RDC : le samedi de tous les dangers ! l'opposition congolaise semble bien vouloir défier le pouvoir en place. Elle avait dénoncé l'interdiction de manifester comme une « violation flagrante de la constitution »

Le Président Kabila avait décidé de reporter les élections présidentielles, prolongeant ainsi de facto son mandat.
Dans un vaste mouvement de contestation, l'opposition semble vouloir exacerber le rapport de force avec le pouvoir de Joseph Kabila qui a interdit une manifestation prévue ce samedi pour dénoncer l'accord issu du
dialogue national. Des experts onusiens ont appelé les autorités à lever cette interdiction et l'opposition a décidé, quant à elle, de passer outre en comptant bien faire vaciller le pouvoir.
Tout le suspens pour les Congolais se résume en une seule question : le meeting de l'opposition prévu ce samedi 5 novembre sur le boulevard Triomphal à Kinshasa aurait-il lieu ? Le pays tout entier est dans l'attente de cette réponse à l'heure où l'interdiction n'est toujours pas levée à 24 heures de la manifestation.

 L'argument sécuritaire pour interdire la manifestation

Dans un communiqué rendu public jeudi 03 novembre dans l'après-midi, la police congolaise indiquait qu'elle ferait respecter cette interdiction de manifester allant même jusqu'à qualifier la journée de samedi de « journée ordinaire, comme tant d'autres, où tout le monde vaquera librement à ses occupations, et qu'aucune perturbation de l'ordre public ne sera tolérée ». La menace est à peine voilée avec une intensification de la présence policière « dans tous les points chauds et sites stratégiques » pour faire respecter cette interdiction de manifester.
 A l'origine de cette interdiction, la mairie de Kinshasa qui s'est retranchée derrière l'argument sécuritaire pour interdire la manifestation. La mairie de Kinshasa qui affirme jouer la carte de la prudence justifie l'interdiction par le fait qu'elle ne serait pas en mesure d'encadrer la manifestation et donc d'éviter les débordements tout en appelant les organisateurs à prendre leurs responsabilités.
Mais cette interdiction trouve son explication dans des événements récents. Les 19 et 20 septembre dernier, la colère grondait dans les rues kinoises où des centaines de manifestants avaient battu le pavé pour réclamer la convocation de l'élection présidentielle avant la fin du mandat légal du président et le départ de Joseph Kabila. Les manifestations avaient été violemment réprimés.
Selon des chiffres de la police, 32 personnes (militants et forces de l'ordre compris) ont perdu la vie. Des chiffres rejetés par l'opposition qui dit avoir constaté la mort d'au moins 100 personnes et 100 blessés. Un rapport de l'ONU avait quant à lui fait état de 53 personnes tuées dans les manifestations. Depuis ces violences qui ont émaillé la capitale, les autorités congolaises avaient pris la décision d'interdire toute manifestation à caractère politique

L'opposition défie le pouvoir

L'ONU a jeté son pavé dans la mare. Un groupe d'experts onusiens appelle, dans un communiqué publié ce jeudi 03 novembre, les autorités congolaises à retirer l'interdiction qualifiée d'« injustifiée » . « Les droits à la liberté d'expression et à la liberté de réunion pacifique et d'association sont des droits fondamentaux garantis par le droit international. Ces droits ne peuvent être limités que dans des circonstances très précises et étroitement définies », ont écrit les experts.
Sans même attendre la caution morale des experts, l'opposition congolaise semble bien vouloir défier le pouvoir en place. Elle avait dénoncé l'interdiction de manifester comme une « violation flagrante de la constitution » notamment de son article 26 qui régit le droit de manifester et pose comme seule obligation d'informer par courrier, les autorités concernées. Cette exigence remplie, l'opposition n'a pas l'intention d'annuler sa manifestation qui vise à dénoncer l'accord issu du dialogue national et signé entre le pouvoir et l'opposition. Cet accord maintient au pouvoir Joseph Kabila au pouvoir jusqu'en 2018 soit deux années de plus que son troisième mandat qui devrait légalement s'achever en décembre 2016.
La journée de samedi, date prévue de la manifestation constitue pour beaucoup, la journée de toutes les attentes mais aussi... celle de tous les dangers !
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