RDC : la stratégie de Kabila pour passer le cap du 31 décembre

RDC : la stratégie de Kabila pour passer le cap du 31 décembre
A l’approche du 31 décembre, la tension monte en République démocratique du Congo, et
en particulier dans la capitale Kinshasa. L’opposition, les mouvements citoyens et l’Eglise catholique ont en effet unanimement appelé à une mobilisation sans précédent pour pousser au départ Joseph Kabila, dont le mandat a pris fin il y a plus d’un an, le 20 décembre 2016.
Conséquence, l’entourage proche du président, hors-mandat, Joseph Kabila est actuellement concentré sur un objectif unique : passer le cap du 31 décembre 2017, considéré comme une journée à très hauts risques par le pouvoir. Pour y réfléchir et mettre sur pied une stratégie adéquate, un conseil de sécurité s’est réuni, dimanche 24 décembre à Kinshasa, au cours duquel plusieurs décisions ont été prises.
Pour le 31 décembre, jour de la Saint-Sylvestre, il a été décidé d’infiltrer les manifestations de l’opposition avec de faux manifestants – vrais casseurs afin de leur faire perdre aux yeux de l’opinion leur caractère pacifique et justifier ainsi leur répression par les forces de l’ordre. Classique mais souvent efficace.
Mais avant cela, il y a la soirée du ce jeudi 28 décembre. Pour la troisième semaine d’affilée, à 21h00 heure de Kinshasa, les cloches retentiront comme l’a souhaité l’Eglise catholique pour inviter les Congolais à un concert de casseroles, de sifflets ou de vuvuzela durant quinze minutes partout dans le pays. Ce, afin de pousser au départ Joseph Kabila. Une action hautement symbolique mais également à vertu pratique – car gage de mobilisation – dans ce pays très croyant et chrétien dans son écrasante majorité.
C’est la raison pour laquelle le pouvoir en place a déposé plainte à l’encontre de l’initiateur de cette « opération cloches », l’Abbé Vincent Tshomba, curé de la paroisse Saint-Joseph de Matonge et représentant du collège des curés de Kinshasa. Selon les termes de la plainte déposée (dont nous nous sommes procurés une copie ci dessous), cette opération aurait « déclenché une crise cardiaque » chez le dénommé Pambi Yoka et lui aurait fait perdre « ses facultés mentales ». Pour Maître Georges Kapiamba, l’avocat de l’Abbé Tshomba, il s’agit d’une plainte fantaisiste dont les motivations sont purement politiciennes. « Il s’agit d’un coup monté par un groupe de politiciens pour faire obstacle aux actions pacifiques qui sont organisées par le collège de curés des paroisses de l’Eglise catholique de Kinshasa », a-t-il rétorqué.
Il est vrai que cette plainte semble, pour le moins, cousue de fil blanc. Son auteur officiel est en effet l’Union nationale des nationalistes (UNANA), un parti proche de la majorité présidentielle, dont Pambi Yoka est le secrétaire national au Sport et dont le président n’est autre que Willy Mishiki, l’ancien vice-ministre de l’Energie et Ressources hydrauliques, qui est allé jusqu’à déclarer que l’Abbé Tshomba risquait, en l’espèce, la peine capitale (sic). 
Dans l’esprit de ses commanditaires (les autorités congolaises), l’objectif de ce dépôt de plainte est d’intimider l’Abbé Tshomba et de tenter de tempérer ses ardeurs. « C’est peine perdue car le curé est du genre déterminé. Il n’a pas froid aux yeux », confie un de ses proches. De fait, le prélat, loin de se démonter, s’est rendu le 26 décembre à la convocation du parquet, accompagné de son avocat. Mais le juge qui était censé le recevoir était, ce jour-là, absent… L’abbé et son conseil sont donc repartis, non sans avoir pris la sage précaution de faire constater par acte officiel leur présence sur place.
Autre disposition décidée lors de ce conseil de sécurité : ce jeudi 28 décembre dans la soirée, durant l’ « opération cloches », les forces de l’ordre ont pour consigne non seulement de tirer en l’air mais également à balles réelles. Le but étant d’envoyer un signal à la population en vue du 31 décembre. « En clair, voici ce qui vous attend le jour de la Saint-Sylvestre si vous descendez dans la rue. Il s’agit en quelque sorte de tirs de sommation », explique une source sécuritaire.
Enfin, si, par extraordinaire, les choses dégénéraient d’ici au dimanche 31 décembre, le pouvoir congolais pourrait dégainer l’arme suprême : décréter le couvre-feu, histoire de passer les fêtes de fin d’année en toute sérénité… ou presque.
Adrien Seyes