Les Tchadiens paient le prix de la crise

Les Tchadiens paient le prix de la crise

Le Tchad continue de s'enfoncer dans la crise économique. En deux ans, les cours du pétrole ont été divisés par deux. Les
pertes sont colossales pour le pays puisque l'or noir représente 95% de ses recettes. Aujourd'hui, les cours remontent mais pas suffisamment pour redresser la barre. La semaine dernière, le président Idriss Déby s'est exprimé à deux reprises sur la question : lors de ses vœux à la nation, et durant un point presse quelques jours plus tôt. Pour le président, il n'y a qu'une solution : les Tchadiens doivent se serrer la ceinture.

Les Tchadiens auraient perdu la tête. Dopés par les pétrodollars qui inondaient l'économie, ils en auraient oublié la valeur réelle des choses. Il va donc falloir remettre les points sur les « i », d'après Idriss Déby qui s’exprimait lors d’un point presse le 26 décembre, surtout pour les fonctionnaires en grève depuis trois mois. « Aujourd'hui, le salaire mensuel des fonctionnaires et des institutions représente pas loin de 50 milliards de francs CFA (environ 76 millions d’euros) par mois. Les ressources annuelles du Tchad ne peuvent pas payer quatre mois de salaire. Des pays comme le Cameroun, qui a quand même un fondement économique assez solide, pas comme le Tchad, allez donc demander quel est le salaire des fonctionnaires là-bas. Même le SMIC au Cameroun se situe autour de 37 000 francs CFA (56 euros), les Tchadiens sont à 60 000 (90 euros). Les mesures qui devraient suivre seraient de redescendre notre SMIC à 30 000 francs CFA (46 euros). Ça va faire mal encore. Ça va chatouiller. »
« Emplois fictifs »
D'après le président tchadien, la masse salariale de la fonction publique a été multipliée par six en quinze ans. La faute au gouvernement selon les syndicats, qui aurait acheté la paix sociale à travers des créations de postes dans la fonction publique.
« C'est le gouvernement lui-même qui a augmenté le niveau des salaires, s’indigne Gounou Vaima, secrétaire général de l'Union des syndicats du Tchad. Il y a des gens qui gagnent double ou triple salaire, qui se disent fonctionnaires alors qu'ils ne sont pas là. C'est notamment le cas de ceux qui sont arrivés grâce à des accords militaires. Ils n'ont aucun diplôme mais on les accepte en leur accordant en prime un double salaire. Ce sont des fonctionnaires fictifs. La masse salariale de la fonction publique va tomber si l'on dégage tous ceux qui n'ont pas le droit à ces salaires. Il y a des pays autour du Tchad qui n'ont pas de pétrole et qui survivent. Le Tchad aurait dû savoir gérer l'argent du pétrole quand il y en avait. »
Diversification manquée
Parmi les mesures annoncées, Idriss Déby entend aussi interdire aux sociétés étrangères installées au Tchad de rapatrier leurs bénéfices. Elles devront également réinvestir dans l’économie locale une partie de leurs revenus. L’objectif est ainsi de stimuler d'autres secteurs de l'économie mais ces initiatives arrivent un peu tard.
« Le Tchad a eu une opportunité unique de faire des rentrées importantes de ressources grâce à l'exploitation du pétrole, explique le Docteur Antoine Doudjidingao, économiste à l'université de Ndjamena. Ces ressources auraient pu être investies dans les secteurs productifs. Mais comme toutes les économies de rente, ce n’est pas ce qu’a fait le pays. Aujourd'hui il est question de mettre l'accent sur un certain nombre de filières porteuses comme la gomme arabique, l'arachide, le riz, le maïs, le karité... ça ne sera pas facile maintenant que les ressources se font rares alors que les besoins sociaux continuent à s'accroître. »
D'après le Fonds monétaire international (FMI), le déficit budgétaire tchadien est passé de 9 à 12,5% du produit intérieur brut (PIB), en un an.
RFI