Un ancien ministre de l'Intérieur de Gambie interpellé en Suisse

L’ex-président gambien Yahya Jammeh salue ses partisans avant d’entrer à bord de l’avion en destination de la Guinée équatoriale, à l’aéroport de Banjul, Gambie, 21 janvier.
Ousman Sonko, ancien ministre de l'Intérieur de Gambie, a été interpellé jeudi en Suisse. Il est soupçonné de torture et exécutions sous le régime de l'ex-président gambien Yahya Jammeh.

"Il a été interpellé. Il sera entendu prochainement", a indiqué à l'AFP le porte-parole du procureur du canton de Berne, Amaël Gschwind.
L'opération de police s'est déroulée dans la région de la capitale suisse (centre), où Ousman Sonko a déposé une demande d'asile en novembre dernier, soit près de deux mois après avoir été limogé de son poste de ministre qu'il occupait depuis 2006. En septembre dernier, M. Sonko avait également tenté d'obtenir l'asile en Suède, quelques jours après son limogeage.
Son interpellation en Suisse fait suite à une "dénonciation pénale" déposée par l'organisation non gouvernementale Trial International, basée à Genève et luttant contre l'impunité dans le monde.
"En tant que responsable des lieux de détentions, M. Sonko ne pouvait ignorer les tortures qui s'y pratiquaient à grande échelle contre les dissidents politiques, journalistes et défenseurs des droits humains", a déclaré Bénédict de Moerloose, responsable du Département Droit pénal et enquêtes de l'ONG.
Selon Trial International, M. Sonko est entré sur le territoire suisse le 10 novembre 2016.
Le Secrétariat d'Etat aux migrations a confirmé jeudi à l'AFP avoir reçu une demande d'asile.
Avant de diriger le ministère de l'Intérieur, Ousman Sonko occupait le poste d'inspecteur général de la police gambienne. Et avant ça, il était commandant du premier bataillon d'infanterie de l'armée gambienne.
La Gambie, petit pays anglophone totalement enclavé dans le Sénégal, à l'exception d'une étroite façade côtière prisée des touristes, a été dirigée d'une main de fer pendant 22 ans par Yahya Jammeh, un ancien militaire.
Son régime a été accusé par des ONG et le département d'Etat américain de disparitions forcées et de harcèlement de la presse et des défenseurs des droits humains, accusations qu'il a rejetées régulièrement.
Vainqueur de l'élection présidentielle du 1er décembre face à M. Jammeh - qui avait initialement reconnu sa défaite avant de se raviser le 9 décembre -, le nouveau chef de l'Etat gambien, Adama Barrow, a prêté serment le 19 janvier à l'ambassade de Gambie à Dakar.
M. Barrow a en effet été accueilli le 15 janvier dans la capitale sénégalaise à la demande de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), qui craignait pour lui tant que M. Jammeh était en place.
Peu après, la Cédéao a lancé une opération militaire pour forcer au départ M. Jammeh, qui a finalement quitté le pays le 21 janvier à la suite d'une ultime médiation pour être accueilli par la Guinée équatoriale.
M. Barrow était attendu jeudi dans son pays, afin de mettre un terme à six semaines d'une crise à rebondissements.
VOA