un élément rassurant pour bien des pays du continent qui voient d'un mauvais œil la montée en puissance de l'interventionnisme américain en terre africaine.
In fine, les positions des deux principaux candidats de la présidentielle américaine doivent être jugées loin du semblant manichéen qu'elles présentent à priori. Et quel que soit le prochain Président ou Présidente des Etats Unis, il faudra attendre de voir  sur le terrain, la politique étrangère qu'il ou elle engagera et les répercussions que cela aura sur l'Afrique. Cette dernière devra de toute manière en faire son beurre en attendant d'avoir sa voix au chapitre !
Source: afrique.latribune.fr