En Guinée, une manifestation pour dénoncer la répression du régime d’Alpha Condé

Le leader de l’opposition guinéenne, Cellou Dalein Diallo, lors d’une manifestation à Conakry, le 4 octobre 2017.
L’opposition dénonce la mort de 83 personnes tuées par les forces de l’ordre lors de rassemblements depuis 2010 et l’arrivée au pouvoir du président guinéen.

Des milliers de partisans de l’opposition guinéenne ont manifesté, mercredi 4 octobre, à Conakry pour dénoncer l’usage des armes à feu par les forces de l’ordre lors de leurs manifestations politiques, ont rapporté des correspondants de l’AFP. Selon l’opposition, 83 personnes ont été tuées par les forces de l’ordre lors de marches contre le pouvoir depuis l’arrivée à la présidence du président Alpha Condé, en 2010. Ces décès n’ont pas été suivis d’enquêtes ou de procès, selon elle.

« Halte à l’impunité », « Que justice soit faite pour toutes les victimes », ont notamment scandé mercredi les manifestants, dont le nombre était estimé à plusieurs milliers par les organisateurs. La manifestation, partie d’une commune de la banlieue de Conakry, a abouti à l’aéroport, situé à 6 km, en présence de l’ex-premier ministre Cellou Dalein Diallo, chef de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), le principal parti d’opposition.

« C’est une situation qu’on ne peut pas comprendre. Un gouvernement qui se dit gouvernement de la République, qui reste indifférent à l’assassinat de plusieurs citoyens de manière répétitive et dans des circonstances identiques », a déclaré M. Diallo, acclamé par la foule, en présence d’autres responsables de l’opposition. « Nous ne pouvons plus accepter que nos frères et sœurs périssent sous les balles des forces de défense et de sécurité », alors que celles-ci sont « recrutées, formées, payées, équipées et habillées pour assurer la sécurité des citoyens ».

Pas de procès

Deux jeunes opposants tués lors d’une récente manifestation de l’opposition à Conakry ont été inhumés dans la capitale le 27 septembre en présence d’une foule nombreuse.
Les organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement les lourds bilans de victimes lors des manifestations politiques en Guinée. « Jusqu’à présent, aucune des investigations menées dans le cadre des violences commises au cours de manifestations n’a conduit à un procès », avaient déploré en mars plusieurs de ces organisations, dont la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH).

Ancien opposant historique, Alpha Condé est devenu en 2010 le premier président démocratiquement élu de cette ancienne colonie française d’Afrique de l’Ouest, régie jusqu’alors par des pouvoirs autoritaires, voire dictatoriaux. Malgré la richesse du sous-sol guinéen en bauxite, en or, en diamant et en minerai de fer, plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, avec moins d’un euro par jour, selon l’ONU.
Le Monde.fr avec AFP