République démocratique du Congo : le signal de deux radios coupé, deux journalistes arrêtés

Des policiers patrouillent durant l’opération « Villes mortes », organisée par l’opposition pour protester contre le projet du président, Joseph Kabila, de rester au pouvoir au-delà du terme de son mandat, à Kinshasa, le 19 octobre.
RFI et Radio Okapi n’émettent plus depuis samedi. Lundi, les représentants d’une troisième radio ont été arrêtés pour avoir diffusé l’interview d’un opposant.

La coupure depuis samedi du signal de Radio France internationale (RFI) à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC) « n’est pas acceptable », a argué lundi 7 novembre la secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean, dans un entretien à l’Agence France-Presse (AFP) à New York. Elle a demandé au gouvernement congolais de revenir sur cette mesure « au nom de la liberté d’expression et de presse », s’en prenant à cette « espèce de silence forcé ».

Le signal de RFI, l’une des stations les plus écoutées en RDC, a été coupé au moment où l’opposition réunie autour d’Etienne Tshisekedi, projetait d’organiser un meeting populaire. Sa diffusion est souvent interrompue depuis deux ans les jours de manifestation contre le président, Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, et auquel la Constitution interdit de se représenter. Le rassemblement interdit samedi avait pour but de rappeler à M. Kabila que son mandat se termine le 20 décembre.
Jusqu’à lundi à 15 heures, il est néanmoins possible d’écouter la radio française à Kinshasa sur la fréquence de Brazzaville, la capitale de la République du Congo voisine.

Condamnation de Paris

Dans un contexte politique tendu en RDC, il faut « arriver à un consensus national », a expliqué Mme Jean. Or, « ce n’est pas en brouillant les ondes de certaines radios qu’on peut arriver à s’assurer d’un climat apaisé ». Radio Okapi, la station de l’Organisation des Nations unies (ONU) dans le pays, est elle aussi brouillée depuis samedi. Interrogé par l’AFP, le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, s’est refusé à tout commentaire. A Paris, le Quai d’Orsay a vivement condamné la décision prise par Kinshasa.
Dans un communiqué, Reporters sans frontières a déclaré : « Cette interruption des signaux des deux radios les plus écoutées du pays est très inquiétante. » L’ONG a demandé le rétablissement du signal « le plus rapidement possible » et enjoint à l’exécutif « de cesser ces atteintes à la liberté de l’information dans le pays ».
Pour l’ONG locale La Voix des sans-voix, la mesure prise par le gouvernement traduit sa volonté « de priver coûte que coûte la population de son droit à l’information en la maintenant dans l’obscurantisme, l’ignorance en ce qui concerne la gestion de la chose publique ».

« Attaques ciblées »

Par ailleurs, deux journalistes ont été arrêtés lundi matin dans le pays après avoir diffusé l’interview téléphonique d’un opposant. Le directeur général de Radio-Télévision Manika (RTMA)de Kolwezi, Gaston Mushid, et le directeur des programmes, Carton Kasong, ont été interpellés pour avoir donné la parole à Moïse Katumbi, a rapporté l’ONG de défense de la presse Journaliste en danger (JED). Dans la soirée, une source sécuritaire a confirmé leur détention à l’AFP.
Dans son rapport annuel 2016, publié mercredi, JED a dénoncé « la montée des attaques ciblées contre la presse » en RDC, pays qui occupe la 152e place du classement mondial établi par l’ONG Reporters sans frontières (RSF).

lemonde.fr