Cameroun: Éditorial de Haman Mana:Au bord du gouffre.

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Au bord du gouffre
Entre nous , Camerounais, savons que le « Bonne Année » machinal que nous avons échangé depuis quelques jours tient davantage de la routine que de la certitude que l’année qui commence pourrait être « bonne » pour notre pays.
Les réalités cruelles de l’année qui s’achève nous commandent d’être circonspects, quant à ce qui nous attend pour 2018. N’ayons pas peur des mots, notre pays en 2017 est entré très officiellement dans la liste des pays « en guerre civile ». Le pouvoir en place vient ainsi d’être disqualifié gravement quant à l’utilisation de l’un de ses colifichets essentiels, instrumentalisé et monté en épingle pour alimenter l’écran de fumée qui lui permet de se maintenir en place.
La « Paix » fut ainsi, depuis de très longues années, présentée, comme l’acquis majeur du groupe au pouvoir. On nous expliquait alors, que malgré les forfaitures de toutes sortes, les démissions de l’Etat à ses devoirs, il était essentiel de garder sa confiance au régime en place, car ce dernier était le garant d’une certaine « paix », prônée par la doctrine officielle et intégrée par tant de Camerounais. Seulement, depuis Boko Haram, et désormais avec la crise –dans sa version armée- anglophone, on ne peut plus dire que notre pays vit dans la paix.
Suite à l’inqualifiable mode de gestion de la ressource mis en place, les richesses de notre pays, dont on ne parle plus que dans les discours, les bars et les salons, ne profiteront jamais qu’à une caste infime de Camerounais. Pire, les énergies de nos compatriotes et celles des étrangers qui croient en notre pays restent bridées, en attendant que notre pays devienne un endroit « normal »…
L’année qui commence peut être compliquée. Parce que la crise politique qui pendait au nez du Cameroun peut prendre toutes les tournures, y compris des plus tragiques. Car en face du pouvoir en place qui ne recule devant rien- on le sait depuis belle lurette- pour rester et rester encore, il n’y a qu’une masse si peu organisée de partis politiques entravés par une administration qui fait corps avec le pouvoir et inaudible, inefficace par sa dispersion. Puis une société civile inaudible, insignifiante. Et enfin un peuple désorienté, réduit à lutter pour sa survie quotidienne.
L’insistance à rester en place du groupe au pouvoir tient d’une réalité simple : continuer à se gaver, même s’il s’agit de croquer dans la dépouille d’un Cameroun désormais exsangue. Là où ailleurs, les systèmes ont essayé de se renouveler par les idées, et les réalisations –grandes- ici, on essaye de le faire par la biologie en fabriquant de toutes pièces une caste d’héritiers qui essayera de perpétuer le système, en empruntant les mêmes voies, les mêmes méthodes, sur le même peuple. Toujours plus pauvre, plus attardé, plus démuni, au moment où des nations au potentiel similaire et même largement inférieur font la course en tête…
Mine de rien, les Camerounais ont pourtant en main le destin de leur pays. Parce qu’il ne saurait en être autrement. Attendre comme nous l’entendons ici et là l’issue de la nature de la biologie est également lâche, veule et irresponsable : rien ne garantit que les choses se passeraient de manière à ce que ce Changement réel, voulu par la majorité des Camerounais se passe.
Un engagement réel de tous les Camerounais pour comprendre ce qui se passe, pour agir et non d’être agi, pour vivre son pays et non le voir vivre, pour ne plus accepter l’inacceptable s’impose. C’est une saillie de Narcisse Kouokam qui résume le mieux ce notre état, aujourd’hui : « L’an dernier nous étions au bord du gouffre. Cette année, nous avons fait un grand pas en avant.
Haman Mana