Vidéo: Il y a 39 ans jour pour jour que Bokassa se proclamait Empereur de la Centrafrique

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C’était un dimanche comme aujourd’hui, c’était également un 4 décembre tout comme ce jour, Jean Bedel Bokassa précédemment chef de l’état de la Centrafrique se proclamait premier Empereur de Centrafrique.
 Ce 4 décembre 1977, les yeux du monde entier se tournaient vers ce pays de l’Afrique centrale qui devenait désormais une monarchie.
Plus de cinq cents journalistes venus des quatre coins du monde avaient pris d’assaut les rives de l’Oubangui pour couvrir « l’un des plus grands événements du XXe siècle ». Tous étaient présents pour l’un des sacres qui aujourd’hui apparaît comme étant le sacre le plus ridicule de l’histoire.  Dans un palais omnisports de Bangui entièrement drapé de rouge.
Cinq mille invités en tenue d’apparat attendent Jean-Bedel Bokassa. Un trône a été construit à son image : mégalomaniaque. Un aigle aux ailes déployées dans le soleil, emblème de l’empire… Près de 3 tonnes de bronze doré, 3,10 m de haut et 4,20 m d’envergure… Un décor digne de Cinecitta.

Un manteau de huit mètres de long et 785 000 perles…

L’entrée dans l’arène du désormais empereur de la Centrafrique fût majestueuse. Il revêtait un improbable manteau : 8 m de long, 785 000 perles, 1,3 million de boules de cristal et d’or… L’épée, la ceinture, le sceptre : rien n’est oublié. Jean Bedel Bokassa était coiffé d’une couronne impériale, une inestimable pièce réalisée par le joaillier français Arthus-Bertrand et sertie des plus belles pierres du pays. La plus grosse de ces pierres fait 58 carats. Vive l’empereur !
Un sacre napoléonien
La cérémonie est calquée sur l’époque napoléonienne. Bokassa, ce caporal de l’ancienne armée française a longtemps rêvé de vivre comme le roi Napoléon. Même la date de la cérémonie, le 4 décembre, se veut l’écho de ce 2 décembre 1804 qui vit le sacre de Napoléon Ier en la cathédrale Notre-Dame de Paris. C’est à la cathédrale Saint-Paul de Bangui que Bokassa Ier, lui, se rendra en carrosse pour entendre la messe en latin. Le soir venu, lors du banquet, le « sang du christ » coulera à flots : 40 000 bouteilles des meilleurs crus d’Alsace, de Bourgogne et de Bordeaux, 24 000 bouteilles de champagne…

40 000 bouteilles des meilleurs crus d’Alsace, de Bourgogne et de Bordeaux.

Du haut de ses 57 ans, Jean-Bedel Bokassa peut enfin croire qu’il a touché le sommet de sa vie. L’ascension aura duré douze ans. Le 1er janvier 1966, moins de deux ans après être rentré au pays, le colonel Jean-Bedel Bokassa renverse David Dacko, premier président de la République centrafricaine, et s’empare du pouvoir. De tous les pouvoirs. En 1972, il s’établit  « président à vie » de la Centrafrique. Deux ans plus tard, il est promu maréchal. Le 4 décembre 1976 enfin, à l’issue d’un congrès extraordinaire du Mouvement pour l’évolution sociale en Afrique noire (MESAN), le parti unique auquel tous les Centrafricains âgés de plus de 18 ans sont contraints d’adhérer, l’empire est officiellement proclamé. Un an plus tard, Bokassa Ier est sacré.

Plus de 7 milliards de francs CFA

Le montant de la facture du sacre de Jean Bedel Bokassa? entendez 7 milliards de F CFA de l’époque (près de 140 millions de francs français), soit le cinquième du budget annuel de l’empire. Un empire qui, en 1976, accusait un déficit de près de 2 milliards de F CFA. Un empire dont les sujets manquaient de tout. Interrogé par Alain Duhamel et Jean-Pierre Elkabbach, deux journalistes français venus l’interviewer à la veille du sacre, Bokassa avait répondu : « On ne peut pas créer une grande histoire sans sacrifices. » Des sacrifices, les Centrafricains en consentirent donc : taxes, nouveaux impôts, dons obligatoires… Bien sûr, leur « générosité » ne devait rien à leur passion pour le dictateur !
« On ne peut pas créer une grande histoire sans sacrifices. » dixit Jean-Bedel Bokassa
Le reste, c’est-à-dire l’essentiel, fut généreusement fourni par la France de Valéry Giscard d’Estaing, que Bokassa appelait son « cher parent » et qui finira par le lâcher. En septembre 1979, les troupes françaises débarquèrent à Bangui pour renverser « l’empereur », en visite officielle en Libye.
Reste que le ridicule de ce grand barnum du 4 décembre laisse dans la bouche un goût de cendre. Pourquoi, moins de vingt ans après la décolonisation, le chef de l’État français – et ceux des pays africains, d’ailleurs -, tout en se gardant d’honorer personnellement l’invitation, a-t-il laissé Bokassa donner de l’Afrique une image aussi pitoyable ?
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