CAN 2017: Bienvenue au royaume d’Issa Hayatou, le Sepp Blatter africain au pouvoir depuis 28 ans.candidat à un 8e mandat à la tête de la CAF

Issa Hayatou sait faire le vide autour de lui.
Le Camerounais Issa Hayatou, président de la Confédération africaine de football (CAF) depuis 1988, est candidat à un 8e mandat à la tête de l'instance pour la période 2017-2021, a annoncé la CAF vendredi à
Libreville.
Agé de 70 ans, Hayatou aura un seul rival pour cette élection prévue le mars: Ahmad, le président de la Fédération malgache.
Cette annonce intervient à la veille du lancement de la Coupe d'Afrique des Nations 2017 organisée au Gabon.
FOOTBALL Président de la Confédération africaine depuis 28 ans, le Camerounais a survécu à toutes les affaires qui ont touché les hauts dirigeants de la Fifa…
Si l’on mesure la puissance d’un homme à la frilosité des gens qui veulent bien en parler, même pour en dire du bien, Issa Hayatou, le président éternel de la Confédération africaine de football (Caf), est un homme très puissant. Ce n’est pas faute d’avoir mouillé le maillot. Un ancien sélectionneur du Cameroun, où Hayatou a commencé sa brillante carrière, a ignoré nos appels. Un ancien joueur cadre des Lions Indomptables a bien réfléchi avant de raccrocher : « Nous ne sommes pas en guerre, mais je n’ai pas envie de parler de M.Hayatou, c’est compliqué ». Même en off ? « Même en off ». Pas plus de chance du côté de Jean-Claude Darmon, l’ex-grand argentier du football français, qui avait financé sa campagne (perdue) pour prendre la Fifa par les cornes en 2002. Et on vous passe les moins connus.
Issa Hayatou et ses multiples casquettes.
Issa Hayatou et ses multiples casquettes. - Infographie Jeune Afrique
Non que le grand homme soit un ennemi de la critique à proprement parler. Il lui arrive de bouder un peu quand un papier ne le caresse pas dans le sens du poil, mais ça ne dure jamais (très) longtemps, et il n’empêche personne de travailler, racontent des confrères habitués à le côtoyer, lui ou son entourage. La preuve qu’il touche encore terre, en dépit d’une collection de titres à faire pleurer de jalousie les plus grands aristocrates de notre monde : président de la Caf depuis 1988, membre honoraire du CIO, membre de la commission stratégique de la Fifa, membre de la commission de développement de la Fifa, membre du comité exécutif de la Fifa, président de la commission des finances de la Fifa, et même président par intérim de la Fifa dans son ensemble, l’an passé, quand Blatter et Platini ont été envoyés à l’échafaud à la queue leu leu.
Une consécration – provisoire- parfois mal vécue en interne, où certains se demandent comment Issa Hayatou a survécu à la purge. « C’est simple, on parle d’un homme droit et intègre qui ne doit rien à personne, explique Eric Durand, ami personnel d’Hayatou et patron de l’Ifap, une agence marketing qui s’occupe de commercialiser les droits de plusieurs compétitions africaines. S’il avait quelque chose à se reprocher, il ne serait plus là, comme Blatter ou Platini ». Aucune affaire ne le fait vaciller, pas même le versement de 1,8 millions d’euros du Qatar à la Caf en 2010 « pour pouvoir exposer leur projet » de candidature au Mondial 2022. Les mots sont de Hayatou lui-même, sûr de lui quand il répond à l’hebdomadaire Jeune Afrique : « Nous n’avons pas demandé au Qatar de le faire. Il nous l’a proposé. J’ai convoqué immédiatement après le comité exécutif de la Caf pour dire que ce qui s’était passé ne nous engageait en rien. Je n’ai donné aucune consigne, et chacun a voté en son âme et conscience ».
Issa Hayatou a survécu à Blatter et Platini.
Issa Hayatou a survécu à Blatter et Platini. - Laszlo Beliczay/AP/SIPA
Ses défenseurs ajoutent qu’Hayatou est incorruptible : il est né prince à Garoua, un de ses frères a été brièvement premier ministre du Cameroun, et l’argent n’est pas un moteur pour lui. Ses détracteurs préfèrent pointer ses difficultés avec l’alternance. S’abritant derrière les nouvelles règles de la Fifa, Hayatou a fait sauter la limite d’âge qui aurait dû l’envoyer à la retraite. Malgré une transplantation rénale dont il portait encore les stigmates récemment ( les internets ont bien ri de le voir s’endormir lors d’un Congrès de la Fifa), il vient d'annoncer qu'il présentait pour un huitième mandat dans quelques mois. « Je ne comprends pas trop pourquoi il se représente, surtout s’il est malade, s’interroge Kaba Diawara, ancien attaquant du PSG désormais consultant pour Canal + Afrique. Il est légitime, mais est-ce qu’il a vraiment fait avancer le foot dans le continent ? On est la plus grosse confédération (54 pays) et on a toujours que cinq pays à la Coupe du monde ».
Une injustice qui ne devrait pas durer avec le passage du Mondial à 48 pays à partir de 2026. La mesure va grandement favoriser l’Afrique, et Hayatou n’y est sans doute pas pour rien, lui qui avait déjà contribué avec Blatter à l’organisation de la première Coupe du monde sur le sol africain, en 2006. « Quand on voit tout ce qu’il a fait pour le football africain, c’est exceptionnel, s’emballe Eric Durand. Gérer autant de fédérations, c’est très complexe, et ça fait 30 ans qu’il y arrive. C’est un monstre, un leader extraordinaire ». Un leader aux accents autoritaires quand on touche à sa CAN. Après la fusillade du bus de la délégation togolaise à Cabinda en 2010, au cours de laquelle deux membres du staff togolais avaient perdu la vie et entraîné le retour au pays de toute l’équipe, la CAF avait décidé… de suspendre le Togo pour les deux éditions suivantes de la compétition !
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Pire que ça, Hayatou n’avait pas daigné prendre des nouvelles de Kodjovi Obilalé, gravement touché et miraculé de la catastrophe. « Pas un coup de téléphone, pas un geste, rien. Je l’ai en travers de la gorge, déplore aujourd’hui l’intéressé, qui a raconté son histoire dans Un destin foudroyé (Talent Sport). La Fifa a payé une partie de mes frais médicaux, mais la Caf n’a pas versé un centime. Je me souviens avoir participé à une émission spéciale de RFI depuis mon lit d’hôpital. Hayatou était invité, et je n’avais pas pu l’interpeller une seule fois. Au-delà de mon cas personnel, ce qui a été fait au Togo après, la suspension pour deux éditions, on a trouvé ça dégueulasse ». Un avis partagé par beaucoup d’opposants au président Gabonais Ali Bongo, qui a hérité de sa deuxième CAN en cinq ans malgré les émeutes suscitées par sa réélection discutable l’été dernier. Le genre de détails dont a appris à ne pas se formaliser Issa Hayatou.
avec 20minutes.fr