Londres, grande lessiveuse de l’argent sale nigérian

Etapes du « KleptoTour » consacré aux oligarques nigérians organisé à Londres par les associations de lutte contre la corruption, le 10, Hyde Park Crescent et la propriété mitoyenne appartiendraient à l’ex-chef d’Etat Abdulsalami Abubakar.
Les associations de lutte contre la corruption dénoncent le rôle de l’immobilier de luxe dans le blanchiment. Après avoir commencé à sévir, le gouvernement britannique semble faire demi-tour.
Le car rempli de passagers tente péniblement de se frayer un chemin dans les petites rues de Londres. Au micro, à l’avant, le guide attire l’attention sur le bâtiment qui se rapproche sur la droite. « Nous arrivons maintenant à la hauteur de Park View, avec son splendide penthouse et sa vue plongeante sur Regent’s Park. »
La visite qui se déroulait mercredi 27 septembre n’avait rien de touristique. Organisée par une coalition d’associations de lutte contre le blanchiment d’argent (ClampK, Transparency International, Global Witness…) et baptisée « KleptoTour », elle réunissait militants et journalistes. Objectif : faire le tour des villas et appartements luxueux soupçonnés d’être issus de l’argent de la corruption internationale. Les militants ont trouvé ce moyen original pour attirer l’attention sur le rôle de Londres comme grande lessiveuse mondiale. Après s’être consacrés aux oligarques russes il y a dix-huit mois, ils se concentrent cette fois-ci sur le Nigeria.
Au cœur du très chic quartier de Sloane Square, se trouve ainsi un bel hôtel particulier possédé par le président du Sénat nigérian, Bukola Saraki, dont le nom est apparu dans les « Panama Papers », ces millions de fichiers issus d’un cabinet d’avocats panaméen qui ont jeté une lumière crue sur le monde opaque de la finance offshore. A proximité, la fondation du vice-président du Sénat, Ike Ekweremadu, est propriétaire d’un appartement. L’ancien chef d’Etat nigérian Abdulsalami Abubakar en possède également un dans un quartier voisin. A chaque fois, il s’agit d’hommes politiques dont les salaires officiels peuvent difficilement expliquer qu’ils puissent se loger dans le centre de Londres.
Le penthouse de « Madam D. » Dans ce jeu de Monopoly grandeur nature, Diezani Alison-Madueke tient un rang à part. C’est à l’ancienne ministre du pétrole de 2010 à 2015 qu’appartient le fameux penthouse de Park View. Elle aime visiblement beaucoup le gazon de Regent’s Park....

Par
lemonde.fr