Crise Anglophone:FRANCOPHONES, OUVREZ VOS CAHIERS D’ÉCOLIER."Il y a un journaliste, Jean-Jacques Ze, qui les a traites de 'rats', et ce n'est pas le plus vil. Ils etaient discredites par les Owona Nguini Mathias Eric,......on aura tout vu dans ce pays capture!"

Il y a un journaliste, Jean-Jacques Ze, qui les a traites de 'rats', et ce n'est pas le plus vil. Ils etaient discredites par les Owona Nguini Mathias Eric, enseignant dans une universite bilingue; ils etaient
insultes, ils etaient traites de tous les noms, dont 'terroristes'; et surtout il y'en a, mode bien francophone celle-la, qui voulaient leur enseigner la politique, l'activisme, et meme la vie en republique, c'est-a-dire la citoyennete! Le cancre qui veut enseigner le cours a son professeur, on aura tout vu dans ce pays capture! C'est que la fronde qui a commence en octobre 2016, a encore score 100% de suivi des Villes mortes aujourd'hui - et nous sommes le 30 janvier 2017. Ca fait donc effectivement quatre (4!) mois de mouvement de protestation. On ne peut pas parler ici de 'soulevement populaire', ni donc d''insurrection', expressions que des Francophones qui font des reves erotiques ou des cauchemars devant les experiences tunisienne, egyptienne, burkinabe, etc., aiment utiliser.
Mouvement extraordinaire, historique, je dois le dire, comme notre pays n'en a jamais connu depuis 1884, depuis sa creation, et c'est-a-dire que nous sommes ici en train de vivre ce que c'est que le premier mouvement non-violent de notre pays. Il est si exemplaire, ce mouvement, qu'il a laisse les sous-prefets au chomage. Que feront-ils donc des cachets, des tampons avec lesquels ils interdisaient toujours les 'manifestations publiques'? Qui aurait cru que la meilleure maniere d'empecher que des gens ne soient tues par le BIR pour avoir manifeste pour leurs droits, c'est de leur demander tout simplement de ne pas sortir pour manifester? Qui aurait cru que la meilleure maniere de faire les gens montrer leur force, ce n'est pas de mettre cent mille personnes dans un Tahir Square, sinon meme a Ongola, mais tout simplement de leur demander de rester a la maison lundi et mardi? Extraordinaires Anglophones!
De toute sa carriere intellectuelle, combien de fois notre sabitou international, Achille Mbembe a-t-il reconnu qu'il avait tord en quoi que ce soit? Et pourtant eh oui, Achille Mbembe qui il y a quelques temps trouvait que les Camerounais 's'ensauvagent', qui sous sa plume en 2005 ridiculisait les Anglophones qu'il classait en trois groupes d'activistes tous les trois ecerveles, et qui d'ailleurs conseillait au tyran d'user sa force de frappe contre 'l'ennemi naturel' de notre pays que serait le Nigeria, pays qui donne pourtant une arriere naturelle a toute force de changement chez nous depuis 1940, eh bien Achille Mbembe s'est retrouve il y a quelques jours a leur reconnaitre cette force qu'ils ont - de faire l'histoire, que lui, historien et theoricien, analyse seulement. Et factum est dominus.
La raison a prevalu, la realite du peuple camerounais, et le theoricien africain des etudes postcoloniales de se casser les dents devant la realite en colonie francophone. Pour parler de changement de cap, en voila bien un, devant l'evidence de la grandeur d'un peuple tacticien. De temps en temps, je lis encore des aines intermediaires, doctes dans la pedagogie verbale, qui nous disent que les Anglophones doivent apprendre des choses de la revolution de Che Guevara, comme si le desastre congolais du Che apres la revolution cubaine armee, comme si ce desastre vecu si proche de chez nous et documente, n'etait pas lecon suffisante, et j'en lis, qui avouant que les Anglophones ont gagne, leur demandent de baisser les bras, comme si leurs leaders sortiront des geoles ou ils sont, par la grace de Paul Biya, et pas par la pression justement des Villes mortes! La verite ne se presente jamais d'elle-meme, mais est toujours fille de l'interpretation, et l'interpretation du mouvement qui a lieu dans le Cameroun de l'Ouest prendra sans doute du temps. Ce temps qui, lui, est une bataille, et pourtant aujourd'hui deja personne ne peut lui refuser son role pedagogique pour le futur de la citoyennete dans notre pays.
Le leader, tout leader, doit avant tout limiter, sinon eviter les cadavres, et bien sur limiter sinon eviter les pertes en materiel. C'est de cette position que se fabrique sa maitrise de la situation. Ainsi il lui est possible de presenter le visage hideux de son adversaire, et pousser cet adversaire a commettre des fautes lethales - ces evidences, sont celles de toute bataille non-violente. Et la non-violence, qui ainsi ouvre un chapitre extraordinaire dans notre pays, la non-violence je disais, et Um Nyobe, et l'UPC n'etait pas non-violente, non, la non-violence, est toute une ecole de grandeur qui puise dans les textes de Thoreau, dans ceux de Tolstoi, dans les visions de Gandhi, de Martin Luther King, pour nous montrer comment avec quelques grains de sel on peut faire se renverser l'empire britannique, et donner a l'Inde son independance, la ou le Cameroun, la ou les upecistes ont echoue.
Il y a beaucoup de choses a apprendre de Bamenda, et je demanderai, aujourd'hui, humblement, a chacun d'entre nous, et surtout a nos aines intermediaires qui croient tout savoir, de faire comme moi depuis 2005, c'est-a-dire d'ouvrir tout simplement leur cahier, a la premiere page, et d'y ecrire ce titre qui est seminal pour le futur de notre pays - 'non violence.' En dessous, c'est l'histoire de ce peuple qui au Cameroun parle pidgin plus qu'anglais, qui avec des ecrivains extraordinaires, des leaders extraordinaires, et une foi dans ses actions comme meme nos grands-parents n'en avaient pas encore vu, en dessous, c'est l'histoire de ceux que chez nous on appele en francais 'Bamenda' qui devrait s'ecrire en lettre d'or. Premiere entree, 14 fevrier 1984, car au minimal, le Cameroun du futur aura un autre nom. Il n'y a aucune faiblesse a appendre chez les grands, et les 'Bamenda' sont des geants.
Nous sommes Anglophones!
 Patrice Nganang