Cameroun : de la révérence devant Biya à l’irrévérence du #BidoungChallenge

A-t-il mal dosé la déférence, lorsqu’il a salué le président Biya ? Depuis vendredi, le ministre camerounais des Sports a créé le buzz et suscité toutes sortes de parodies… 

Assiste-t-on à une tempête moqueuse dans un verre d’eau ou à la saine dénonciation d’un zèle protocolaire ? C’est une posture sportive que le ministre camerounais des Sports a offerte en pâture aux plus espiègles de ses compatriotes. Le 9 décembre, Paul Biya reçoit l’équipe nationale féminine de football qui vient juste de participer à la finale de la 10e Coupe d’Afrique des nations (CAN). Fier de ces résultats, Pierre Ismaël Bidoung Kpwatt, en charge du maroquin de l’Éducation physique, vient saluer le premier des Camerounais avec une déférence particulièrement démonstrative.
Le ministre s’immobilise à un mètre du chef de l’Etat, projette son buste presque à l’horizontal, regarde le sol comme un comédien qui salue au théâtre et déploie un bras quasi-télescopique pour atteindre la paume présidentielle. Alors inconscient de sa gymnastique spectaculaire et du fait que toute image publique est aujourd’hui décortiquée sur le web, le membre du gouvernement ne voit pas poindre le buzz. Sur Internet, sa salutation est qualifiée de « courbette », on la trouve outrancière puis on en rit, au point de la détourner, comme on parodia abondamment la chute de Robert Mugabe au sommet éthiopien de février dernier…
Un #BidoungChallenge pour se bidonner
Sur une fausse reconstitution de la poignée de main, un internaute se courbe à ce point qu’il saisit le bout de la chaussure de son hôte. Sur un autre pastiche, c’est au sommet d’une porte que se trouve le simili-président. Dans une troisième interprétation, c’est un berger allemand que salue un homme totalement allongé sur le sol. Comme si la raillerie ne suffisait pas, la satire se décline en mode « challenge », comme le « défi du seau d’eau glacée » (#IceBucketChallenge) auquel même Donald Trump se prêta. Voici donc venu le temps du #BidoungChallenge ou du #CourberDosChallenge, l’enjeu étant de proposer des révérences toujours plus loufoques et acrobatiques.
« Faut pas fâcher », dirait un Ivoirien conscient que la vie politique africaine n’a pas décapité ses rois et que les serviteurs de l’État sont toujours un peu considéré comme des chefs traditionnels à la légitimité plus ou moins divine. Bien que moins spectaculaires que la salutation pompière du ministre camerounais des Sports, les génuflexions et les courbettes de hauts responsables sont légion, en Afrique subsaharienne, quand il s’agit d’être reçu par le chef de l’État. Que celui qui ne s’est jamais courbé jette le premier pastiche…
Jeune Afrique