Trump ou Clinton ? Pourquoi le recomptage des voix ne changera rien

L'ambiance aux Etats-Unis ce 8 novembre, jour-clé où les Américains votent pour choisir entre la démocrate Hillary Clinton et le républicain Donald Trump comme prochain président. Ici, Hillary Clinton dans l'isoloir au bureau de vote installé dans l'école Douglas G. Griffin School de Chappaqua, dans l'Etat de New York, le 8 novembre.
D'un point de vue statistique, le recomptage des voix a très peu de chance d'aboutir à une annulation de l'élection de Trump au profit de Clinton.

Une vingtaine de jours après l'élection de Donald Trump, l'Amérique démocrate fantasme sur un recomptage des voix. A l'origine de cette revendication, la candidate écologiste Jill Stein, qui invoque "des anomalies statistiques qui soulèvent des inquiétudes". L'égérie du Green Party a été rejointe par l'équipe d'Hillary Clinton pour s'assurer que le scrutin s'est déroulé de façon juste dans trois Etats en particulier : le Wisconsin, la Pennsylvanie et le Michigan.
Ces trois Etats, Donald Trump les a remportés avec des marges relativement faibles. 20.000 voix dans le Wisconsin, 70.000 en Pennsylvanie et seulement 10.000 dans le Michigan. Or, si Hillary Clinton avait raflé la mise dans ces Etats, elle serait aujourd'hui à la place de son ancien rival. Voilà pour le contexte.
Jill Stein et l'équipe de Clinton pourraient réunir suffisamment de fonds pour recompter les voix dans les trois Etats ciblés, et cela n'aurait rien d'inédit. Des élections aux Etats-Unis ont déjà été soumises à un recomptage des suffrages. Que disent les statistiques à ce sujet ?
3 scrutins modifiés sur 4.687
Entre 2000 et 2015, selon le site FairVote.org, 27 scrutins d'Etat (statewide elections) sur 4.687 ont été recomptés. Sur ces 27 recomptages, trois seulement ont abouti à un changement de résultat. A chaque fois, un démocrate en a profité. Mais il est peu probable que ce soit le cas pour Clinton en 2016.
Sur les 27 recomptages, le revirement moyen observé est de 282 votes. Un chiffre bien loin des quelques milliers de voix d'avance dont jouit Trump aujourd'hui. Même si l'on raisonne en pourcentage - ce qui est plus pertinent puisque la participation à la présidentielle de 2016 a été largement supérieure à d'autres scrutins -, les statistiques restent implacables. Le revirement moyen concerne 0,2% des suffrages. Comme le note le site de référence en statistiques FiveThirtyEight, cela ferait basculer uniquement le Michigan en faveur de Clinton, qui n'atteindrait toujours pas la barre des 270 grands électeurs.
Mark Elias, un conseiller de la campagne démocrate s'est exprimé à ce propos. Il ne se fait guère d'illusions :
"On agit ainsi [on recompte les voix, NDLR] tout en sachant que le nombre de votes séparant Donald Trump et Hillary Clinton dans l'Etat le plus serré, le Michigan, est largement supérieur au plus grand revirement observé après un recomptage."
C'était déjà lors d'une élection présidentielle, en 2000, lorsque la victoire de George W. Bush face à Al Gore avait été vivement contestée. Le recomptage des voix en Floride avait octroyé 1.247 votes en plus au candidat démocrate. Un résultat alors insuffisant pour faire basculer l'élection.
Il existe néanmoins une différence majeure entre 2000 et 2016 : l'utilisation de machines électroniques pour voter. L'argument avancé par ceux qui veulent recompter les voix est que ces machines auraient pu être piratées pour influencer le résultat de l'élection. Reste que l'existence d'une telle tricherie serait tout sauf évidente à prouver. Et surtout qu'il n'y a visiblement aucun lien entre les bureaux de vote utilisant des machines et les performances de Trump.
Jérémy Hébras