Syrie : Trump change de ton avec Assad... et la Russie

Syrie : Trump change de ton avec Assad... et la Russie

Le président américain considère désormais la Russie comme un problème, assure l'ambassadrice américaine à l'ONU. Cette dernière a également laissé planer la possibilité d'une action unilatérale en Syrie.

Une attaque "horrible, épouvantable", "un terrible affront pour l'humanité"... Donald Trump a visiblement été profondément touché par l'attaque chimique présumée qui a fait au moins 86 morts dans la ville syrienne de Khan CheikhounUne attaque qui a conduit le président américain à changer radicalement de ton envers le président syrien Bachar al-Assad, mais également envers son allié russe.

"Mon attitude vis-à-vis d'Assad a changé"

Le président des Etats-Unis Donald Trump a ainsi affirmé mercredi 5 avril que l'attaque chimique présumée de la veille en Syrie avait "franchi de nombreuses lignes", en allusion à la fameuse "ligne rouge" que s'était fixée son prédécesseur Barack Obama contre le régime syrien en cas de recours aux armes chimiques.
Lors d'une conférence de presse avec le roi Abdallah II de Jordanie, Donald Trump a également assuré que son "attitude vis-à-vis d'Assad avait changé" : 
"L'attaque contre des enfants hier a eu un fort impact sur moi. Un fort impact. Ça a été une chose horrible, horrible. [...] Et il est très, très possible, et je dois dire que c'est déjà le cas, que mon attitude face à la Syrie et Assad a beaucoup changé."
Dès le début de la conférence de presse, Donald Trump avait dénoncé une "attaque chimique atroce" contre des "gens innocents, des femmes, des petits enfants et même de beaux petits bébés".
"Leur mort fut un affront à l'humanité. Ces actes odieux par le régime Assad ne peuvent pas être tolérés."

Une action unilatérale ?

"Quand vous tuez des enfants innocents, des bébés innocents, des petits bébés, avec un gaz chimique qui est à ce point meurtrier,- les gens ont été choqués d'entendre de quel gaz il s'agissait -, cela franchit de nombreuses, nombreuses lignes", a poursuivi Donald Trump.
L'ancien président Obama avait promis qu'il agirait contre la Syrie en cas de recours aux armes chimiques, une "ligne rouge" franchie à l'été 2013 mais Washington avait renoncé à une intervention militaire de Washington.
Le président américain n'a toutefois pas explicité quelles actions il comptait prendre lorsqu'un journaliste lui a demandé ce qu'il envisageait de faire.
"Une chose que, je pense, vous avez remarqué à propos de moi sur les questions militaires, c'est que je n'aime pas dire où je vais et ce que je fais."
Sur la même ligne, Nikki Haley, l'ambassadrice américaine à l'ONU a prévenu, lors d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité sur l'attaque contre Khan Cheikhoun que les Etats-Unis pourraient être "obligés d'agir [eux]-mêmes" : 
"Quand les Nations unies échouent constamment dans leur mission d'action collective, il y a des moments dans la vie des Etats où nous sommes obligés d'agir nous-mêmes", a-t-elle martelé.
Nikki Haley s'est toutefois bien gardée d'expliciter ce qu'elle entendait par une action unilatérale, même s'il s'agit là d'une des déclarations les plus fortes des Etats-Unis depuis longtemps sur le conflit syrien.

La Russie ? Un "problème" pour Trump

"Combien d'enfants devront encore mourir avant que la Russie ne s'en soucie ?", avait lancé plus tôt l'ambassadrice américaine.
"Si la Russie a l'influence qu'elle prétend avoir en Syrie, il faut qu'elle s'en serve", avait-elle également tonné, en brandissant devant le Conseil de sécurité ce qu'elle a présenté comme étant deux photos de victimes de l'attaque chimique présumée de mardi.

L'allié russe de Bachar al-Assad est donc clairement en ligne de mire pour Washington. Alors que Donald Trump avait maintes fois exprimé son admiration et son "respect" pour son homologue russe Vladimir Poutine, il considère dorénavant la Russie comme un "problème", selon des propos rapportés par Nikki Haley.
"J'ai remonté les bretelles de la Russie plus de fois que je ne peux le compter mais c'est parce que, si ils font quelque chose qui ne nous plaît pas, on va le leur dire", a confié la quadragénaire conservatrice, d'origine indienne.
"Ils ont fait des choses avec la Crimée et l'Ukraine... et maintenant, ils essaient de couvrir Bachar al-Assad. C'est le genre de choses qu'on ne va pas laisser passer. [...] J'ai eu des discussions avec le président au cours desquelles il a dit qu'il voyait la Russie comme un problème."

Washington demande à Moscou de revoir son soutien

Le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson, discret depuis sa prise de fonction, a également apporté sa contribution au virage radical entrepris par Washington. Il a demandé mercredi soir à la Russie de "bien réfléchir" à son soutien au régime syrien :
"Nous estimons qu'il est temps que les Russes réfléchissent vraiment bien à la poursuite de leur soutien au régime Assad."
Le secrétaire d'Etat américain, qui doit se rendre la semaine prochaine à Moscou, a ajouté qu'"il n'y avait aucun doute dans (son) esprit : le régime syrien sous la gouverne de Bachar al-Assad est responsable de cette attaque atroce".
Un responsable du département d'Etat a ajouté par la suite que "quiconque de sensé et qui a la possibilité de regarder les photos (de victimes) sait que ce que disent les Russes à propos d'un entrepôt n'est pas vrai".

Mercredi, l'armée russe qui appuie le régime de Damas l'avait en partie disculpé en affirmant que l'aviation syrienne avait frappé mardi un "entrepôt" des rebelles contenant des "substances toxiques". En explosant, ces dernières se seraient disséminées dans l'atmosphère.
R.F. avec AFP 
Renaud FévrierJournaliste
Source: tempsreel.nouvelobs.com