François Fillon s'excuse mais maintient sa candidature“Je présente mes excuses aux Français”

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François Fillon s’est livré cet après-midi depuis son QG de campagne à Paris à un exercice de défense point par point pendant un quart d’heure avant de répondre aux journalistes, au sujet
de l’affaire judiciaire dans laquelle il est empêtré depuis près de deux semaines. S’il s’est excusé auprès des Français, il maintient sa candidature à la présidentielle, et a bel et bien menti lors de sa conférence.
“Cette accusation m’est tombée dessus comme un coup de tonnerre.” François Fillon persiste et signe. Selon lui, il est honnête, et sa famille aussi. Et les informations successives révélées par La Canard Enchaîné concernant les emplois de sa femme et de ses enfants comme assistants parlementaires à différentes périodes se transforment pour lui en un procès “calomnieux”.
Bref, encore une fois, il se pose en victime des médias face aux médias. Mais avant de s’en prendre à eux, il a voulu démontrer point par point que “tous les faits évoqués sont légaux et transparents”, comme employer sa femme “pour un montant moyen de rémunération mensuelle de 3.677 euros nets, salaire parfaitement justifiée pour une personne diplômée de droits de lettres”.
“C’est le député qui fait de la politique”
On peut donc penser qu’elle sait s’exprimer. Or sa femme a déclaré clairement et à plusieurs reprises dans le passé qu’elle ne s’occupait pas de politique et qu’elle n’était pas l’assistante de son mari.
Alors pour justifier la contradiction entre les faits et ses dires, François Fillon va faire une différence sémantique : “Je sais aussi qu’on a beaucoup commenté la phrase de mon épouse soulignant qu’elle n’avait jamais fait de politique. Je rappelle qu’un collaborateur parlementaire travaille dans le domaine politique mais que c’est le député qui fait de la politique car c’est lui qui est engagé.”
Pas une assistante mais une collaboratrice
Par rapport à l’entretien de sa femme au Sunday Telegraph de 2007, Fillon accuse Envoyé Spécial de s’être appuyé “sur une ancienne interview, en anglais, là encore sortie de son contexte, dans laquelle elle explique qu’elle n’a jamais été mon assistante. Oui, elle n’a jamais été ma subordonnée. Elle a toujours été d’abord et avant tout ma compagne de travail et ma collaboratrice.”
Là encore, il se défend en jouant sur les mots, opposant assistante et subordonnée face à collaboratrice.
Le mensonge tweeté de Fillon
Si jamais cette explication était sincère, l’argument suivant l’est beaucoup moins. Il accuse en effet France 2 d’avoir fait un reportage à charge qui a choqué jusqu’à la journaliste du Daily Telegraph dont l’interview est réutilisée dans le numéro d’Envoyé Spécial consacré aux Fillon. Cette journaliste aurait appelé Penelope pour dire à quel point elle trouvait les pratiques de France 2 indignes.
Sauf que plusieurs tweets, de la journaliste anglaise elle-même et d’Elise Lucet qui supervise l’émission d’investigation de France 2, montrent que François Fillon ment.



“Je présente mes excuses aux Français”
François Fillon a changé cependant de stratégie de communication lors de ce discours en se pliant à un mea culpa moral adressé aux Français quant au fait d’employer sa famille : “Tout cela était légal. Suis-je pour autant quitte sur le plan moral ?”
“Collaborer avec sa famille en politique est une pratique désormais rejetée, a-t-il poursuivi. Ce qui était acceptable hier ne l’est plus aujourd’hui. En travaillant avec ma femme et mes enfants, j’ai privilégié cette collaboration de confiance, qui aujourd’hui suscite la défiance. C’était une erreur. Je le regrette profondément et je présente mes excuses aux Français.”
Pas de remboursement mais un tableau
Il poursuivra malgré tout sa campagne politique : “Rien ne me détournera des vrais enjeux de cette élection présidentielle. J’ai été choisi par des millions de Français.”
Il n’est pas question pour lui de rembourser les sommes versées à sa femme et ses enfants. Le seul geste immédiat qu’il compte faire est de publier les salaires touchées par Penelope Fillon : “On réclame de la transparence. Je vais publier sur Internet dans la soirée un tableau des rémunérations perçues par mon épouse.” Et à l’avenir de réformer le système qui l’a fait chanceler.