Dieudonné Essomba "L’UNITISME, IDEOLOGIE TOTALITAIRE"

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La loi peut tirer sa force et sa brutalité du fait de son existence, mais elle ne fonde pas sa légitimité du fait de sa formulation. La légitimité de la loi est extérieure au droit : elle entérine la régulation des
pratiques sociales, sociologiques ou économiques préalables ou désirables en elles-mêmes, parce qu’elles paraissent justes et légitimes dans la communauté où la loi a vocation à s’appliquer. Elle est en quelque sorte l’actualisation dans les sociétés modernes des interdits et des tabous des sociétés primitives.
Evoquer la loi pour empêcher l’expression de la légitimité, c’est reprendre à quelques siècles d’intervalle la logique inquisitoriale qui tirait des arguments de la Bible pour condamner toute critique de la Bible. Une telle démarche serait une sorte d’autolégitimation de la criminalité d’Etat : « l’Etat doit tuer puisque la loi décidée par l’Etat le dit ».
Il est de fait évident qu’une loi qui n’a pas de fondement légitime, c’est-à-dire, justifié en dehors du droit et de la violence, est un instrument d’oppression. Et ce n’est par pour rien que tous les régimes oppressifs se fabriquent toujours une légitimité d’ordre supérieur, devant laquelle doivent s’incliner toutes les autres légitimités. Parmi ces régimes totalitaires et criminels qui ont ensanglanté l’histoire de l’Humanité, les plus récents sont :
-le colonialisme qui prétendait conduire les peuples dits inférieurs à la civilisation
-le communisme qui prétendait fabriquer une nouvelle société sans classe ;
-le nazisme qui prétendait purifier les races ;
-l’islamisme qui prétend sauver l’humanité des perditions de l’enfer malgré elle ;
-le mondialisme que véhiculent l’OMC et qui nie l’existence d’une humanité organisée en communautés.
Les régimes qui y adhèrent imposent ces idéologies comme des légitimités supérieures qu’ils imposent à coups de brimades et de massacres de masse.
En Afrique, s’est également développée une idéologie de cette nature, l’« unitisme », entendu comme une forme d’unité nationale où des régimes hypercentralisés prétendent substituer à la riche diversité anthropologique des pays une étrange nation dont tous les référents sont coloniaux, à commencer par la langue.
Ceux qui prétendent fabriquer ces « unités nationales » ne prennent même pas conscience des contradictions dans lesquels ils se débattent. Car pour fabriquer leurs « unités nationales », ils sont obligés de s’appuyer sur des gardes prétoriennes formés des membres de leur propre tribu, sur l’équilibre régional et sur des séductions diverses en direction des chefs de communauté, toutes actions contraires à cette idéologie d’unitisme qu’ils prétendent soutenir et qui en dévoilent le caractère mystificateur.
Comme le colonialisme, le communisme, le nazisme, l’islamisme et le mondialisme, l’unitisme , approche de l’unité nationale d’allure nerveuse, agressive, fanatique et exclusiviste participe de la même logique défectueuse et criminelle.
Dieudonné Essomba