A trop être frustrés, clochardisés, les artistes au Cameroun ont même fini par perdre conscience de ce qu'ils représentent...

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LES REVERS DE LA MEDAILLE...CHARLOTTE DIPANDA, LES GROUPES MACASE ET X-MALEYA... ONT UN TALENT FOU, NOUS LE DECLAMONS TOUS LES JOURS. MAIS LEUR ATTRIBUER LA MEME MEDAILLE QUE TOTO GUILLAUME, ANDRE-MARIE TALLA, DANIEL NDO, DIKONGUE PIPA, DANIEL KAMWA, DE GRANDES FIGURES DE L'HISTOIRE DE NOTRE ART, LE NGONDO, LE NGOUON, CHEVALIER DE L'ORDRE DE LA VALEUR, ET AVANT CHARLES LEMBE, SAM FAN THOMAS, DOULEUR ET BIEN D'AUTRES MONSTRES SACRES EST UNE HERESIE ! Ils ont la médaille mais ont-il l'honneur ? A trop avoir frustré, clochardisé et instrumentalisé les artistes au Cameroun, on a fini par leur faire tout accepter, gober tous les mélanges de genre. Ils ont même fini par perdre conscience de ce qu'ils représentent.
C'est à des doyens comme Manu Dibango de le redire de manière ferme au ministre de la Culture et au chef de l'Etat ! Etre témoin de toutes ces choses sans rien dire est une faute majeure ! Sans la liberté de blâmer, dit l'adage, point d'éloge flatteur. Charles Lembé dans son réquisitoire sur la nature humaine, sens de la célèbre chanson " Mot'a Benama ", n'aurait pas, sous les terrasses de Saint Germain des Prés, où il illuminait son monde dans les années 60 aux côtés de Johnny Hallyday, autre sociétaire de sa maison de disque, dit le contraire. Blâmer les incongruités, les petits arrangements avec la vérité, l'histoire de l'art et le patrimoine dans notre pays. Sans cela, au ministère de la Culture, comme on prépare le plantain malaxé, on mêlera éternellement tout, on flattera les plus avenants et les plus accommodants avec le système. On refusera aussi de choisir et de hiérarchiser, tel que le fredonne Toto Guillaume dans son retentissant tube, entre la profondeur et l'écho de l'Elimbi, le tam-tam et le rythme trépidant du tambour. Ou encore quand il évoque l'échelle des Monts Koupé, Manengouba, Nlonako, dans le Moungo, le département de Charlotte Dipanda, talent du pays Bakaka.
Oui, comme d'autres, dans un texte intitulé " Les oubliés de la médaille ", il y'a deux ans, suscitant remous et passions, je m'interrogeais sur cette logique bien de chez nous, qui prime l'entrisme, les yeux doux au Président et aux pontes et les salamalecs à la Première Dame, plutôt que le génie, le talent et la virtuosité consacrée de toutes ces figures, pionnières et emblématiques qui ont construit et épaissi l'histoire de notre culture et de la musique camerounaise. Songez qu'à la rédaction de ce texte, Nelle Eyoum, le fondateur du makossa, rythme majeur d'Afrique, dont la réputation est devenue mondiale, était mort dans l'oubli et le dénuement. Et qu'aucune stèle, événement et acte de reconnaissance officiel n'existaient pour lui témoigner comme sous d'autres cieux, ou encore à l'exemple des noms de baptême de nos rues et de nos monuments pour des figures étrangères, la reconnaissance d'une nation dont le nom à l'extérieur se confond souvent avec football et musique. Pensez que Ebanda Manfred, l'auteur d'Amio, popularisé par Bebe Manga en 1980, titre africain le plus repris dans le monde, n'avait jamais eu la moindre faveur officielle. Ou tout aussi, Messi Martin, fondateur du Bikutsi moderne, dont le rayonnement a depuis franchi les frontières de la forêt du Sud-Cameroun ou les sommets du Mont Fako. Pensons, qu'à la rédaction de ce cri du cœur, Sergeo Polo, habitué des concerts du Cerac au Palais de l'Unité, nourri au lait des reprises en cabaret, sur des albums de pot-pourri et des concerts scolaires, par l'épopée des Black Styl, le célèbre groupe de Nkotti François, Emile Kangué, Toto Guillaume, du makossa des Douleur, Decca, Dina Bell, étaient doublement médaillé et qu'aucun des ces virtuoses n'avaient reçu distinction officielle !Imaginons, qu'à la rédaction de ce plaidoyer, André-Marie Talla, virtuose reconnu, plagié par James Brown, inventeur de rythmes, tel le Tchamassi, précurseur de la variété camerounaise, cette tradition où l'on mêle dans un album, plusieurs styles locaux ( Makossa, bikutsi, rythmes traditionnels ) et révélation des Fleurs musicales du Cameroun, n'avait pas encore reçu de médaille, alors même que la charmante Lady Ponce, bien plus introduite dans les réseaux de la République, rayonnait de se médaille.
Aujourd'hui, montrant de la bonne volonté, le ministre de la Culture a choisi, comme pour les mariages collectifs, de rattraper après des années d’errements, d'amnésie et de mafia consacrée, de primer à la pelle, le tout venant comme les talents en émergence et des figures emblématiques. Trop de frustrations, on le comprend couvaient, et c'est le sens de toutes les interpellations faites par les hommes de culture et de médias. Mais la démarche malgré le sourire convenu et l'émotion des récipiendaires est sujette à caution. Résultat sur la longue liste, on retrouve des absurdités et de navrantes maladresses.
Qui peut bien comprendre pour ne citer qu'un exemple révélateur parmi tant d'autres que des célébrations anciennes, aux symboles puissants comme les fêtes du Ngondo, une des composantes de l'âme du peuple Sawa et le Ngouon, témoin de cinq siècles d'histoire Bamoun, soient distinguées dans la même catégorie que le groupe Macase ou X-Maleya ?
Qui peut raisonnablement admettre qu'un grand bonhomme comme Toto Guillaume, virtuose précoce, courtisé dans son plus jeune âge par de grands maisons de disque internationales dans les années, arrangeur et producteur de plus des deux tiers des grands succès du makossa des années 80 et 90 soit sur la même échelle que Charlotte Dipanda ?
Qui sinon, des gens qui rendent de mauvais services à une telle jeune artiste, en courant le risque de relativiser les parcours, les talents et les symboles ?
De quoi cela tient-il ? D'une absence de culture, d'évaluation sérieuse, d'investigation en profondeur ou de cadre normatif serti dans le marbre de nos politiques publiques ? C'est un peu cela, une hiérarchie des valeurs mystérieuse, des choix obscurs, des logiques qui malgré le talent incontestable et le succès de jeunes pousses de la musique camerounaise est souvent un affront à la trajectoire, à la contribution décisive et à l'apport majeur de grands artistes à notre patrimoine. Si la valeur n'attend point le nombre d'années, il ne faut pas lui perdre son âme !