Riva Levinson : le 'joker' de Trump en Afrique ?

Depuis son engagement dans la course présidentielle, on l’a rarement vu évoquer l’Afrique. Nouvellement élu à la tête des Etats-Unis, Donald Trump aura besoin de renforcer le leadership américain dans le monde, en
Afrique en l’occurrence. Pour l’heure, son directeur de campagne, Paul Manafort, est pressenti au poste de Conseiller Afrique. Mais une autre personnalité, une femme, pourrait représenter un atout pour la politique africaine du nouveau président élu : K. Riva Levinson, « ancienne élève » de Manafort.
Qui constituera le prochain conseil Afrique de Donald Trump ? La question se pose désormais après l'élection de l'homme d'affaires milliardaire au poste de Président des Etats-Unis. Le Monde Afrique y pressent au poste de Conseiller, son directeur de campagne, Paul Manafort. Ce lobbyiste qui a particulièrement attiré l'attention des médias internationaux cet été après la publication le 1er juin 2016 de « Choosing my Hero : My Improbable Journey and the Rise of Africa's First Woman President », un livre de K. Riva Levinson, son ancienne collaboratrice de 1989 à 1997, au sein du cabinet de lobbying cofondé par Paul Manafort en 1980 : Black, Manafort, Stone and Kelly (BMS & K), devenue en 1996 BKSH & Associates.

A l'école de Manafort

Dans son livre qui est en fait un mémoire centré sur sa collaboration avec Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Libéria, Levinson raconte au premier chapitre comment BMS & K sous les commandes de Paul Manafort a joué le « spin doctor » pour plusieurs chefs d'Etats africains au caractère bien relevé. Il s'agit de Mobutu Sese Seko au Zaïre -actuelle RDC- Jonas Savimbi en Angola, Mohamed Siad Barre en Somalie, Ibrahim Babangida au Nigeria, Daniel Moi au Kenya, et Teodoro Obiang Nguema en Guinée équatoriale.
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Grâce à Paul Manafort, ces présidents africains ont pu redorer leur image, obtenir (souvent) la confiance des Etats-Unis et des entrées privilégiées auprès des hautes personnalités américaines, toujours selon les révélations de Levinson. Femme de main de Manafort, elle était un élément quasi-incontournable des missions du lobbyiste en Afrique, parfois au risque de sa vie comme à Mogadiscio en 1989. Elle avait tout juste 28 ans et elle débutait sa carrière.
Riva Levinson
A propos de son rôle de conseillère auprès d'Obiang Nguema en 1996, elle écrit : « Ce n'est pas ce que j'avais imaginé ou espéré faire [de ma carrière] que devenir l'accompagnatrice personnelle d'un homme fort d'Afrique, devant convaincre le monde que la démocratie avait pris place dans cet Etat minuscule, à la population appauvrie mais riche de ses ressources pétrolifères ».

Elle penchait pour une femme à la tête des USA...

Dans une tribune publiée sur The Hill en août, elle assure avoir prévenu « [son] ancien patron » avant la publication de son livre et du fait qu'il y était cité au premier chapitre. « Paul m'a répondu : ''Je trouve que l'apparition dans ton livre de fiction est tout à fait appropriée, comme je vis actuellement dans un monde imaginaire ! Bonne chance !'' », rapporte l'auteure qui a renvoyé un message au directeur de campagne de Trump pour lui dire : « Salut Paul, il ne s'agit pas d'un roman de fiction, c'est mon mémoire ». A cela, Manafort n'a pas donné de suite et n'y aurait jamais réagi.
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Pendant la campagne présidentielle, K. Riva Levinson n'a pas directement déclaré son soutien à un candidat en particulier, mais au regard de ses tweets, elle semblait pencher pour une femme à la tête ses Etats-Unis. D'ailleurs après la sortie de son livre, elle conseille à Hillary Clinton de le lire pour voir comment Ellen Johnson Sirleaf, dont elle a été la conseillère « pendant de longues années », est devenue la premier femme président de la République en Afrique.

...n'empêche, Trump pourrait recourir à ses services

Alors que Donald Trump rompait avec tous consensus pendant sa campagne électorale, son discours d'après élection est fort empreint de réconciliation. Il a même appelé tous les Américains à travailler main dans la main pour faire avancer leur pays. Et si dans la foulée, Paul Manafort -lui qui était tant convaincu de la victoire de Donald Trump qu'il la proclamait depuis des mois- devient son conseiller Afrique, il ne serait étonnant que ce lobbyiste recourt aux services de son ancienne collaboratrice.

Lobbyiste aux multiples entrées

Et pour cause, K. Reva Levinson est aujourd'hui patronne de son propre cabinet de lobbying, KRL International. Diplômée en économie et affaires internationales de la Tufts University et en sécurité de la Georgetown University, elle surfe sur plusieurs domaines  d'expertise. Outre le lobbying, elle maîtrise les communications stratégiques et de positionnement, les relations gouvernementales, l'entrée et l'expansion des marchés... Et la quinquagénaire, encore pleine d'énergie, a su utiliser ses années d'expérience au service de BMS & K et plus tard de BKSH & Associates (devenu à son tour Policy Group Premier en 2010), dont elle a assuré la direction général et la gestion internationale avant de fonder son cabinet. Ce qui lui a permis de multiplier ses cordages en Afrique. Outre Ellen Johnson Sirleaf du Libéria, elle est également proche de Joyce Banda, président du Malawi, et jouit d'entrées en RDC, au Ghana, au Cameroun et dans plusieurs autres pays africains.
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De plus, son cabinet est partenaire de plusieurs firmes africaines dont le cabinet Africa Practise, présent notamment au Zimbabwe, en Tanzanie, au Ghana, Nigéria, Afrique du Sud et Kenya. Par ailleurs, KRL International est également membre actif du Corporate Council on Africa (CCA), une association commerciale qui met l'accent sur les échanges commerciaux entre les Etats-Unis et l'Afrique.
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